Le procès de Carmen Enciso, ancienne boulangère accusée d’avoir tué puis démembré son compagnon, François Vigouroux, s’ouvre ce 3 juin 2026 devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales. Une affaire qui interroge, au-delà des circonstances tragiques, sur l’existence d’un profil psychologique type de la femme criminelle, comme le rapporte BFM - Faits Divers.

L’enquête révèle des éléments troublants : un empoisonnement présumé, un démembrement méthodique et une possible motivation financière. Les restes de la victime, découpés et placés dans des sacs-poubelle, ont été retrouvés sur un site touristique des Pyrénées-Orientales, déclenchant l’une des affaires les plus médiatisées de l’année. Mais au-delà du cas Enciso, cette affaire soulève une question plus large : les femmes commettent-elles des crimes selon des schémas distincts de ceux des hommes ?

Ce qu'il faut retenir

  • Le procès de Carmen Enciso, accusée d’avoir tué puis démembré son compagnon, s’ouvre le 3 juin 2026 devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales.
  • L’affaire implique un empoisonnement présumé, un démembrement et un possible mobile financier, selon les investigations.
  • Les restes de la victime ont été retrouvés dans plusieurs sacs-poubelle sur un site touristique des Pyrénées-Orientales.
  • Les experts s’interrogent sur l’existence d’un profil psychologique spécifique aux femmes criminelles, loin des stéréotypes traditionnels.
  • Selon la psychanalyste Geneviève Morel, autrice de Tueuses : Du crime au féminin (éditions Érès, 2024), les crimes féminins ne relèvent pas d’un schéma unique, mais de contextes émotionnels explosifs.

Un meurtre aux méthodes troublantes

François Vigouroux, 56 ans, électricien, a disparu après une sortie à vélo. Quelques jours plus tard, des promeneurs découvrent des restes humains dans des sacs-poubelle, disséminés sur un site touristique des Pyrénées-Orientales. Rapidement, les soupçons se portent sur Carmen Enciso, son ancienne compagne. Les enquêteurs évoquent un empoisonnement suivi d’un démembrement, une méthode rare qui interroge sur l’état psychologique de l’accusée.

Selon BFM - Faits Divers, les investigations ont révélé des éléments suggérant une préméditation, bien que les mobiles exacts restent flous. Les autorités n’excluent ni un règlement de comptes financier ni une réaction impulsive liée à une rupture difficile. L’affaire rappelle d’autres cas médiatisés, comme celui de Violette Nozière ou des sœurs Papin, où des femmes ordinaires basculent soudainement dans l’horreur.

Mythe ou réalité : existe-t-il un profil criminel féminin ?

La question divise les experts. Certains sociologues, comme Émile Durkheim, avaient émis l’hypothèse que l’émancipation sociale des femmes les conduirait à commettre davantage de crimes, à l’instar des hommes. Pourtant, les statistiques contredisent cette théorie : les femmes tuent six fois moins que les hommes dans le cadre conjugal, selon les données disponibles.

Pour la psychanalyste Geneviève Morel, autrice de Tueuses : Du crime au féminin, il n’existe pas de « crime féminin » au sens strict. « Le crime n’est pas genré en lui-même, on ne peut pas dire qu’il y a un crime féminin, un crime masculin, ça paraît trop caricatural », a-t-elle expliqué. Elle souligne que les circonstances (ruptures, trahisons) et les mobiles (possession, jalousie) se retrouvent chez les deux sexes, même si les déclencheurs diffèrent parfois.

La trahison, un mobile plus féminin que la possession ?

Geneviève Morel met en avant une nuance dans les motivations féminines : contrairement aux hommes, dont les crimes de jalousie relèvent souvent de la possession (« Tu es à moi »), les femmes réagiraient davantage à la trahison de la parole donnée. « Pour les femmes, il y a beaucoup plus l’idée de la trahison au niveau de la parole donnée, de quelque chose qui est lié à l’amour. ‘Tu m’avais promis’, ‘tu as trahi ta promesse’, c’est plus grave que le fait d’avoir pris une maîtresse », précise-t-elle.

