Le procès en appel d’Eric Zemmour s’est ouvert ce jeudi 28 mai 2026 devant la cour d’appel de Paris. Le président du parti Reconquête ! était initialement relaxé en première instance, en 2024, pour « contestation de crime contre l’humanité ». Il était poursuivi pour avoir écrit que « la déportation en France d’homosexuels » pendant la Seconde Guerre mondiale était « une légende ». Selon Libération, cette audience marque une nouvelle étape dans un dossier qui dépasse le cadre judiciaire pour interroger la mémoire collective et l’histoire des persécutions subies par les minorités sous l’Occupation.
Ce qu'il faut retenir
- Eric Zemmour comparaît ce 28 mai 2026 devant la cour d’appel de Paris pour un procès en appel dans une affaire de « contestation de crime contre l’humanité ».
- Il avait été relaxé en première instance en 2024 pour des propos niant la déportation des homosexuels en France sous l’Occupation.
- Les associations et parties civiles dénoncent une minimisation de la mémoire historique et une exclusion symbolique des victimes.
- La cour devra trancher sur la qualification juridique des propos tenus par le leader de Reconquête !.
- Cette affaire s’inscrit dans un débat plus large sur la reconnaissance des persécutions subies par les minorités pendant la Seconde Guerre mondiale.
Une affaire judiciaire aux enjeux mémoriels
L’audience de ce jeudi 28 mai 2026 s’inscrit dans la continuité d’un dossier judiciaire lancé en 2023. Eric Zemmour, alors candidat à l’élection présidentielle, avait publié dans son livre « La France n’a pas dit son dernier mot » des propos contestant l’existence d’une déportation systématique des homosexuels en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour lui, il s’agissait d’« une légende », une affirmation qui a suscité une vague de critiques et de plaintes de la part d’associations de défense des droits LGBTQI+ et de mémoire historique.
Selon Libération, les parties civiles, dont la Licra et des associations LGBTQI+, considèrent que ces propos reviennent à nier une partie de l’histoire et à exclure les victimes de cette déportation de la mémoire commune. Pour elles, il s’agit d’une minimisation grave des persécutions subies, alors que des milliers d’homosexuels ont été arrêtés, internés ou déportés par le régime nazi et ses collaborateurs en Europe, y compris en France.
Les arguments des parties en présence
Du côté de la défense, Eric Zemmour a toujours maintenu ses propos, arguant qu’il ne niait pas l’existence de persécutions contre les homosexuels, mais qu’il contestait l’idée d’une déportation organisée et systématique en France. Il a notamment rappelé que les homosexuels n’étaient pas une catégorie protégée par la loi française de l’époque, contrairement aux Juifs ou aux Tziganes. Pour lui,
« les persécutions existaient, mais elles n’avaient pas le caractère industriel de la Shoah », une affirmation qui a été vivement contestée par les associations.
Les parties civiles, quant à elles, s’appuient sur des travaux historiques et des archives pour démontrer que des milliers d’homosexuels ont bien été arrêtés, internés dans des camps ou déportés vers l’Allemagne. Elles rappellent que la France de Vichy a promulgué en 1942 une loi aggravant les peines pour « outrage aux bonnes mœurs » et « actes contre nature », conduisant à l’arrestation et à la déportation de centaines de personnes. Pour les associations,
« nier cette réalité, c’est effacer une partie de l’histoire et priver les victimes de leur reconnaissance », souligne Me Richard Malka, avocat de la Licra.
Quel que soit l’issue de ce procès, l’affaire rappelle l’importance de la mémoire historique et des combats pour la reconnaissance des victimes. Pour les associations, cette audience est avant tout une étape dans la lutte contre l’oubli et la négation des persécutions subies par les minorités sous l’Occupation.
En cas de condamnation pour « contestation de crime contre l’humanité », Eric Zemmour pourrait être condamné à une amende et, selon la gravité des propos, à une peine complémentaire comme un stage de citoyenneté. La qualification juridique des propos pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles poursuites ou à des recours devant la Cour européenne des droits de l’homme.
Contrairement aux persécutions contre les Juifs ou les Tziganes, la déportation des homosexuels reste peu documentée et reconnue en France. Les archives sont fragmentaires, et la mémoire de ces victimes a longtemps été occultée. Certains historiens estiment que cette minimisation s’explique par le fait que les homosexuels n’étaient pas une catégorie protégée par la loi française de l’époque, contrairement aux autres groupes persécutés.