Selon Le Figaro - Politique, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Pierre Mazeaud, 96 ans, tire la sonnette d’alarme sur la dispersion des candidatures à l’élection présidentielle de 2027. Dans un entretien publié ce 19 juin 2026, la figure historique du gaullisme et de la chiraquie estime que ce morcellement des candidatures favoriserait un second tour opposant le Rassemblement National (RN) à La France Insoumise (LFI).
Ce qu'il faut retenir
- Pierre Mazeaud, 96 ans, ancien président du Conseil constitutionnel, alerte sur les risques d’un second tour RN-LFI en 2027.
- Il critique la décision d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale en 2024, jugeant qu’il aurait dû démissionner.
- Il rejette le déclinisme tout en refusant un soutien systématique au président sortant.
- La multiplication des candidatures à la présidentielle est présentée comme un facteur d’instabilité politique.
- Macron avait été élu en 2017 puis réélu en 2022, avant cette dissolution contestée.
Un bilan contrasté de la présidence Macron
Pierre Mazeaud, qui a voté pour Emmanuel Macron en 2017, a exprimé une satisfaction initiale avant de prendre ses distances. Dans les colonnes du Figaro, il explique avoir été déçu par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, une décision qu’il juge incompatible avec la Ve République. « J’ai voté pour lui et été satisfait de son élection. Jusqu’au jour où il a choisi de dissoudre l’Assemblée nationale, en 2024 », déclare-t-il. Pour Mazeaud, cette initiative aurait dû entraîner une démission immédiate, à l’image du général de Gaulle en 1969.
Pour autant, l’ancien constitutionnaliste refuse de tomber dans le déclinisme ambiant. « Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent qu’il faut systématiquement être contre le président », précise-t-il. Son analyse se veut donc nuancée, entre reconnaissance des débuts de mandat et critique des choix récents. Une position qui tranche avec les discours catastrophistes de certains observateurs.
La menace des extrêmes et la fragmentation politique
Pour Pierre Mazeaud, la montée des extrêmes — qu’il désigne comme un phénomène inquiétant — est directement liée à la dispersion des candidatures. Selon lui, cette multiplication des prétendants, y compris au sein du camp présidentiel, affaiblit la démocratie et ouvre la voie à un duel entre le RN et LFI au second tour. Une configuration qu’il juge « dangereuse » pour la stabilité institutionnelle.
L’ancien député RPR et président de la commission des lois à l’Assemblée nationale rappelle que la Ve République a été conçue pour éviter les blocages. Or, avec un paysage politique de plus en plus fragmenté, le risque d’une paralysie institutionnelle grandit. « La dispersion des candidatures nous précipite vers un second tour RN-LFI », alerte-t-il, sans pour autant exclure d’autres scénarios.
Un parcours politique marqué par l’influence gaulliste et chiraquienne
Pierre Mazeaud, 96 ans, incarne une génération de responsables politiques ayant traversé plusieurs décennies de vie publique. Conseiller du garde des Sceaux Michel Debré sous la Ve République, député RPR puis président de la commission des lois, il a également occupé le poste prestigieux de président du Conseil constitutionnel de 2004 à 2007. Son parcours, à la fois juridique et politique, en fait une voix écoutée dans les débats institutionnels.
Son engagement gaulliste et son soutien à Jacques Chirac dans les années 1990 et 2000 ont forgé sa réputation d’homme d’État attaché aux institutions. Aujourd’hui, il se positionne en gardien des principes fondateurs de la République, tout en refusant les postures radicales.
Les prochaines étapes avant 2027
Alors que la présidentielle de 2027 s’annonce déjà comme l’une des plus incertaines de la Ve République, les déclarations de Pierre Mazeaud s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues. Plusieurs personnalités, issues de tous bords, devraient officialiser leur candidature dans les prochains mois, ce qui pourrait encore complexifier le jeu politique. Selon les observateurs, le nombre de candidats pourrait atteindre un niveau record, une situation inédite depuis 1965.
La dissolution de 2024 et les élections législatives qui ont suivi ont profondément redistribué les cartes. Avec une Assemblée nationale fragmentée et des partis traditionnels affaiblis, le terrain est propice aux candidatures marginales et aux stratégies de niche. Pour Mazeaud, la clé réside dans la capacité des responsables politiques à rassembler plutôt qu’à diviser — un défi de taille à l’approche du scrutin.
Pour Pierre Mazeaud, la solution passe par un retour aux fondamentaux de la démocratie, où le débat d’idées prime sur les calculs partisans. Reste à savoir si les acteurs politiques seront capables de suivre cette voie, ou si le pays s’orientera vers une nouvelle période d’incertitude institutionnelle.
Il estime qu’Emmanuel Macron aurait dû démissionner après cette décision, à l’image du général de Gaulle en 1969. Pour Mazeaud, la dissolution a fragilisé les institutions et ouvert la porte à une fragmentation politique accrue.