Seize années de réclusion criminelle assorties d’une période de sûreté des deux tiers : c’est la peine requise ce lundi 1er juin 2026 par le parquet marseillais à l’encontre de Félix Bingui, présenté par l’accusation comme le « chef incontestable » du clan Yoda. Selon Le Figaro, le procès de cet homme de 35 ans, arrêté au Maroc en 2024 avant son extradition vers la France un an plus tard, se déroule depuis plus de deux semaines devant la 7e chambre du tribunal correctionnel de Marseille. Il est jugé pour son implication présumée dans un vaste réseau de trafic de stupéfiants opérant dans la cité de La Paternelle entre 2021 et 2023.
Ce qu’il faut retenir
- 16 ans de prison requis contre Félix Bingui, avec une période de sûreté des deux tiers, pour son rôle de chef présumé du clan Yoda.
- Le procureur a également requis des peines de prison, dont certaines assorties de sursis probatoire, ainsi que des amendes contre plusieurs complices présumés.
- Félix Bingui encourt jusqu’à 20 ans de prison en raison de sa récidive, tandis que deux autres membres du clan sont toujours recherchés.
- Le procès se tient devant la 7e chambre correctionnelle de Marseille depuis plus de deux semaines.
- Les prévenus, au nombre de 19, nient systématiquement leur implication dans le trafic de stupéfiants.
Un réseau démantelé par la DZ Mafia, mais toujours actif en justice
L’affaire du clan Yoda s’inscrit dans le cadre d’une vaste opération de démantèlement menée par les autorités marseillaises face à l’expansion de groupes criminels rivaux, dont la DZ Mafia. Entre 2021 et 2023, le réseau dirigé par Bingui aurait orchestré l’importation et la distribution de quantités massives de stupéfiants dans les quartiers nord de Marseille, notamment à La Paternelle. Pourtant, malgré l’arrestation de son chef présumé, deux de ses principaux lieutenants restent en fuite, selon les éléments communiqués par Le Figaro.
Les investigations ont révélé l’ampleur du trafic, impliquant non seulement des trafics de drogue, mais aussi des mécanismes de blanchiment et de corruption locale. Les écoutes téléphoniques, présentées comme preuves à charge, laissent entrevoir des conversations entre Bingui et ses complices évoquant des « millions d’euros » générés par l’activité illégale. « Il est devenu milliardaire », a souligné un enquêteur lors des débats, sans que le prévenu ne conteste directement ces propos.
Les dénégations persistantes des accusés
Depuis le début du procès, Félix Bingui et ses 17 co-accusés – deux étant toujours en cavale – maintiennent une ligne de défense unanime : celle de l’innocence. « Je n’ai jamais tué personne », a martelé Bingui à la barre, tout en contestant être le leader des Yoda. Ses avocats ont avancé des arguments variés, allant de l’absence de preuves matérielles à la contestation de la validité des écoutes, jugées trop anciennes ou tronquées.
Les débats ont été marqués par des échanges tendus, notamment lorsque le ministère public a évoqué la « mainmise » de Bingui sur les opérations du clan. « Vous étiez le cerveau, le Chat, celui qui donnait les ordres », a lancé le procureur, en référence au pseudonyme de Bingui. Ce dernier a répondu par une dénégation catégorique : « Je ne suis pas un chef, je ne dirige rien. » Malgré ces contestations, les éléments à charge s’accumulent, alimentés par des témoignages et des documents saisis lors des perquisitions.
Des peines symboliques et des questions en suspens
Si le parquet a requis 16 ans de prison ferme pour Bingui, assortis d’une amende de 500 000 euros, les peines demandées contre ses complices varient selon leur degré d’implication présumée. Certains écoperaient de cinq à dix ans de prison avec sursis probatoire, tandis que d’autres, considérés comme des exécutants, pourraient être condamnés à des peines plus légères. Les deux fugitifs, dont les identités n’ont pas été révélées, restent introuvables à ce stade des débats.
Une question centrale agite les observateurs : celle de la continuité du réseau malgré l’arrestation de son chef. Les enquêteurs estiment que le clan Yoda a pu se restructurer ou s’allier à d’autres groupes, comme en témoignent des signals récents dans d’autres cités marseillaises. « Le trafic de stupéfiants à Marseille n’a pas disparu, il s’est adapté », a rappelé un officier de police judiciaire lors de son audition.
Ce procès, qui s’inscrit dans une série d’affaires visant les grands réseaux criminels de la région, soulève une interrogation plus large : celle de l’efficacité des moyens déployés pour démanteler durablement ces organisations. Si les condamnations s’annoncent lourdes pour les prévenus présents, leur impact sur le marché de la drogue marseillais reste incertain. Une chose est sûre, selon les observateurs : le clan Yoda, même affaibli, laisse derrière lui un vide que d’autres groupes n’hésiteront pas à combler.
Félix Bingui encourt 20 ans de prison en raison de sa récidive. Selon le code pénal, une personne condamnée pour trafic de stupéfiants en récidive peut voir sa peine maximale portée à 20 ans, contre 10 ans en première infraction. Dans cette affaire, le ministère public considère qu’il a déjà été condamné pour des faits similaires dans le passé.