Emmanuel Macron et Friedrich Merz devraient prochainement acter la fin du programme Scaf (Système de combat aérien du futur), selon des sources concordantes citées par BFM Business. Ce projet, lancé en 2017 par l'Allemagne et la France pour développer un avion de combat de sixième génération destiné à remplacer le Rafale, se heurte depuis plusieurs mois à des divergences irréconciliables entre les deux industriels clés : Dassault Aviation et Airbus.

Une réunion entre le chancelier allemand et le président français aurait confirmé l'impossibilité de poursuivre le développement conjoint du Next Generation Fighter (NGF), cœur du Scaf. Friedrich Merz aurait ainsi préconisé à Emmanuel Macron l'abandon pur et simple du projet, tout en maintenant une coopération européenne sur certains aspects technologiques. Cette décision intervient après des années de tensions autour de la gouvernance et des responsabilités industrielles, qui ont bloqué le programme depuis fin 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet Scaf, lancé en 2017 par Angela Merkel et Emmanuel Macron, est officiellement menacé d'abandon après l'échec des négociations entre Dassault Aviation et Airbus, selon BFM Business.
  • Friedrich Merz aurait conseillé à Emmanuel Macron d'arrêter le développement du Next Generation Fighter (NGF), l'avion de combat de sixième génération au cœur du programme.
  • Les désaccords portent principalement sur la gouvernance : Dassault, maître d’œuvre de l'avion, refuse le partage des responsabilités tel qu'envisagé par Airbus, qui représente l'Allemagne et l'Espagne.
  • Le programme est resté bloqué à la phase des études technologiques (phase 1B) depuis fin 2025, sans passage possible à la conception d'un démonstrateur.
  • L'Allemagne envisage désormais de développer ses capacités de défense de manière plus autonome, avec un budget militaire dépassant les 100 milliards d'euros dès 2026 et devant atteindre 153 milliards d'euros par an d'ici 2029.

Un programme européen né dans l'ambition, miné par les désaccords industriels

Le Scaf, acronyme de Système de combat aérien du futur, était présenté comme un projet phare de la coopération européenne en matière de défense. Lancé en 2017 par l'ex-chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, il devait aboutir à la réalisation d'un avion de combat de sixième génération, le Next Generation Fighter (NGF), destiné à succéder au Rafale français et à l'Eurofighter européen. Dassault Aviation, constructeur du Rafale, était désigné comme maître d’œuvre de l'avion, tandis qu'Airbus, représentant l'Allemagne et l'Espagne, devait jouer un rôle central dans le développement des systèmes électroniques et des capteurs.

Cependant, les tensions entre les deux groupes industriels se sont rapidement cristallisées autour de la question de la gouvernance. Dassault refusait de partager le contrôle du projet, estimant qu'une direction unique était indispensable pour garantir l'efficacité du développement. De son côté, Airbus contestait cette approche, jugeant que les accords initiaux de répartition des tâches n'étaient plus respectés et que l'entreprise était reléguée au rang de simple sous-traitant. Ces divergences ont empêché le passage à la phase suivante du programme, maintenant le projet à l'étape des études technologiques (phase 1B) sans qu'aucun démonstrateur ne voie le jour.

L'Allemagne privilégie désormais une stratégie nationale en matière de défense

Face à l'impasse industrielle, l'Allemagne semble vouloir tourner la page de la coopération européenne sur ce dossier. Berlin a récemment révisé à la hausse ses ambitions en matière de dépenses militaires, avec un budget devant dépasser les 100 milliards d'euros dès 2026 et atteindre environ 153 milliards d'euros par an d'ici 2029. Cette augmentation spectaculaire reflète une volonté de renforcer l'autonomie stratégique du pays, notamment dans le domaine de l'aviation de combat.

Cette orientation s'inscrit dans un contexte plus large de montée des tensions en Europe. Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, les États membres de l'Union européenne ont progressivement accéléré leurs investissements dans la défense. L'Allemagne, en particulier, a pris acte de la nécessité de réduire sa dépendance aux équipements étrangers et de développer ses propres capacités industrielles. La fin du Scaf pourrait ainsi marquer un tournant vers une politique de défense plus indépendante, même si une coopération européenne sur certains aspects technologiques (comme le « cloud militaire » évoqué fin 2025) pourrait être maintenue.

« Les désaccords entre Dassault et Airbus ont rendu impossible la poursuite du projet dans sa forme actuelle. La question n'est plus de savoir si le Scaf doit être abandonné, mais comment organiser la transition vers d'autres priorités européennes. »
Une source diplomatique proche du dossier

Un « cloud militaire » européen comme solution de repli ?

Alors que le développement du NGF semble condamné, les discussions entre Paris et Berlin se concentreraient désormais sur un autre pilier du Scaf : la création d'une interface basée sur le cloud. Ce système, visant à relier les avions de combat, leurs pilotes, les capteurs, les radars, les drones et les systèmes de commandement terrestres et maritimes, pourrait être maintenu comme un projet européen à part entière. Ce concept, déjà considéré comme essentiel dans la vision initiale du Scaf, pourrait ainsi devenir le cœur d'une coopération réduite mais plus pragmatique entre les deux pays.

Cette solution de repli permettrait de conserver une partie des avancées technologiques réalisées dans le cadre du Scaf, tout en évitant les blocages industriels persistants. Cependant, son avenir dépendra des arbitrages politiques qui seront rendus dans les semaines à venir. La question de la gouvernance de ce projet, moins sensible que celle de l'avion de combat, pourrait être résolue plus rapidement, selon des observateurs du dossier.

Et maintenant ?

Une annonce officielle de l'abandon du Scaf pourrait intervenir d'ici la fin du mois de juin 2026, lors du sommet franco-allemand prévu à Berlin. Friedrich Merz et Emmanuel Macron devraient alors détailler les modalités de cette transition, ainsi que les projets de coopération qui pourraient être maintenus ou lancés en remplacement. Pour Dassault Aviation et Airbus, cette décision marquera la fin d'une aventure industrielle commune, mais aussi le début d'une nouvelle phase de concurrence sur le marché européen de l'armement. Quant à l'industrie allemande, elle pourrait accélérer le développement de son propre avion de combat, en s'appuyant sur des partenariats avec des acteurs extérieurs à l'Europe si nécessaire.

Cette affaire illustre les défis de la coopération européenne en matière de défense, où les ambitions stratégiques se heurtent souvent aux réalités industrielles et politiques. Elle pose également la question de l'avenir de l'autonomie européenne dans un domaine aussi sensible que l'aviation de combat, alors que les tensions géopolitiques ne cessent de croître.

Les désaccords portaient principalement sur la gouvernance. Dassault, en tant que maître d’œuvre de l'avion de combat (NGF), refusait de partager le contrôle du projet, estimant qu'une direction unique était indispensable. Airbus, qui représente l'Allemagne et l'Espagne, contestait cette approche, jugeant que les accords initiaux de répartition des tâches n'étaient plus respectés et que l'entreprise était reléguée au rang de sous-traitant. Ces divergences ont empêché le passage à la phase de conception d'un démonstrateur.

Ce projet, qui vise à relier avions de combat, pilotes, capteurs, radars et systèmes de commandement via une interface basée sur le cloud, pourrait être maintenu comme un projet européen à part entière. Il est déjà considéré comme un pilier du Scaf et pourrait devenir le cœur d'une coopération réduite mais plus pragmatique entre la France et l'Allemagne. Son avenir dépendra des arbitrages politiques à venir.