La cour d’assises spéciale de Paris a entendu, ce mardi 23 avril 2026, l’ancien directeur de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), Bernard Émié, dans le cadre du procès Athanor. Selon Le Figaro, les débats ont mis en lumière les contradictions entre les dirigeants des services secrets et les militaires du centre de Cercottes, accusés d’avoir cru mener une mission d’exécution pour le compte de l’État.
Ce qu'il faut retenir
- Bernard Émié, ex-patron de la DGSE, a été entendu par la cour d’assises spéciale de Paris le 23 avril 2026 dans l’affaire Athanor.
- Les militaires du centre parachutiste d’entraînement spécialisé (CPES) de Cercottes ont été accusés d’avoir participé à un contrat d’assassinat en 2020.
- L’ancien haut fonctionnaire a défendu l’idée que les « gardes-barrières » du camp n’avaient qu’un rôle de sécurité, ignorant toute mission « hors cadre ».
- Les gradés de la DGSE ont évoqué le principe du « secret défense » et la naïveté présumée des soldats pour expliquer cette situation.
- Les missions « hors cadre » n’existent officiellement pas au sein des services de renseignement.
Un procès qui questionne la frontière entre légalité et illégalité
Assis dans le box des témoins, Bernard Émié a répété à plusieurs reprises que les militaires de Cercottes, dans le Loiret, n’avaient qu’une mission de surveillance. « C’est du comique de répétition. Je vais vous le répéter. Après tout, je n’ai pas de problème avec Scapin », a-t-il lancé, visiblement agacé par les questions insistantes de la défense. Selon ses déclarations, rien ne permettait aux soldats de penser qu’ils participaient à une opération commanditée par les services secrets. « Ils n’étaient pas habilités à y prendre part, et les missions "hors cadre" n’existent pas », a-t-il précisé.
Pourtant, les faits remontent à 2020, lorsque des membres du CPES de Cercottes auraient reçu un contrat d’assassinat leur demandant d’éliminer une cible désignée. L’enquête a révélé l’existence d’une cellule criminelle ayant infiltré les rangs militaires, mais la DGSE nie toute implication officielle. Les gradés entendus lors du procès ont systématiquement invoqué la notion de « secret défense » et la naïveté des soldats pour justifier cette situation.
Le secret défense, un bouclier face aux questions embarrassantes
Les débats ont révélé une tension entre les impératifs de transparence judiciaire et les contraintes du renseignement. Les avocats de la défense ont tenté d’établir si les soldats pouvaient légitimement croire à la légalité de leur mission. Les représentants de la DGSE ont systématiquement rejeté cette hypothèse, insistant sur le fait que les gardes-barrières n’avaient qu’un rôle logistique et sécuritaire.
Bernard Émié a rappelé que les agents des services secrets agissent sous couvert de l’anonymat et que les opérations dites « noires » relèvent d’une chaîne de commandement strictement cloisonnée. « Le principe du secret défense est sacro-saint », a-t-il souligné, ajoutant que les soldats de Cercottes n’avaient aucun moyen de vérifier l’authenticité d’un ordre émanant prétendument de l’État.
« Même les grands manipulateurs se font manipuler. » — Une déclaration prononcée lors du procès, reflétant les tensions entre les différents acteurs de l’affaire.
Un procès qui dépasse le cadre de l’affaire Athanor
Le procès Athanor, qui se déroule à huis clos en raison de la sensibilité des sujets abordés, illustre les défis auxquels sont confrontés les services de renseignement. Les révélations sur les dysfonctionnements internes et les risques de dérive des missions secrètes soulèvent des questions sur la responsabilité des hauts fonctionnaires et des militaires.
Les auditions successives ont mis en lumière les tensions entre les impératifs opérationnels et les règles démocratiques. Les représentants de la DGSE ont rappelé à plusieurs reprises que les opérations clandestines obéissent à des protocoles stricts, inaccessibles aux agents subalternes. Pourtant, l’affaire Athanor interroge : comment des soldats ont-ils pu être amenés à croire qu’ils participaient à une mission d’État ?
Ce procès rappelle, s’il en était besoin, que les frontières entre légalité et illégalité dans les missions des services secrets restent floues. Pour l’heure, la DGSE maintient sa ligne de défense : ses agents n’ont fait qu’obéir à des ordres strictement encadrés, et les soldats de Cercottes ont été les victimes d’une manipulation externe.
La cour d’assises spéciale de Paris est compétente pour juger les crimes ou délits commis par des militaires en service, ainsi que les affaires impliquant des agents des services de renseignement dans le cadre de leurs missions. Ce tribunal est composé de magistrats professionnels et de jurés, afin de garantir une procédure adaptée aux enjeux sensibles.