Le prix de référence du gaz naturel en Europe a franchi un seuil symbolique lundi 1er septembre 2026, avec un pic à 70,85 € par mégawattheure pour les livraisons d’octobre, selon les données d’ICE relayées par Euronews FR. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, où la reprise des combats entre les États-Unis et l’Iran menace de perturber les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance du Golfe. Autant dire que le marché européen, déjà sous tension, voit ses craintes se matérialiser.
Ce qu'il faut retenir
- Le prix du gaz TTF néerlandais a atteint 70,85 €/MWh pour octobre 2026, un niveau inédit depuis plusieurs mois, selon les données d’ICE.
- Les tensions entre les États-Unis et l’Iran ont repris dimanche, avec des frappes américaines près du détroit d’Ormuz et des représailles iraniennes en Jordanie.
- Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du commerce mondial de GNL, reste de facto fermé, aggravant les risques de pénurie en Europe.
- Les stocks de gaz en Europe ne sont remplis qu’à 64,7 %, un niveau inférieur aux moyennes historiques pour cette période de l’année.
- L’Allemagne et les Pays-Bas pourraient ne pas atteindre leurs objectifs de stockage (respectivement 70 % et 80 %) d’ici le 1er novembre, en raison des prix élevés qui découragent les achats.
- Une perturbation prolongée des exportations de GNL du Golfe pourrait pousser les prix vers 100 €/MWh, selon Goldman Sachs.
Une escalade militaire qui pèse sur les marchés
L’embrasement militaire entre Washington et Téhéran a pris une nouvelle dimension dimanche 31 août, lorsque les forces américaines ont ciblé des lance-roquettes iraniens près du détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le transit du GNL. L’Iran a immédiatement réagi en tirant des missiles sur des positions américaines en Jordanie, confirmant l’escalade régionale. « Cette situation menace directement les chaînes d’approvisionnement en GNL, le détroit d’Ormuz étant un point de passage incontournable pour près d’un cinquième du commerce mondial », explique Euronews FR, qui souligne l’impact direct sur les prix en Europe.
L’Europe, qui reconstitue actuellement ses réserves de gaz en prévision de l’hiver, se retrouve dans une position délicate. Les livraisons de GNL sont en effet essentielles pour atteindre les objectifs de stockage fixés par l’Union européenne. Pourtant, les tensions au Moyen-Orient risquent de compromettre cet équilibre déjà précaire. « Les perturbations des exportations de GNL en provenance du Golfe pourraient aggraver la volatilité des prix et rendre les pays européens plus vulnérables à des chocs d’approvisionnement », précise l’article.
Des stocks insuffisants et des objectifs en péril
Les données de Gas Infrastructure Europe (GIE) révèlent que les installations de stockage de gaz sur le continent affichent un taux de remplissage de seulement 64,7 %, un chiffre bien inférieur aux moyennes historiques pour la fin août. Plusieurs pays, dont l’Allemagne et les Pays-Bas, pourraient ainsi manquer leurs objectifs de stockage d’ici le 1er novembre : 80 % pour les Pays-Bas et 70 % pour l’Allemagne. « L’écart actuel entre les prix du marché et les prix anticipés pour l’hiver est souvent trop faible, voire négatif, pour couvrir les coûts et les risques liés au stockage du gaz », explique Euronews FR.
Normalement, les fournisseurs achètent du gaz à bas prix en été pour le revendre plus cher en hiver. Or, avec des prix de gros déjà élevés, cette stratégie devient peu rentable. « Si les prix du gaz dépassent le seuil supportable par les consommateurs industriels, les entreprises pourraient être contraintes de réduire leur production, avec des conséquences économiques majeures », avertit Sebastian Heinermann, directeur général de l’association allemande des stockages de gaz INES, cité par Euronews FR.
« Si des installations de stockage de gaz insuffisamment remplies coïncident avec un hiver très froid, l’Allemagne pourrait ne plus être en mesure de couvrir entièrement la demande normale de gaz. »
Sebastian Heinermann, directeur général de l’association allemande des stockages de gaz INES
L’Italie et le Qatar dans la tourmente
L’Italie, bien que mieux lotie que d’autres pays en termes de stockage, n’est pas épargnée par les risques d’approvisionnement. Jeudi 28 août, QatarEnergy a annoncé à Edison, l’un de ses principaux clients européens, le prolongement jusqu’au début novembre de la suspension de ses livraisons de GNL au titre de la clause de force majeure. Cette décision, liée à la guerre entre les États-Unis et l’Iran, prive l’Italie d’un contrat représentant près de 10 % de sa consommation annuelle de gaz.
Pour autant, Edison assure avoir sécurisé des approvisionnements de remplacement et affirme être en mesure de respecter ses engagements envers ses clients. « Même si l’UE importe relativement peu de gaz directement du Moyen-Orient — le Qatar n’a fourni que 3,7 % des importations totales de gaz du bloc en 2025 —, des perturbations dans le Golfe peuvent malgré tout faire grimper les prix en Europe », souligne Euronews FR.
Un scénario catastrophe à 100 €/MWh ?
Les analystes de Goldman Sachs estiment qu’une perturbation prolongée des exportations de GNL du Golfe pourrait contraindre les acheteurs européens à rivaliser plus agressivement avec les acheteurs asiatiques pour les cargaisons disponibles. Cette surenchère risquerait d’exercer une pression supplémentaire à la hausse sur les prix du gaz en Europe, potentiellement jusqu’à 100 €/MWh pour le contrat TTF de décembre 2026.
Dans une note citée par Bloomberg, les analystes Samantha Dart et Laura Cyr de Goldman Sachs estiment que « dans un scénario où les exportations d’énergie du Moyen-Orient ne se normalisent que progressivement d’ici 2027, le contrat TTF de décembre 2026 devra probablement dépasser 100 €/MWh ». Une perspective qui alourdirait encore la facture énergétique des ménages et des entreprises européennes.
Quelles conséquences pour les consommateurs ?
Si la hausse actuelle des prix ne devait pas se prolonger, son impact sur les factures des ménages resterait limité. En revanche, en l’absence de signe d’apaisement des tensions, une hausse durable des prix de gros pourrait se répercuter progressivement sur les tarifs énergétiques en Europe. Selon Oxford Economics, les délais de transmission varient fortement d’un pays à l’autre : quelques mois en France, en Italie ou en Espagne, presque immédiatement aux Pays-Bas, mais près d’un an en Allemagne et en Autriche.
« L’Italie est la plus exposée des grandes économies européennes, car les prix se répercutent relativement vite et le pays dépend fortement du gaz, même si ses installations de stockage figurent actuellement parmi les plus remplies d’Europe », estime Oxford Economics. Une vulnérabilité qui rappelle l’importance de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer les stocks stratégiques.
Alors que l’hiver approche, l’Europe reste sous haute surveillance. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si les prix du gaz parviendront à se stabiliser ou si, au contraire, ils continueront leur ascension, avec des conséquences économiques et sociales potentiellement lourdes.
Le détroit d’Ormuz est un point de passage incontournable pour près d’un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL). Toute perturbation dans cette zone, comme une fermeture ou des tensions militaires, peut entraîner des retards ou des annulations de livraisons, ce qui exerce une pression immédiate sur les prix en Europe et en Asie.
Les Pays-Bas et l’Allemagne sont particulièrement vulnérables, car leurs objectifs de stockage (80 % et 70 % respectivement) pourraient ne pas être atteints d’ici le 1er novembre. Une combinaison de stocks insuffisants et d’un hiver rigoureux pourrait contraindre ces pays à importer davantage de gaz à des prix élevés, voire à rationner certaines industries.