Depuis la fin du mois de mai, l’Albanie est secouée par un mouvement de contestation contre un projet immobilier de luxe porté par la famille de Donald Trump, suscitant des affrontements violents devant le Parlement à Tirana. Selon RFI, les forces de l’ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes et des canons à eau pour disperser des manifestants réunis ce jeudi 7 juillet 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet immobilier de luxe en Albanie est au cœur des tensions depuis fin mai 2026.
  • Les opposants dénoncent des risques environnementaux liés à ce chantier.
  • Des manifestations quotidiennes et des affrontements violents ont éclaté devant le Parlement albanais à Tirana.
  • Les forces de l’ordre ont employé des gaz lacrymogènes et canons à eau pour disperser la foule.
  • Le gouvernement du Premier ministre Edi Rama se retrouve sous pression.
  • La contestation pourrait déclencher une crise politique en Albanie.

Un projet immobilier au cœur des tensions

Le projet en question, porté par un promoteur lié à la famille Kushner, prévoit la construction d’un complexe résidentiel haut de gamme sur le littoral albanais. Selon les informations rapportées par RFI, ses détracteurs accusent ce chantier de menacer des zones naturelles protégées et de favoriser une spéculation immobilière incontrôlée. Les associations environnementales dénoncent notamment la destruction d’écosystèmes locaux et la privatisation de terres publiques.

Dès la fin mai, des rassemblements spontanés ont émergé dans plusieurs villes albanaises, avant de se concentrer devant le siège du Parlement à Tirana. Les manifestants, composés de riverains, d’écologistes et de représentants de la société civile, réclament l’annulation immédiate du projet. « Ce projet est une aubaine pour les investisseurs étrangers, mais une catastrophe pour nos côtes et notre environnement », a déclaré Anila Basha, porte-parole du mouvement « Mbrojmë Detin » (« Protégeons la mer »).

Des affrontements violents devant le Parlement

Jeudi 7 juillet, la tension a atteint son paroxysme lorsque des milliers de manifestants se sont rassemblés devant le Parlement à Tirana. Selon les autorités, des groupes radicaux au sein de la foule ont tenté de forcer les barrières policières, déclenchant une intervention musclée des forces de l’ordre. Les images diffusées par les médias locaux montrent des nuages de gaz lacrymogènes et des jets d’eau à haute pression visant à disperser les contestataires.

Les bilans officiels font état de 12 blessés légers, dont quatre policiers, ainsi que de plusieurs arrestations. Le ministère de l’Intérieur a justifié l’usage de la force par la nécessité de « maintenir l’ordre public et protéger les institutions ». Pour autant, cette répression a alimenté la colère des manifestants, qui dénoncent une « violence d’État » contre des citoyens pacifiques. « On nous reproche de bloquer la route, mais c’est eux qui bloquent notre avenir », a réagi un manifestant sous couvert d’anonymat.

Un enjeu politique pour le gouvernement Rama

Le Premier ministre Edi Rama, au pouvoir depuis 2013, se retrouve dans une position délicate. Bien que son gouvernement ait affiché son soutien à des projets d’investissement étrangers, la pression populaire et les critiques des ONG environnementales l’obligent à réagir. Lors d’une allocution télévisée mercredi soir, Rama a tenté de rassurer : « L’Albanie a besoin d’investissements, mais pas au prix de notre patrimoine naturel. Nous étudions toutes les options pour garantir un équilibre. »

Pour autant, les observateurs notent que le soutien de Rama à ce projet pourrait fragiliser sa coalition, déjà fragilisée par des tensions internes. Certains membres de son parti, le Parti socialiste, ont publiquement critiqué le projet, mettant en garde contre un « risque de déstabilisation sociale ». De son côté, l’opposition, menée par le Parti démocrate, a saisi l’occasion pour dénoncer une « dérive autoritaire » du gouvernement, accusé de réprimer les voix dissidentes.

Et maintenant ?

La situation reste extrêmement volatile, avec des appels à de nouvelles manifestations dès ce week-end. Les autorités ont annoncé le déploiement de 2 000 policiers supplémentaires dans les rues de Tirana pour prévenir de nouveaux débordements. Une réunion d’urgence du Conseil des ministres est prévue pour vendredi 8 juillet, où devrait être évoquée la possibilité de suspendre les permis de construire liés au projet.

Par ailleurs, des représentants du mouvement contestataire ont annoncé leur intention de déposer un recours devant la Cour constitutionnelle albanaise pour faire annuler le projet. La décision des juges, attendue d’ici fin juillet, pourrait bien sceller l’avenir de ce chantier controversé.

Autant dire que cette affaire dépasse le cadre d’un simple conflit local : elle interroge la capacité de l’Albanie à concilier développement économique et préservation de son environnement, alors que le pays cherche à renforcer son intégration européenne. La pression sur le gouvernement Rama ne devrait pas faiblir dans les semaines à venir.