Alors que la France peine à maintenir en état de vol sa flotte vieillissante de bombardiers d’eau, une start-up toulousaine propose une alternative prometteuse. Positive Aviation, fondée près de Toulouse, a conçu le FF72, un avion de lutte anti-incendie dérivé de l’ATR 72, un appareil régional à hélices. Selon BFM Business, ce modèle se distingue par un coût deux fois inférieur à celui d’un Canadair tout en offrant une capacité de transport d’eau supérieure de 30 %. Pourtant, à ce stade, aucune commande officielle n’a été passée par l’État français, alors que le développement de l’appareil est prévu pour 2029.
Ce qu'il faut retenir
- Le FF72 de Positive Aviation est 50 % moins cher qu’un Canadair tout en transportant 8 tonnes d’eau contre 6 pour le modèle actuel.
- L’appareil est conçu pour se ravitailler en survolant un plan d’eau en une douzaine de secondes grâce à des flotteurs géants, contre 4 minutes pour les solutions concurrentes.
- Aucune commande de l’État français n’a été enregistrée, malgré la livraison attendue dès 2029 (voire 2028 sans flotteurs).
- Positive Aviation revendique 10 commandes fermes de la part d’une entreprise américaine, mais aucune de la part de la France ou de l’Europe.
- La flotte française actuelle, composée de 12 Canadair et 8 Dash, est jugée insuffisante face aux mégafeux, comme celui de Gironde en 2022.
Le constat n’est pas nouveau : la flotte française de bombardiers d’eau est en crise. Avec l’arrêt de la production des Canadair en 2015 et une livraison des nouveaux modèles de De Havilland Canada prévue au mieux pour 2028, l’État peine à remplacer ses appareils. BFM Business souligne que les 12 Canadair et 8 Dash en service sont souvent indisponibles simultanément, en raison de leur vieillissement et de la difficulté à trouver des pièces détachées. C’est ce contexte qui a poussé deux start-up toulousaines, Kepplair Evolution et Positive Aviation, toutes deux basées à Blagnac, à se lancer dans la transformation d’avions régionaux en bombardiers d’eau.
Leur cible ? L’ATR 72, un avion à hélices déjà largement répandu dans le monde, ce qui garantit une disponibilité accrue des pièces et une maintenance simplifiée. Laurent Schmitt, président de Positive Aviation et ancien d’Airbus, explique à BFM Business que « la France a probablement un des meilleurs systèmes de lutte contre les incendies, mais les Canadair sont vieillissants et leur maintenance est compliquée à cause de la disponibilité des pièces ». Transformé en bombardier d’eau, l’ATR 72 offre plusieurs avantages : un coût réduit — 35 millions d’euros contre 70 millions pour un Canadair — et une capacité d’emport supérieure.
Le FF72 de Positive Aviation peut embarquer 8 tonnes d’eau, soit 2 tonnes de plus que le Canadair, tout en se ravitaillant en vol en quelques secondes seulement. Contrairement au Kepplair 72 de Kepplair Evolution, qui doit se poser pour être ravitaillé (4 minutes de remplissage), le FF72 utilise des flotteurs géants de 18 mètres de long et 2 mètres de haut, fixés à la carlingue avec 8 000 rivets. Selon Laurent Schmitt, cette innovation permet un remplissage en une douzaine de secondes en survolant un plan d’eau. Un gain de temps crucial en situation d’urgence.
Après quatre années de développement, Positive Aviation annonce une disponibilité du FF72 dès la saison des feux de 2029. Laurent Schmitt précise même que « en 2028, on pourra fournir un modèle sans flotteurs, sur roues ». Pourtant, malgré ces atouts, l’entreprise ne compte aucune commande de la part de l’État français. « La France et l’Europe ont fait le choix du programme Canadair, c’est aujourd’hui à l’export qu’on a une extraordinaire dynamique », déplore le dirigeant. À ce jour, seule une entreprise américaine, Briger Aerospace, a passé une commande ferme pour 10 appareils. De son côté, Kepplair Evolution affirme avoir reçu des lettres d’intention pour 18 appareils, ainsi qu’une proposition de la Direction générale de la sécurité civile en 2024.