Cette distinction reflète une approche plus émotionnelle et relationnelle des conflits, où la parole et l’engagement moral priment sur la possession matérielle. L’infanticide, par exemple, s’inscrit souvent dans ce cadre : une mère tue son enfant pour s’autopunir, le considérant comme un prolongement d’elle-même, une situation rarement observée chez les hommes.

« Même quand les comptes rendus juridiques disent que la personne est parfaitement normale parce qu’elle a un comportement froid, l’acte lui-même peut être l’équivalent d’une explosion délirante. »
Geneviève Morel, psychanalyste

Démembrement et « transe » : des actes hors norme

Le démembrement, comme dans l’affaire Enciso, dénote une forme de « transe » chez l’auteur, selon Geneviève Morel. « Le démembrement dénote une certaine rage, parce que ça ne peut pas se faire sans une sorte de transe. C’est difficile d’imaginer qu’on fait ça. On ne peut pas être dans son état normal quand on démembre quelqu’un », explique-t-elle. Elle compare ces actes à une forme de folie passagère, où l’individu sort de son état habituel, comme sous l’emprise d’une drogue.

Cette « transe » n’est pas exclusive aux femmes. Les hommes peuvent également commettre des actes d’une violence extrême, comme des coups de couteau répétés. Cependant, l’usage d’ustensiles domestiques (couteaux de cuisine) est plus fréquent chez les femmes, selon les études citées par la psychanalyste. Une dispute dans une cuisine, un lieu symbolique, peut ainsi basculer dans l’irréparable.

L’influence des stéréotypes et de la culture populaire

L’image de la « femme fatale », popularisée par le cinéma et la littérature depuis le XIXe siècle, a contribué à façonner une représentation fantasmatique des criminelles. Ces figures, à la fois belles et terrifiantes, alimentent une fascination pour le crime féminin, bien que les statistiques montrent que les femmes commettent moins de meurtres que les hommes.

Geneviève Morel souligne que ces stéréotypes ont la vie dure. « On a gardé cette idée stéréotypique de la femme gentille, douce, maternelle, qui est fausse », rappelle-t-elle. Les théories du XIXe siècle, comme celles de Cesare Lombroso, classaient les femmes criminelles soit comme prostituées, soit comme monstrueuses, une vision aujourd’hui largement contestée.

Crime conjugal : un terreau explosif

Les crimes commis dans le cadre familial ou conjugal révèlent souvent une accumulation de tensions non résolues. Les séparations, les trahisons et les conflits de loyauté sont des déclencheurs fréquents, tant chez les hommes que chez les femmes. Cependant, les femmes semblent plus enclines à des actes impulsifs, liés à une détresse émotionnelle intense.

« Dans tous les passages à l’acte, ce sont très émotifs. Même quand on dit que le criminel est parfaitement froid, au moment de l’acte, ce n’est pas si froid que ça », observe Geneviève Morel. Elle cite les infanticides, souvent commis dans un contexte de séparation, où la mère tue son enfant pour s’autopunir, le considérant comme un prolongement d’elle-même.

Et maintenant ?

Le procès de Carmen Enciso s’annonce comme un moment clé pour comprendre les mécanismes psychologiques derrière un crime aussi violent. Les débats pourraient éclairer les jurés sur la question de la préméditation, de la responsabilité pénale et des circonstances atténuantes liées à un état mental altéré. La défense devrait probablement s’appuyer sur les expertises psychiatriques pour tenter d’éclairer le parcours de l’accusée.

Quel que soit le verdict, cette affaire rappelle que les crimes féminins, bien que moins fréquents, ne répondent pas à un schéma unique. Ils s’inscrivent souvent dans des dynamiques relationnelles complexes, où la violence éclate après des années de tensions refoulées.

Ce procès intervient alors que la société continue de débattre des stéréotypes de genre et de leur impact sur la perception des crimes. Les prochaines semaines pourraient apporter des éclairages inédits sur une question qui traverse l’histoire judiciaire : peut-on parler d’un profil criminel féminin, ou ces crimes ne sont-ils que le reflet de drames humains universels ?

Non, selon la psychanalyste Geneviève Morel. Elle précise que « ce n’est pas du tout une caractéristique féminine particulière de préméditer ». Les crimes féminins, comme ceux des hommes, sont souvent le résultat de situations déclenchant une « transe » ou une explosion émotionnelle, plutôt que d’une planification méthodique.