Alors que le télétravail s’est imposé dans le paysage professionnel français, une étude récente révèle que la présence physique au bureau conserve une valeur stratégique aux yeux des collaborateurs. Selon BFM Business, 64 % des salariés français déclarent s’être déjà rendus sur leur lieu de travail principalement pour être visibles auprès de leur manager ou de leurs collègues, plutôt que pour des raisons de productivité. Parmi eux, 23 % adoptent régulièrement ce comportement, une tendance qui atteint 75 % chez les 18-24 ans, contre 50 % chez les 45-54 ans.

Ce qu'il faut retenir

  • 64 % des salariés français se rendent au bureau pour être vus plutôt que pour travailler, d'après une étude Indeed menée avec Censuswide.
  • 23 % des collaborateurs adoptent régulièrement ce comportement, avec un pic à 75 % chez les jeunes de 18 à 24 ans.
  • 69 % des managers reconnaissent que la présence au bureau influence positivement leur perception de l'engagement des salariés.
  • 59 % des recruteurs et responsables RH intègrent la visibilité physique dans leurs décisions de promotion, un critère plus marqué chez les cadres dirigeants.
  • L'étude, réalisée du 15 au 19 juin 2026, s'appuie sur les réponses de 1 000 salariés et 500 professionnels des RH.

Cette étude, menée par la plateforme de recrutement Indeed en partenariat avec Censuswide, met en lumière une réalité persistante dans le monde professionnel français : la visibilité physique au bureau reste un levier déterminant pour l’évolution de carrière. Réalisée entre le 15 et le 19 juin 2026 auprès de deux échantillons — 1 000 salariés éligibles au télétravail et 500 recruteurs, managers ou professionnels des ressources humaines — elle révèle que la perception de l’engagement des collaborateurs est étroitement liée à leur présence sur site. 69 % des managers admettent ainsi que la fréquence de présence au bureau influence positivement leur évaluation. Plus d’un sur cinq (21 %) estime même que cette influence est forte.

Le phénomène est particulièrement marqué chez les jeunes actifs. Parmi les 18-24 ans, trois quarts déclarent s’être rendus au bureau avant tout pour être visibles, un taux qui chute à 50 % chez les 45-54 ans. Cette disparité générationnelle souligne une différence de perception quant aux codes de reconnaissance en entreprise. Pour les jeunes salariés, la présence physique semble indissociable d’une démonstration d’engagement, voire d’une stratégie de carrière.

Les chiffres sont tout aussi révélateurs du côté des décideurs. Selon l’étude, 59 % des recruteurs, managers et responsables RH reconnaissent que la présence régulière au bureau influence leurs décisions concernant les promotions ou les évolutions de carrière. Parmi eux, 20 % estiment que cette influence est forte. Plus le niveau de responsabilité est élevé, plus la visibilité au bureau est perçue comme un critère d’appréciation. Un constat qui interroge sur l’équité des processus d’évaluation dans un contexte où le travail hybride s’est généralisé.

« Ces résultats montrent que, dans un contexte de travail hybride, le bureau conserve une fonction qui dépasse la simple réalisation des tâches professionnelles. Au-delà de la performance, il reste un lieu où se construit la visibilité, où s’exprime l’engagement et où se jouent, parfois, les perspectives d’évolution de carrière », a déclaré la plateforme Indeed.

Les salariés ont d’ailleurs pleinement conscience de cette dynamique. 58 % d’entre eux estiment qu’être présent plus fréquemment au bureau offre un avantage pour évoluer professionnellement, un chiffre qui monte à 66 % chez les 18-24 ans. Cette prise de conscience collective explique en partie pourquoi, malgré les avantages du télétravail, certains collaborateurs choisissent de se rendre sur site de manière visible, même si leur productivité n’en dépend pas directement.

Pour Eric Gras, spécialiste du marché de l’emploi chez Indeed France, cette situation reflète une tension entre deux modèles de travail. « La performance est de plus en plus évaluée à travers les résultats, mais les carrières restent encore influencées par la visibilité. Les salariés ont intégré cette réalité et adaptent leur comportement en conséquence. Pour les entreprises, l’enjeu est désormais de s’assurer que les opportunités d’évolution reposent avant tout sur les compétences, la contribution et les résultats, quel que soit le lieu depuis lequel le travail est réalisé », explique-t-il.

