L’écrivain algérien Kamel Daoud, lauréat du prix Goncourt 2024 pour son roman Houris, et le quotidien du Figaro ont comparu ce vendredi 5 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris pour répondre d’une plainte en diffamation déposée par Saâda Arbane. Cette dernière accuse l’auteur d’avoir « volé son histoire » pour nourrir l’intrigue de son livre, comme le rapporte Libération.

La procédure, qualifiée par certains d’« attaque préméditée » ou de « procédure bâillon », s’appuie sur une interview accordée par Kamel Daoud au du Figaro en mars 2025. À l’époque, l’écrivain y évoquait la genèse de son roman, sans citer le nom de Saâda Arbane. La plaignante estime que cette interview, ainsi que des passages de Houris, s’inspirent directement de son vécu personnel, constituant une atteinte à sa réputation.

Ce qu'il faut retenir

  • L’écrivain Kamel Daoud et le du Figaro ont été jugés le 5 juin 2026 pour diffamation.
  • La plainte émane de Saâda Arbane, une Algérienne accusant Daoud d’avoir « volé son histoire » pour écrire Houris, son roman primé par le Goncourt en 2024.
  • La procédure s’appuie sur une interview publiée par le du Figaro en 2025, où Daoud n’a pas cité le nom de la plaignante.
  • Le parquet a requis la relaxe pour les deux parties mises en cause.

Une plainte fondée sur des récits personnels

Selon les éléments du dossier, Saâda Arbane affirme que Houris reprend des éléments biographiques de sa vie, notamment une histoire d’exil et de quête identitaire. Elle considère que Kamel Daoud, en s’inspirant de son parcours, a violé son droit à l’image et à la dignité. Dans sa plainte, elle dénonce une « récupération abusive » de son histoire, comme le précise Libération.

L’avocat de la plaignante a souligné lors de l’audience que son cliente n’avait jamais donné son accord pour une utilisation publique de son vécu. Il a également rappelé que l’interview accordée au du Figaro en 2025 avait servi de « preuve » à l’accusation de diffamation. « Les mots employés par Daoud dans cet entretien renforcent l’idée d’un plagiat déguisé », a-t-il affirmé.

La défense de Kamel Daoud : inspiration et création littéraire

De son côté, Kamel Daoud a toujours défendu la légitimité de son travail d’écrivain. Lors de l’audience, il a rappelé que Houris s’inscrit dans une démarche de fiction et de réinterprétation de récits historiques, sans viser une personne en particulier. « Un roman s’inspire de multiples sources, de témoignages, de lectures. Ma démarche n’a rien de diffamatoire », a-t-il déclaré devant le tribunal.

Les avocats du du Figaro ont également plaidé en faveur de la relaxe, rappelant que l’article incriminé relevait du droit à l’information. Ils ont insisté sur le fait que l’interview de 2025 ne contenait aucune assertion de nature diffamatoire, mais simplement une discussion sur l’écriture et les thèmes abordés dans Houris.

« Ce procès est une tentative de censure déguisée. Un écrivain doit pouvoir s’inspirer de la réalité sans être traîné devant les tribunaux. »
Kamel Daoud, lors de l’audience du 5 juin 2026

Et maintenant ?

Le tribunal doit désormais rendre sa décision dans les prochaines semaines. Si la relaxe est prononcée, l’affaire pourrait servir de précédent dans les débats sur les limites entre inspiration littéraire et atteinte à la vie privée. En cas de condamnation, Kamel Daoud et le du Figaro pourraient faire appel, prolongeant ainsi une procédure déjà longue de plus d’un an. Reste à voir si cette décision influencera d’autres auteurs ou médias confrontés à des plaintes similaires.

La question de la frontière entre fiction et réalité en littérature, déjà centrale dans de nombreux débats, pourrait ainsi trouver un nouvel éclairage à l’issue de ce procès. Pour l’heure, les parties attendent le verdict avec attention, tandis que le monde culturel observe cette affaire avec un intérêt particulier.