Entre 2019 et 2024, seulement 121 métiers sur 343 du secteur privé ont vu leur pouvoir d’achat progresser, selon une étude conjointe de l’Insee et de la Dares, rendue publique le 2 juillet par BFM Business. Cette période, marquée par la crise sanitaire et une inflation soutenue, a creusé les écarts entre les professions, avec des gagnants comme les dentistes, psychologues et vétérinaires, et des perdants parmi les ingénieurs, artistes et commerciaux.
Ce qu'il faut retenir
- Seulement 35 % des métiers (121 sur 343) ont connu une hausse de leur pouvoir d’achat entre 2019 et 2024.
- Le salaire net moyen en temps plein est passé de 2 820 € en 2024, soit une hausse de 15,7 % en euros courants, mais seulement de 0,8 % en euros constants après inflation.
- Les professions de l’information, de l’art et des spectacles ont vu leur pouvoir d’achat reculer de 7,1 %, celles des ingénieurs et cadres techniques de 4,3 %.
- Les dentistes, psychologues et vétérinaires ont enregistré le gain le plus fort (+5,7 %), suivis des médecins et pharmaciens (+4,6 %).
- Les employés et ouvriers ont vu leur pouvoir d’achat presque stable (-0,3 %), grâce à l’indexation du Smic sur l’inflation.
Une hausse globale des salaires, mais une inflation qui rogne le pouvoir d’achat
Sur la période 2019-2024, le salaire net moyen en temps plein dans le secteur privé hors agriculture s’élevait à 2 820 € par mois, indique l’Insee et la Dares. Cette progression de 15,7 % en euros courants masque cependant une réalité bien différente une fois l’inflation prise en compte. En euros constants, le pouvoir d’achat n’a augmenté que de 0,8 %, soit une hausse quasi nulle. Autant dire que la majorité des salariés ont vu leur situation économique stagner, malgré des hausses de salaire nominales.
Cette stagnation s’explique en grande partie par la forte inflation enregistrée depuis 2021, qui a érodé les gains salariaux. « Les écarts entre les métiers se sont creusés, certains secteurs ayant mieux résisté que d’autres à la crise économique », souligne l’étude. Les inégalités se sont donc accentuées, avec des gagnants et des perdants clairement identifiés.
Les professions de santé en tête, les cadres et commerciaux en difficulté
Parmi les métiers ayant le plus bénéficié de cette période, les dentistes, psychologues et vétérinaires occupent la première place. Leur pouvoir d’achat a progressé de 8,4 % entre 2019 et 2021, avant de reculer légèrement de 2,8 % entre 2021 et 2024. Sur l’ensemble de la période, leur gain reste le plus élevé, avec 5,7 %. Ils sont suivis de près par les médecins et pharmaciens, dont le pouvoir d’achat a augmenté de 4,6 %.
Cette progression s’explique en partie par les mesures du Ségur de la santé, une concertation lancée en mai 2020 par le gouvernement pour renforcer le système de santé en pleine crise sanitaire. L’ensemble des professions de santé a ainsi vu son pouvoir d’achat progresser de 3,7 % sur la période, une amélioration significative dans un contexte où beaucoup d’autres secteurs subissaient des reculs.
Les métiers de l’art, de l’information et les cadres administratifs en repli
À l’inverse, certaines professions ont vu leur pouvoir d’achat se dégrader fortement. Les métiers de l’information, de l’art et des spectacles ont enregistré un recul de 7,1 %, tandis que les ingénieurs et cadres techniques ont subi une baisse de 4,3 %. Les professions intermédiaires administratives et commerciales ont perdu 3,3 %, et les cadres administratifs et commerciaux 2,9 %.
Cette dégradation s’explique en partie par la structure des salaires dans ces secteurs. « Les sortants, souvent en fin de carrière et mieux payés, sont remplacés par des jeunes aux salaires plus bas, ce qui tire les moyennes vers le bas », explique Vladimir Passeron, chef du département de l’Emploi et des revenus d’activité de l’Insee. Cet « effet noria » touche particulièrement les cadres et les professions intermédiaires, où les écarts entre anciens et nouveaux entrants sont les plus marqués.
Les employés et ouvriers préservés, mais les cadres en difficulté
Le pouvoir d’achat des employés et ouvriers a presque stagné (-0,3 %), une performance relative grâce à l’indexation du Smic sur l’inflation. « Le salaire minimum a joué un rôle de stabilisateur, protégeant les salariés les moins bien payés », précise l’étude. En revanche, les cadres et professions intermédiaires ont vu leur pouvoir d’achat reculer de 2 %, en raison des écarts de rémunération entre les nouveaux entrants et les sortants.
Cette situation illustre les tensions sur le marché du travail, où les jeunes diplômés acceptent des salaires plus bas pour accéder à l’emploi, tandis que les seniors, souvent mieux rémunérés, quittent progressivement le marché. « Les sortants sont en général vers la retraite et sont souvent mieux payés que les jeunes », rappelle Vladimir Passeron. Un phénomène qui pèse sur la dynamique globale des salaires dans ces secteurs.
Une chose est sûre : les écarts entre les métiers ne devraient pas se réduire à court terme. Les professions en tension, comme la santé ou les métiers techniques, continueront probablement de bénéficier de conditions plus favorables, tandis que les secteurs plus exposés à la concurrence ou aux fluctuations économiques pourraient voir leur situation se dégrader davantage.
Les professions de santé, notamment les dentistes, psychologues et vétérinaires, ainsi que les médecins et pharmaciens, ont enregistré les plus fortes progressions de pouvoir d’achat, avec des gains respectifs de 5,7 % et 4,6 % entre 2019 et 2024. Cette amélioration s’explique en partie par les mesures du Ségur de la santé, mises en place en 2020 pour soutenir le système de santé.
Cette baisse s’explique principalement par un phénomène appelé « effet noria » : les salariés partant à la retraite, souvent mieux payés, sont remplacés par des jeunes aux salaires plus bas. Les écarts entre ces générations tirent les moyennes vers le bas, ce qui affecte particulièrement les cadres et professions intermédiaires, où ces écarts sont plus marqués.