Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les reproches de Donald Trump envers l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan) se multiplient. Le président américain, qui s’était déjà illustré par ses critiques virulentes lors du sommet de l’Alliance à La Haye en juin 2025, dénonce désormais un manque de soutien de ses membres, notamment sur le dossier iranien. Pourtant, malgré ces tensions et l’annonce récente d’un retrait de 5 000 soldats américains d’Allemagne d’ici un an, Washington reste membre de l’Otan. Et pour cause : l’appartenance des États-Unis à l’organisation ne se limite pas à une dimension militaire ou sécuritaire. Comme le rapporte BFM Business, elle repose aussi sur des avantages économiques majeurs, au point qu’un départ de l’Alliance coûterait des milliards de dollars à l’économie américaine.

Ce qu'il faut retenir

  • 5 000 soldats américains seront retirés d’Allemagne d’ici un an, dans un contexte de tensions accrues entre Donald Trump et l’Otan.
  • L’Otan ne se limite pas à une alliance militaire : elle constitue un écosystème économique intégré, avec des échanges commerciaux accrus de 12 à 27 % entre ses membres.
  • Un retrait américain de l’Otan entraînerait une baisse de 0,41 % du PIB des États-Unis et une chute de 16,1 % de ses exportations, selon des études récentes.
  • Les 86 000 soldats américains stationnés en Europe jouent un rôle clé dans les opérations militaires américaines au Moyen-Orient, comme les frappes en Iran.
  • Pour quitter l’Otan, Donald Trump devrait obtenir l’accord des deux tiers des sénateurs, une hypothèse peu probable dans le contexte politique actuel.

L’argumentaire de Donald Trump contre l’Otan s’appuie sur plusieurs griefs. Le président américain reproche à ses alliés européens de ne pas consacrer suffisamment de ressources à leur défense, malgré l’objectif affiché de consacrer 2 % du PIB à leurs dépenses militaires. Il s’est également interrogé sur l’utilité de l’Alliance, la qualifiant de « tigre de papier » lors de ses prises de parole, et a critiqué son manque d’engagement dans le conflit avec l’Iran. Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, où la menace chinoise et les priorités américaines au Moyen-Orient prennent le pas sur l’Europe.

Pourtant, malgré ces critiques répétées, les États-Unis n’ont pas quitté l’Otan. La raison ? Les avantages économiques que leur apporte cette adhésion, bien au-delà de la dimension sécuritaire. Une étude publiée le 22 avril 2026 par le Centre d’études stratégiques et internationales (CESI) met en lumière l’impact profond de l’Otan sur l’économie américaine. Selon ses auteurs, l’Alliance « a instauré une profonde intégration économique » et représente « un atout bâti sur le long terme ». « Les gains économiques sont importants, durables et, dans de nombreux cas, s’autofinancent efficacement par rapport au coût de l’adhésion », soulignent-ils.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Deux chercheurs de l’université de Westminster, Karen Jackson et Oleksandr Shepotylo, ont estimé en décembre 2024 que l’adhésion à l’Otan accroît les échanges bilatéraux entre ses membres de 12 à 27 % sur le long terme. Cette fourchette, calculée sur plus de 5 500 biens, prend en compte l’appartenance de la plupart des 32 membres de l’Alliance à l’Union européenne. Un exemple concret illustre cette intégration : « un F-35 danois peut être entretenu sur une base aérienne polonaise avec des composants américains », précisent les auteurs du rapport du CESI.

Au-delà des échanges commerciaux, l’appartenance à l’Otan envoie un signal d’engagement crédible aux autres membres. Cela favorise les relations avec les fournisseurs, les investissements étrangers et une intégration plus poussée de la production. « C’est un atout économique bâti sur le long terme », concluent les chercheurs. Un avantage que les États-Unis, en tant que « plaque tournante de l’Alliance », ont exploité de manière disproportionnée. « Les Américains bénéficient de manière disproportionnée de cette intégration économique et subiraient des pertes parmi les plus lourdes en cas de dissolution de l’Alliance », rappellent-ils.

