Selon Euronews FR, plusieurs milliers de personnes ont manifesté lundi à Tirana contre un projet de complexe touristique de luxe porté par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump. Le projet, porté par la société Affinity Partners fondée par Kushner en 2021, prévoit la construction d’hôtels et de résidences sur des zones côtières protégées, notamment dans la région de Vjosa-Narta et sur l’île de Sazan.

Ce qu'il faut retenir

  • Le projet prévoit la transformation de plusieurs hectares de zones humides protégées en complexe touristique de luxe.
  • Des pelleteuses ont commencé début mai à raser une pinède dans la zone de Vjosa-Narta pour ouvrir des accès aux chantiers.
  • Le Premier ministre albanais, Edi Rama, affirme que le projet ne concerne pas de zones protégées et que l’étude d’impact environnemental n’est pas finalisée.
  • Un parquet albanais spécialisé dans la lutte contre la corruption a ouvert une enquête sur ce projet.
  • Les manifestants dénoncent des travaux déjà engagés malgré l’absence de validation officielle et réclament la démission d’Edi Rama.

Un projet immobilier controversé dans des zones naturelles sensibles

Le projet porté par Affinity Partners vise à construire des complexes hôteliers sur la côte albanaise, précisément dans la zone protégée de Vjosa-Narta, à Zvernec, ainsi que sur l’île inhabitée de Sazan, en mer Adriatique. Côté environnemental, le site de Sazan est bordé par un parc national marin et ses eaux sont classées en « Aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne ». Les ONG environnementales alertent depuis des années sur les risques pour la biodiversité locale et les routes migratoires des oiseaux.

Pourtant, depuis une dizaine d’années, le gouvernement albanais envisageait déjà de transformer l’île de Sazan, anciennement zone militaire, en destination touristique afin de dynamiser le secteur dans le pays. Edi Rama, le Premier ministre, avait même confirmé avoir engagé des discussions avec Kushner, avant de nuancer ses propos en soulignant que le projet ne prévoyait pas de construction sur des zones protégées et que l’étude d’impact environnemental n’était pas encore finalisée.

Des travaux commencés en catimini et une répression dénoncée

Les protestations ont pris de l’ampleur en mai, lorsque les autorités ont installé des clôtures surmontées de barbelés sur le site, empêchant habitants et touristes d’accéder à la plage. Les manifestants dénoncent également la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo montrant, selon eux, un militant écologiste expulsé de force du site de Zvernec. Dimanche, des milliers de personnes se sont rassemblées devant les bureaux du gouvernement à Tirana pour exiger l’arrêt immédiat des travaux et la démission d’Edi Rama.

Ces événements interviennent alors que le parquet albanais spécialisé dans la lutte contre la corruption a ouvert une enquête sur ce projet. Les ONG environnementales, qui multiplient les mises en garde depuis des mois, dénoncent une atteinte grave à un écosystème déjà fragilisé. Sazan, par exemple, abrite des espèces protégées et joue un rôle clé dans les migrations aviaires en Méditerranée.

Les déclarations du gouvernement mises en doute par les faits

Face aux critiques, Edi Rama a tenté de rassurer en déclarant devant les députés que le projet ne concernait pas de zones protégées et que la proposition définitive n’avait pas encore été déposée. Pourtant, les images de pelleteuses rasant des pinèdes à Vjosa-Narta dès le début mai contredisent ces affirmations. Les manifestants y voient la preuve d’un mépris des institutions pour l’environnement et pour la population.

— « Les travaux ont commencé sans aucune concertation, sans étude d’impact validée. C’est une violation flagrante des lois albanaises et des engagements internationaux du pays », a réagi un porte-parole d’une coalition d’ONG locales, cité par Euronews FR.

Une mobilisation qui s’étend et un gouvernement sous pression

La contestation, initialement portée par des écologistes et des riverains, gagne en ampleur et s’étend à une partie de la société civile albanaise. Les réseaux sociaux amplifient la colère, notamment après la diffusion de vidéos montrant des affrontements entre militants et forces de l’ordre sur le site de Zvernec. Plusieurs partis d’opposition ont appelé à une motion de censure contre Edi Rama, accusant son gouvernement de corruption et de collusion avec des intérêts étrangers.

Le gouvernement, de son côté, défend le projet comme une opportunité économique majeure pour l’Albanie, un pays où le tourisme représente un secteur en forte croissance. « Nous avons besoin d’investissements étrangers pour développer notre économie, mais pas au prix de notre environnement », a réagi une élue de l’opposition lors d’un débat parlementaire.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient faire évoluer la situation dans les prochaines semaines. D’abord, la finalisation de l’étude d’impact environnemental, attendue d’ici la fin du mois de juin, devrait donner une première indication sur la viabilité légale du projet. Ensuite, les conclusions de l’enquête ouverte par le parquet albanais sur d’éventuelles irrégularités pourraient mener à des poursuites ou, à l’inverse, à un feu vert officiel.

Enfin, la mobilisation citoyenne pourrait s’intensifier si les travaux se poursuivent, avec un risque de radicalisation des protestataires. Le gouvernement, sous pression, pourrait être contraint de revoir sa copie ou, au contraire, de durcir sa réponse pour éviter un blocage durable du projet.

Une chose est sûre : ce projet cristallise les tensions entre développement économique et préservation environnementale en Albanie, un pays qui mise sur le tourisme pour réduire sa dépendance aux transferts de fonds de sa diaspora. Pour l’instant, aucune solution de compromis ne semble se dessiner, et la question reste entière : jusqu’où l’Albanie est-elle prête à aller pour attirer les investisseurs étrangers ?

Le projet, porté par la société Affinity Partners fondée par Jared Kushner en 2021, prévoit la construction d’un complexe touristique de luxe sur plusieurs hectares de zones côtières protégées, notamment à Vjosa-Narta et sur l’île de Sazan. Il comprendrait des hôtels, des résidences et des infrastructures de villégiature, selon les informations rapportées par Euronews FR.

Les ONG dénoncent les risques majeurs pour la biodiversité, notamment sur l’île de Sazan, classée en « Aire spécialement protégée d’importance méditerranéenne ». Le projet menacerait les espèces locales et les routes migratoires des oiseaux, en plus de détruire des écosystèmes déjà fragilisés comme la pinède de Vjosa-Narta.