Près d’un an après le décès de Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, le tribunal correctionnel de Nice a rendu son verdict le 5 août 2026 dans l’affaire opposant les streamers Owen Cenazandotti, dit « Naruto », et Safine Hamadi, surnommé « Safine ». Les deux hommes, poursuivis pour violences et humiliations présumées lors d’un marathon diffusé en direct sur la plateforme Kick, ont vu leur procès s’ouvrir après une instruction basée sur plusieurs centaines d’heures de vidéos et d’échanges saisis par les enquêteurs. Comme le rapporte Le Figaro, cette affaire marque un tournant dans la définition des limites entre divertissement en ligne et responsabilité pénale.
Ce qu'il faut retenir
- 12 jours de diffusion ininterrompue, soit près de 300 heures de direct, ont précédé la mort de Raphaël Graven le 18 août 2025.
- Les deux streamers mis en cause sont accusés d’avoir participé à des scènes de violences et d’humiliations répétées à l’encontre de la victime.
- L’enquête s’est appuyée sur des centaines d’heures de vidéos et de messages échangés en direct pour reconstituer les faits.
- Cette affaire soulève une question inédite : où s’arrête le divertissement en streaming, et où commence la responsabilité pénale ?
- Le procès, ouvert devant le tribunal correctionnel de Nice, pourrait établir des précédents juridiques pour les plateformes de streaming.
Un marathon de streaming devenu tragique
Tout a commencé début août 2025 dans un local situé près de Nice, où se déroulait un marathon de streaming organisé sur la plateforme Kick. Le principe ? Rester en direct le plus longtemps possible, avec des caméras filmant en continu les participants, dont Raphaël Graven. Les spectateurs, via le chat, interagissaient en temps réel et envoyaient des dons qui rythmaient l’événement. Selon Le Figaro, l’ambiance était alors à la convivialité, sans signe avant-coureur de ce qui allait suivre.
Les choses ont changé au fil des jours. Raphaël Graven est devenu la cible principale des échanges, subissant insultes, moqueries et provocations filmées en direct. Les enquêteurs ont notamment identifié plusieurs scènes de violences physiques et psychologiques, dont des coups et des tirs de paintball, qui ont été au cœur des débats judiciaires. Ces actes, dont la qualification pénale sera longuement discutée, ont progressivement transformé un divertissement en une situation de vulnérabilité extrême pour la victime.
L’enquête révèle un modèle économique controversé
Plusieurs mois avant la mort de Graven, une enquête de Mediapart avait déjà mis en lumière un « business de l’humiliation », décrivant un modèle où des personnes fragilisées étaient exposées à des traitements dégradants pour générer toujours plus d’audience et de revenus via les dons. Comme le rapporte Le Figaro, ce système repose sur l’exploitation de la vulnérabilité des participants, un angle qui a pris une dimension encore plus tragique avec la disparition de Raphaël Graven.
Dans la nuit du 17 au 18 août 2025, alors que Graven dormait, un spectateur a signalé dans le chat qu’il semblait ne plus respirer normalement. Alertés, les autres participants ont confirmé l’urgence avant d’appeler les secours. Raphaël Graven, âgé de 46 ans, a été déclaré mort à leur arrivée. La séquence de l’enquête judiciaire venait de commencer, révélant l’ampleur des actes commis pendant ce marathon.
Le procès : où s’arrête le divertissement, où commence la loi ?
Le procès des deux streamers, ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Nice, s’appuie sur un dossier complexe. Les débats se sont concentrés sur la reconstruction des 300 heures de direct, analysées minute par minute pour déterminer si les actes commis relevaient du simple divertissement ou constituaient des infractions pénales. D’après Le Figaro, les procureurs devront trancher une question inédite pour la justice française : à quel moment la frontière entre amusement et violence est-elle franchie ?
Parmi les éléments clés du dossier figurent les vidéos montrant des scènes de violences physiques, mais aussi des échanges écrits où les streamers encourageaient, voire organisaient, des humiliations répétées. Les avocats de la défense devront démontrer que ces actes relevaient d’une mise en scène consentie, tandis que l’accusation s’attachera à prouver l’existence d’une intention de nuire, voire de provoquer un drame.
Un drame qui interroge le modèle des plateformes de streaming
Au-delà du sort judiciaire d’Owen Cenazandotti et Safine Hamadi, cette affaire pose une question plus large sur la régulation des contenus en ligne. Comme le rappelle Le Figaro, les plateformes comme Kick bénéficient aujourd’hui d’un cadre juridique flou, où la frontière entre liberté d’expression et responsabilité pénale reste à définir. Le procès pourrait ainsi servir de précédent pour encadrer les pratiques des streamers et des hébergeurs de contenus.
Cette affaire intervient également dans un contexte où les autorités judiciaires et les régulateurs s’interrogent sur la modération des plateformes numériques. Après la mort de Graven, la justice française avait déjà ouvert une réflexion sur les obligations des hébergeurs en matière de surveillance des contenus violents ou humiliants. Une réflexion qui prend une nouvelle dimension avec ce procès.
Reste à voir si cette décision judiciaire inspirera des mesures législatives pour mieux protéger les participants aux marathons de streaming, souvent livrés à eux-mêmes face à l’anonymat des foules en ligne. Une chose est sûre : l’affaire Jean Pormanove a marqué un tournant dans la perception des dérives du divertissement numérique.
Ce procès est inédit car il interroge pour la première fois en France la frontière entre divertissement en ligne et responsabilité pénale. Les actes commis lors de marathons de streaming, comme les violences ou humiliations filmées en direct, n’avaient jusqu’ici pas été clairement encadrés par la justice. Le verdict pourrait donc établir des précédents pour encadrer les pratiques des streamers et des plateformes.