Comme le rapporte Le Monde, le Rassemblement national (RN) devrait intégrer dans son programme pour la présidentielle de 2027 une règle budgétaire inédite pour ce parti. Celle-ci prévoit de limiter le déficit public à **3 % du produit intérieur brut (PIB)**, un seuil identique à celui imposé par les traités européens. Une orientation qui marque un virage significatif pour une formation politique historiquement critique envers les contraintes communautaires.
Ce qu'il faut retenir
- Le RN envisage d’inscrire dans son programme une règle budgétaire limitant le déficit à 3 % du PIB, alignée sur les critères de l’Union européenne.
- Cette mesure s’accompagnerait de l’obligation de présenter un budget à l’équilibre pour le fonctionnement de l’État.
- Cette proposition représente un changement de doctrine pour le parti, traditionnellement eurosceptique.
- Elle intervient dans un contexte de débats récurrents sur la dette publique et les finances de l’État en France.
Une règle budgétaire calquée sur les normes européennes
D’après nos confrères du Monde, cette proposition s’inspire directement des critères de convergence définis par le pacte de stabilité et de croissance de l’UE. Ces règles, souvent contestées par la droite et l’extrême droite en France, imposent aux États membres de maintenir leur déficit public sous la barre des 3 % du PIB et leur dette publique en dessous de 60 % du PIB. Jusqu’à présent, le RN avait régulièrement dénoncé ces contraintes, les jugeant contraires à la souveraineté nationale. Un retournement idéologique qui pourrait surprendre une partie de l’électorat historique du parti.
En complément de cette règle sur le déficit, le RN prévoirait également de rendre obligatoire la présentation d’un budget à l’équilibre pour les dépenses de fonctionnement de l’État. Cette disposition vise à garantir que les recettes couvrent les dépenses courantes, sans recourir à l’endettement systématique. Une approche qui rappelle les principes de gestion budgétaire défendus par certains économistes libéraux.
Un virage économique pour le Rassemblement national
Ce changement de position s’inscrit dans une dynamique plus large de normalisation du discours économique du RN. Depuis plusieurs années, le parti tente de se présenter comme un acteur responsable sur les questions budgétaires, notamment après l’échec relatif de sa campagne présidentielle de 2022. À l’époque, Marine Le Pen avait proposé une politique de relance massive, financée par une hausse des dépenses publiques et une baisse des impôts, sans évoquer de règles strictes en matière de déficit.
Cette nouvelle orientation pourrait répondre à une stratégie visant à rassurer les marchés et les partenaires européens, tout en séduisant une frange de l’électorat modéré. Elle s’accompagne cependant de questions sur la crédibilité de sa mise en œuvre. En effet, les dernières années ont montré que les gouvernements français, quels que soient leur couleur politique, peinent à respecter durablement les critères européens. Le déficit public français a dépassé **5 % du PIB en 2025**, selon les dernières estimations de la Cour des comptes.
Quelles conséquences pour la politique économique française ?
Si cette règle était appliquée, elle contraindrait l’État à réduire significativement ses dépenses ou à augmenter ses recettes pour respecter le plafond de 3 % de déficit. Cela pourrait impliquer des coupes budgétaires dans des secteurs sensibles comme l’éducation, la santé ou les retraites, ou une hausse des prélèvements obligatoires. Autant dire que les arbitrages seraient difficiles.
Par ailleurs, cette proposition soulève des interrogations sur la cohérence avec d’autres mesures phares du RN, comme la baisse des impôts pour les ménages ou le financement de grands projets industriels. Comment concilier ces objectifs avec une rigueur budgétaire accrue ? La question reste entière, d’autant que le parti n’a pas encore détaillé les modalités pratiques de sa règle d’or.
Reste à voir si cette règle budgétaire résistera aux aléas politiques et économiques d’ici 2027. Pour l’heure, une certitude : elle place le RN dans une posture nouvelle, loin des positions traditionnelles de rejet des contraintes européennes.
Un budget à l’équilibre signifie que les recettes de l’État couvrent exactement ses dépenses de fonctionnement, sans déficit. Une règle d’or budgétaire, en revanche, autorise un certain niveau de déficit (ici 3 % du PIB), mais interdit le recours à l’emprunt pour financer les dépenses d’investissement. Le RN propose les deux mesures.