Les conséquences d’un retrait américain seraient lourdes. Selon les modélisations de Karen Jackson et Oleksandr Shepotylo, une sortie des États-Unis entraînerait un recul de 0,41 % de son PIB et une baisse de 16,1 % de ses exportations. Une perte économique significative, alors que l’Otan a permis de structurer des chaînes d’approvisionnement communes et de réduire l’incertitude entre ses membres. « L’Otan a été conçu pour bien plus que garantir la sécurité », rappellent les auteurs du rapport. « Elle a instauré une profonde intégration économique. »

Sur le plan militaire, les 86 000 soldats américains stationnés en Europe jouent un rôle stratégique, notamment dans les opérations au Moyen-Orient. La base aérienne de Ramstein, en Allemagne, abrite à elle seule 54 000 civils et militaires, la plus grande concentration de citoyens américains hors des États-Unis. Cette base a servi de plateforme logistique lors des frappes américaines en Iran, menées pendant 39 jours en 2026. D’autres bases, comme celle de Fairford, en Angleterre, ont également été mobilisées pour des opérations militaires. Ces infrastructures permettent une réactivité accrue des forces américaines dans la région, un atout que Washington ne pourrait conserver en cas de départ de l’Otan.

Pourtant, un retrait américain reste improbable à court terme. La Constitution des États-Unis impose que tout départ de l’Otan obtienne l’accord des deux tiers des sénateurs, une majorité qualifiée difficile à réunir dans le contexte politique actuel. Une alternative serait l’adoption d’une loi distincte par le Congrès, mais celle-ci devrait également passer par les deux commissions des Affaires étrangères, avec un préavis de six mois avant toute délibération. Même dans ce cas, le départ effectif de l’Alliance ne pourrait intervenir qu’un an après le début du processus législatif. Pour l’heure, les déclarations de Donald Trump sur Truth Social suffisent déjà à semer le trouble au sein de l’Otan, comme en témoigne l’inquiétude suscitée avant le sommet de l’Alliance prévu début juillet à Ankara.

Et maintenant ?

La position des États-Unis lors du prochain sommet de l’Otan, qui se tiendra début juillet à Ankara, sera particulièrement scrutée. Les alliés européens attendent des clarifications sur l’engagement américain, alors que les tensions avec l’Iran et la Chine continuent de peser sur les priorités stratégiques de Washington. Une sortie de l’Alliance, bien que peu probable à court terme, pourrait avoir des répercussions économiques majeures, tant pour les États-Unis que pour ses partenaires européens. Reste à voir si les critiques de Donald Trump déboucheront sur des actes concrets, ou si l’Otan conservera son rôle central dans la sécurité transatlantique.

En attendant, les 5 000 soldats américains dont le retrait a été annoncé quitteront l’Allemagne d’ici 2027, dans un contexte où l’équilibre des forces en Europe reste un sujet de débat. Leur départ symbolise les tensions actuelles, mais il ne remet pas en cause l’appartenance des États-Unis à l’Otan — du moins, pas encore.

L’adhésion à l’Otan permet aux États-Unis de bénéficier d’une intégration économique profonde avec ses partenaires, avec une hausse des échanges commerciaux de 12 à 27 % entre les membres. Elle favorise aussi les investissements étrangers, la confiance institutionnelle et une meilleure interopérabilité industrielle, notamment dans le secteur de la défense. Selon une étude du CESI, ces avantages s’autofinancent souvent par rapport au coût de l’adhésion.

Un départ des États-Unis entraînerait une baisse de 0,41 % de son PIB et une chute de 16,1 % de ses exportations, selon des modélisations réalisées par des chercheurs de l’université de Westminster. Les pertes seraient particulièrement lourdes pour l’économie américaine, qui a tiré profit de l’écosystème économique de l’Alliance sur le long terme.