La question se pose donc : pourquoi la France, confrontée à des mégafeux de plus en plus fréquents, ne se tourne-t-elle pas vers ces solutions innovantes et économiques ? Laurent Schmitt rappelle que « quand il faut faire des économies, ce sont les moyens qui manquent ». Pourtant, le FF72 pourrait représenter une alternative crédible pour moderniser la flotte française sans attendre le renouvellement des Canadair. Reste à savoir si l’État, confronté à des budgets serrés, fera le choix de l’innovation ou de la continuité.
Une flotte française à bout de souffle
Le vieillissement de la flotte actuelle de bombardiers d’eau pose un défi majeur pour la France. Avec seulement 12 Canadair et 8 Dash en service, le pays dispose de moyens limités face à l’intensification des incendies. En 2022, lors du mégafeu de Gironde, les autorités ont dû faire appel à des renforts européens pour contenir les flammes. BFM Business rappelle que la maintenance des Canadair est coûteuse et complexe, en raison de la rareté des pièces détachées, un problème récurrent depuis l’arrêt de leur production il y a plus de dix ans.
Dans ce contexte, les solutions proposées par les start-up toulousaines apparaissent comme une bouffée d’oxygène. L’ATR 72, déjà largement utilisé dans le monde, offre une base solide pour une transformation rapide et économique. Laurent Schmitt insiste sur ce point : « On saute la longue et coûteuse phase de conception d’un nouvel avion et on bénéficie de la popularité de l’ATR 72, donc d’une grande disponibilité des pièces détachées ». Un argument de poids pour un État en quête de solutions durables.
Un marché de l’export en pleine expansion
Alors que la France hésite, Positive Aviation mise sur l’export pour commercialiser son FF72. L’entreprise revendique déjà 10 commandes fermes de la part de Briger Aerospace, une société américaine. Laurent Schmitt souligne que « la France et l’Europe ont fait le choix du programme Canadair », laissant le champ libre aux start-up françaises pour conquérir des marchés étrangers. Cette stratégie s’inscrit dans une tendance plus large : l’Europe, face à la concurrence américaine et canadienne, doit innover pour rester compétitive dans le secteur de la lutte anti-incendie.
Kepplair Evolution, de son côté, mise sur un autre créneau : le Kepplair 72, un autre dérivé de l’ATR 72. Contrairement au FF72, cet appareil doit se poser pour être ravitaillé, mais il pourrait séduire des pays moins équipés en infrastructures aériennes. L’entreprise revendique des lettres d’intention pour 18 appareils, ainsi qu’un intérêt de la part de la Direction générale de la sécurité civile en 2024. Un signe que l’innovation française commence à intéresser, même si la commande nationale se fait attendre.
Une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable. Avec des Canadair en fin de vie et des Dash en nombre insuffisant, la France devra bientôt choisir entre importer des appareils coûteux ou investir dans des solutions locales, économiques et performantes. L’enjeu dépasse le simple remplacement d’avions : il s’agit de préserver des vies et des territoires face à une menace qui ne cesse de grandir.
Selon Laurent Schmitt, président de Positive Aviation, « la France et l’Europe ont fait le choix du programme Canadair », privilégiant ainsi une solution déjà existante plutôt que d’investir dans une innovation locale. Par ailleurs, les contraintes budgétaires actuelles pourraient expliquer cette hésitation, alors que le FF72 représente une alternative plus économique.
Le FF72 est deux fois moins cher (35 millions d’euros contre 70 millions pour un Canadair), transporte 30 % d’eau en plus (8 tonnes contre 6), et se ravitaillera en vol en une douzaine de secondes grâce à des flotteurs géants. Enfin, sa maintenance est simplifiée grâce à la disponibilité des pièces de l’ATR 72, un avion déjà largement répandu.