Selon BFM Business, la compagnie Emirates Global Aluminium (EGA), premier producteur d’aluminium du Moyen-Orient, estime qu’il lui faudra jusqu’à douze mois pour rétablir intégralement sa production après une attaque menée la semaine dernière par l’Iran. Le site d’Al Taweelah, l’un des plus importants au monde pour la production de ce métal, a subi des dégâts considérables lors de cette frappe, entraînant une interruption brutale de ses activités.
Cette attaque, revendiquée par Téhéran, s’inscrit dans une série de frappes menées depuis le début du conflit régional contre des installations pétrolières et industrielles aux Émirats arabes unis et à Bahreïn. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont justifié ces actions en affirmant que ces sites participaient à l’approvisionnement des industries militaires américaines. À Al Taweelah, la destruction partielle du réseau électrique a provoqué un arrêt instantané des cuves d’électrolyse, provoquant la solidification de l’aluminium dans les circuits et endommageant gravement les infrastructures, précise Bloomberg.
Ce qu'il faut retenir
- Emirates Global Aluminium, premier producteur d’aluminium du Moyen-Orient, pourrait mettre jusqu’à 12 mois à rétablir sa production après une attaque iranienne.
- Le site d’Al Taweelah, l’un des plus grands au monde, a subi des dégâts majeurs : interruption brutale de l’électricité, solidification de l’aluminium dans les cuves et dommages structurels.
- Cette frappe s’ajoute à d’autres attaques contre des fonderies aux Émirats arabes unis et à Bahreïn, selon les revendications des Gardiens de la Révolution iraniens.
- Les prix de l’aluminium ont immédiatement augmenté de 2% sur le London Metal Exchange, tandis que les actions des concurrents comme Alcoa et Century Aluminum ont fortement progressé.
- Les perturbations pourraient retirer jusqu’à 3 millions de tonnes de capacité annuelle, soit près de la moitié de la production régionale, qui représente environ 9% de l’offre mondiale.
Une frappe aux conséquences industrielles majeures
L’attaque contre le site d’Al Taweelah, situé près d’Abu Dhabi, a provoqué un arrêt brutal des activités de production. Sans électricité, les cuves d’électrolyse n’ont plus pu fonctionner, entraînant la cristallisation de l’aluminium dans les circuits. Selon des sources industrielles citées par Bloomberg, les réparations nécessiteront des mois de travaux, le temps de remplacer les équipements endommagés et de rétablir l’alimentation électrique. EGA a indiqué dans un communiqué que « le rétablissement complet de la production pourrait prendre jusqu’à 12 mois », une durée qui reflète l’ampleur des dégâts subis.
Cette interruption survient dans un contexte déjà tendu pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Depuis plusieurs années, la région du Golfe est sous haute surveillance en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz, une zone stratégique pour le transport maritime des hydrocarbures et des métaux. Les analystes craignent que ces perturbations ne s’inscrivent dans la durée, surtout si d’autres sites industriels devaient être pris pour cible dans les semaines à venir.
Un choc immédiat sur les marchés de l’aluminium
Les répercussions de cette attaque se sont faites sentir dès le lendemain sur les marchés financiers. Le London Metal Exchange a enregistré une hausse de 2% du prix de l’aluminium, une réaction classique en cas de menace sur l’offre. Côté actions, les valeurs concurrentes ont profité de la situation : Alcoa et Century Aluminum ont vu leurs cours progresser, les investisseurs anticipant une hausse des prix due à la raréfaction de l’offre.
Cette fragilité des approvisionnements ne concerne pas seulement EGA. Une autre société, Aluminium Bahrain (Alba), a également été visée lors d’une frappe iranienne, aggravant la situation. Ensemble, ces deux événements pourraient priver le marché de près de 3 millions de tonnes de capacité annuelle. À titre de comparaison, la production annuelle du Moyen-Orient représente environ 9% de l’offre mondiale, selon les dernières estimations de l’International Aluminium Institute. Une réduction aussi brutale pourrait avoir des répercussions en cascade sur les industries européennes, asiatiques et américaines, fortement dépendantes de ce métal pour leurs chaînes de production.
Le Moyen-Orient, une zone sous haute tension
Depuis le début du conflit dans la région, les tensions entre l’Iran et ses voisins du Golfe se sont multipliées. Les frappes contre des infrastructures industrielles s’inscrivent dans une stratégie plus large de pression économique et militaire. Les Gardiens de la Révolution ont multiplié les attaques contre des cibles civiles et militaires, justifiant leurs actions par la volonté de contrer l’influence occidentale dans la zone. Ces événements rappellent également les risques encourus par les chaînes d’approvisionnement mondiales, déjà mises à mal par la pandémie de Covid-19 et les tensions commerciales entre grandes puissances.
Pour Emirates Global Aluminium, la priorité reste la sécurisation de ses sites et la relance progressive de sa production. Dans un communiqué, la direction a assuré que des équipes techniques travaillent « jour et nuit » pour évaluer les dégâts et lancer les premiers travaux. Cependant, la reprise complète dépendra aussi de facteurs externes, comme la stabilité politique régionale ou la disponibilité des pièces détachées, souvent importées depuis l’Asie ou l’Europe.
Un métal stratégique aux enjeux multiples
L’aluminium est un matériau clé pour de nombreuses industries, de l’aéronautique à l’automobile, en passant par la construction et l’emballage. Une pénurie prolongée pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà des frontières du Moyen-Orient. Les constructeurs automobiles, par exemple, pourraient être contraints de revoir leurs plans de production, déjà affectés par les pénuries de semi-conducteurs. De même, les fabricants de boissons ou de produits pharmaceutiques, qui utilisent massivement l’aluminium pour leurs emballages, pourraient subir des hausses de coûts significatives.
Cette crise survient alors que le marché de l’aluminium était déjà sous tension en raison de la transition énergétique. La demande pour ce métal, essentiel dans la fabrication des batteries et des infrastructures vertes, ne cesse de croître. Une offre réduite dans un contexte de demande soutenue pourrait donc exacerber les déséquilibres existants et pousser les prix à la hausse sur le long terme.
Dans ce contexte, les analystes surveillent de près les réactions des grands acteurs du secteur, comme Rio Tinto ou Hydro, qui pourraient profiter de la situation pour augmenter leurs parts de marché. Cependant, une escalade des tensions militaires pourrait aussi dissuader les investissements étrangers dans la région, compliquant encore davantage la reprise.
Si la situation reste sous contrôle dans les prochains jours, les experts estiment que les premières estimations des dégâts à Al Taweelah seront disponibles d’ici la fin de la semaine. Une évaluation complète prendra, elle, plusieurs semaines, le temps de réaliser des audits techniques et de lancer les réparations. En attendant, les acteurs du marché restent en alerte, conscients que chaque jour d’arrêt supplémentaire aggrave les risques de pénurie mondiale.
Selon les revendications des Gardiens de la Révolution, ces sites jouent un rôle dans l’approvisionnement des industries militaires américaines. Téhéran accuse régulièrement les pays du Golfe de soutenir Washington dans sa politique de pression contre l’Iran, ce qui expliquerait ces frappes ciblées contre des infrastructures civiles.
Les industriels pourraient se tourner vers d’autres régions productrices, comme la Chine, la Russie ou l’Europe, mais ces solutions impliquent souvent des coûts logistiques et des délais supplémentaires. Certains pourraient aussi accélérer leurs investissements dans le recyclage de l’aluminium, une filière moins énergivore et plus résiliente aux crises géopolitiques.
