Pour la première fois en France, un cancer du sein a été officiellement reconnu comme une maladie professionnelle. Une décision de justice historique qui concerne Sophie Lainault, ancienne hôtesse de l’air, dont la maladie a été liée à son exposition prolongée aux rayonnements cosmiques, au travail de nuit et au tabagisme passif en cabine. Selon Franceinfo - Santé, cette décision de justice pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à d’autres demandes similaires.
Ce qu'il faut retenir
- Première reconnaissance en France d’un cancer du sein comme maladie professionnelle pour une hôtesse de l’air.
- La justice a retenu trois facteurs : l’exposition aux rayonnements cosmiques, le travail de nuit et le tabagisme passif en cabine.
- Sophie Lainault a cumulé 12 600 heures de vol en 30 ans avant son diagnostic.
- La décision pourrait servir de référence pour d’autres professions exposées (infirmières, ouvrières de nuit).
- La victime, aujourd’hui en rémission, pourra prendre sa retraite de manière anticipée.
Une décision de justice attendue depuis deux ans et demi
Le soulagement est palpable dans la voix de Sophie Lainault, ancienne hôtesse de l’air de 52 ans. Après un combat juridique de deux ans et demi aux côtés de son avocate, elle a reçu la confirmation que son cancer du sein était bien une maladie professionnelle. « C’est un vrai soulagement, une explosion de joie, de larmes, de larmes de joie, d’émotions. Je relis plusieurs fois pour être sûre. C’est incroyable », a-t-elle confié à France 2. Cette décision marque une victoire pour elle, mais aussi pour toutes les femmes exposées à des facteurs de risque similaires dans leur environnement professionnel.
Le tribunal a retenu trois éléments principaux pour établir le lien entre sa maladie et son travail. D’abord, son exposition prolongée aux rayonnements cosmiques, plus intenses en altitude et surtout au-dessus des pôles. Ensuite, son rythme de travail, qui incluait des vols de nuit, avec jusqu’à 14 ou 15 heures de vol consécutives suivies de seulement quatre heures de repos. Enfin, le tabagisme passif en cabine, une pratique courante jusqu’en 2000, date à laquelle l’interdiction de fumer dans les avions a été généralisée.
Des risques désormais documentés par la science
Si Sophie Lainault ignorait initialement les dangers spécifiques liés à son métier, les données scientifiques sont aujourd’hui bien établies. Selon l’Institut national de la santé, travailler de nuit au moins trois jours par semaine pendant dix ans triple le risque de développer un cancer. Ce lien a déjà été reconnu pour d’autres professions, comme les infirmières ou les ouvrières de nuit, mais jamais auparavant pour une hôtesse de l’air en France.
Son avocate, Me Élisabeth Leroux, souligne l’importance de cette décision pour l’avenir. « Effectivement, ça va apporter beaucoup, puisqu’elle va permettre à d’autres femmes d’avoir conscience du lien entre leur maladie et leurs éventuelles expositions professionnelles, et ensuite de pouvoir mener à bien cette procédure », a-t-elle expliqué. La reconnaissance de ce cancer comme maladie professionnelle ouvre ainsi la possibilité à d’autres victimes de maladies similaires de faire valoir leurs droits.
Un métier aux contraintes physiques et sanitaires méconnues
Le parcours de Sophie Lainault illustre les réalités d’un métier souvent idéalisé. Pendant trois décennies, elle a sillonné les cieux à bord de longs courriers, cumulant 12 600 heures de vol. Ses témoignages révèlent l’ampleur des sacrifices consentis : vols de nuit épuisants, repos réduits, exposition constante à des environnements confinés et stressants. « Un vol Santiago du Chili, par exemple, peut durer jusqu’à 15 heures, avec seulement quatre heures de repos. Physiquement, c’est très dur. On sait que c’est néfaste pour la santé en termes de fatigue, mais pas forcément en termes de cancer », confiait-elle.
Cette décision de justice rappelle aussi les conditions de travail passées. Avant 2000, la fumée de cigarette envahissait les cabines, exposant passivement les équipages et les passagers. Une époque révolue, mais dont les conséquences sanitaires peuvent persister des années après. Pour Sophie Lainault, cette reconnaissance représente bien plus qu’une victoire personnelle : c’est une étape vers une meilleure prise de conscience des risques professionnels dans les métiers du transport aérien.
Sophie Lainault, aujourd’hui en rémission, va pouvoir bénéficier d’une retraite anticipée grâce à cette décision. Pour elle, cette victoire symbolise bien plus qu’une compensation financière : c’est la reconnaissance officielle d’un combat mené contre un système qui, pendant des années, a minimisé les risques encourus par celles et ceux qui font voler le monde.