Près d’un agriculteur sur deux en France vit avec un revenu inférieur au Smic pendant au moins dix années consécutives. C’est le constat alarmant dressé par une étude publiée le 28 avril 2026 par l’Observatoire de la rémunération agricole équitable, une initiative de l’ONG Max Havelaar France. Ce rapport, qui analyse la situation économique des exploitations sur une décennie, révèle une précarité structurelle dans le secteur agricole, alors que le gouvernement examine actuellement un projet de loi censé répondre aux urgences du monde rural.
Ce qu'il faut retenir
- 43 % des agriculteurs perçoivent un revenu moyen inférieur au Smic sur une période de dix ans, selon l’étude de Max Havelaar France.
- La loi d’urgence agricole, dont l’examen en commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a débuté le 4 mai 2026, ne place pas « la question du revenu » au cœur de ses priorités.
- L’ONG Max Havelaar France regrette que ce texte législatif ne traite pas suffisamment la problématique des rémunérations dans le secteur.
- Cette étude intervient dans un contexte où le modèle économique des exploitations agricoles est régulièrement questionné.
Une précarité durable dans le secteur agricole
Les résultats de l’étude de Max Havelaar France mettent en lumière une réalité souvent occultée : la majorité des agriculteurs ne parviennent pas à dégager un revenu décent sur le long terme. Sur les dix années analysées, 43 % d’entre eux ont touché en moyenne moins que le Smic mensuel, soit environ 1 766 euros brut pour un temps plein. Ce chiffre, qui concerne l’ensemble des exploitations quelle que soit leur taille ou leur orientation, illustre une crise structurelle du revenu agricole en France.
Les données recueillies montrent que cette situation persiste malgré les différentes aides publiques et les dispositifs de soutien mis en place ces dernières années. Pour Max Havelaar France, cette étude confirme que les mécanismes actuels ne suffisent pas à garantir une rémunération stable et équitable aux professionnels du secteur.
La loi d’urgence agricole face à ses limites
Publiée alors que l’Assemblée nationale examine en commission des affaires économiques un projet de loi qualifié d’« urgence agricole », cette étude tombe à point nommé. Pourtant, l’ONG Max Havelaar France souligne que le texte en discussion ne fait pas de la question du revenu une priorité. « Dans ce projet de loi, la question du revenu n’est pas centrale », a déclaré l’organisation. Un constat qui interroge sur l’efficacité des mesures proposées pour répondre aux difficultés économiques des agriculteurs.
Parmi les mesures attendues dans ce projet de loi figurent des dispositions relatives à la souveraineté alimentaire, à la simplification administrative ou encore à la transition écologique. Cependant, aucun mécanisme concret n’est annoncé pour améliorer durablement les revenus des exploitants. Max Havelaar France craint que cette approche ne perpétue un modèle où les agriculteurs restent en marge de la prospérité économique.
Cette enquête de Max Havelaar France rappelle que le secteur agricole, pilier de la souveraineté alimentaire française, fait face à des défis économiques majeurs. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les pouvoirs publics entendent y répondre de manière durable.