Le bureau, un lieu de pouvoir où se joue la carrière

Si le télétravail a permis une flexibilité inédite, il n’a pas effacé la valeur symbolique du bureau. Ce dernier reste perçu comme un espace de pouvoir, où se nouent les relations informelles, où se transmettent les informations stratégiques et où se construit la réputation professionnelle. Plus de la moitié des salariés interrogés estiment que la présence physique offre un avantage pour leur évolution, un chiffre qui grimpe chez les jeunes générations. Cette réalité pose une question de fond : dans un monde où le travail à distance est devenu la norme pour de nombreuses tâches, la visibilité physique est-elle encore un critère pertinent d’évaluation ?

Les managers, de leur côté, défendent une position nuancée. Si 69 % d’entre eux reconnaissent que la présence au bureau influence leur perception de l’engagement, beaucoup soulignent que cette évaluation ne doit pas se substituer à une analyse objective des performances. Pourtant, les chiffres montrent que la frontière reste ténue. 21 % des managers estiment que l’influence de la présence physique est « forte », un taux qui suggère que, pour certains, la visibilité prime sur les résultats concrets.

Une génération prête à jouer le jeu de la visibilité

Les écarts générationnels observés dans l’étude soulignent une différence de culture professionnelle. Les jeunes actifs, souvent en début de carrière, semblent plus enclins à adopter des stratégies de visibilité pour se faire remarquer. 75 % des 18-24 ans déclarent s’être rendus au bureau pour être vus, contre seulement 50 % des 45-54 ans. Cette tendance peut s’expliquer par une volonté de s’intégrer rapidement dans un environnement professionnel où les codes informels jouent un rôle clé.

Pourtant, cette stratégie comporte des risques. En se focalisant sur la visibilité plutôt que sur l’efficacité, certains salariés pourraient négliger des aspects essentiels de leur travail, comme l’innovation ou la collaboration à distance. De plus, cette dynamique crée une inégalité entre ceux qui peuvent se permettre de se rendre au bureau régulièrement — souvent ceux qui habitent à proximité — et ceux qui, pour des raisons logistiques ou financières, doivent limiter leurs déplacements.

Vers une évaluation plus équitable des performances ?

Face à ce constat, plusieurs entreprises réfléchissent à des méthodes pour objectiver l’évaluation des collaborateurs, indépendamment de leur lieu de travail. L’enjeu est de taille : comment garantir que les promotions et les augmentations reposent sur des critères objectifs, tels que les résultats, l’innovation ou l’implication, plutôt que sur une simple présence visible ?

Selon Eric Gras, l’équilibre est possible. « Les entreprises doivent clarifier leurs critères d’évaluation et former leurs managers à reconnaître la valeur du travail à distance. La visibilité ne doit plus être un prérequis pour évoluer, mais un complément à la performance réelle », précise-t-il. Certaines organisations ont déjà mis en place des outils de suivi des réalisations, des entretiens réguliers ou des systèmes de feedback 360°, qui permettent d’évaluer l’engagement et les compétences de manière plus transparente.

Et maintenant ?

Avec la généralisation du travail hybride, les entreprises pourraient être amenées à revoir leurs critères de promotion d’ici la fin de l’année 2026. Certaines pourraient instaurer des audits internes pour mesurer l’impact réel de la présence physique sur la productivité et l’engagement. D’autres pourraient former leurs managers à évaluer les performances de manière plus objective, en s’appuyant sur des indicateurs concrets plutôt que sur des impressions. Une chose est sûre : la question de l’équité entre présentiel et télétravail restera au cœur des débats RH dans les mois à venir.

Cette étude rappelle que, malgré les avancées technologiques, les dynamiques humaines et les perceptions traditionnelles continuent de façonner les carrières. Pour les salariés, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre entre visibilité stratégique et efficacité professionnelle, tandis que les entreprises doivent s’interroger sur la pertinence de critères qui, pour certains, relèvent davantage de la tradition que de la performance.

L’étude ne précise pas de secteurs spécifiques, mais elle souligne que la tendance est plus marquée chez les jeunes actifs et les cadres dirigeants. Les secteurs traditionnels, comme la finance, le conseil ou le droit, où la culture du présentiel reste forte, pourraient être plus concernés que les secteurs plus flexibles comme la tech ou le marketing digital.

Non, les entreprises ne peuvent pas imposer une présence physique systématique sans justification objective. Le Code du travail encadre le télétravail, et les employeurs doivent démontrer que la présence sur site est nécessaire pour des raisons professionnelles précises, comme la collaboration en équipe ou l’accès à des équipements spécifiques. Une interdiction pure et simple du télétravail pour des motifs liés à la visibilité pourrait être considérée comme discriminatoire.