Une lettre ouverte circule au sein du Parti socialiste pour dénoncer la présence de l’ex-préfet de police Didier Lallement lors du lancement d’un think tank prévu ce lundi 8 juin 2026. Ses opposants lui reprochent de symboliser « la dérive autoritaire de la macronie ». Selon Libération, cette invitation a suscité des tensions internes, certains militants estimant qu’elle va à l’encontre des valeurs du parti.

Ce qu'il faut retenir

  • Un événement controversé : le lancement d’un think tank du PS ce lundi 8 juin 2026 avec la participation de Didier Lallement, ancien préfet de police sous Emmanuel Macron.
  • Une opposition interne : une lettre ouverte circule pour critiquer cette invitation, jugée incompatible avec les valeurs du parti.
  • Des désaccords profonds : les organisateurs du think tank justifient leur choix en affirmant vouloir « dire leurs désaccords fondamentaux ».

L’ex-préfet de police Didier Lallement, connu pour son rôle controversé lors de la gestion des manifestations des Gilets jaunes en 2018-2019, est au cœur d’une polémique au Parti socialiste. Son invitation pour le lancement d’un nouveau think tank, prévu ce soir à Paris, a provoqué une levée de boucliers parmi les jeunes militants du parti. Selon Libération, une lettre ouverte, en circulation depuis plusieurs jours, dénonce une « erreur politique et morale » en le qualifiant de « symbole de la répression et de l’autoritarisme » sous la présidence Macron.

Les signataires de cette missive, principalement des membres de la motion « Socialistes en mouvement », rappellent que Didier Lallement a été limogé de ses fonctions en 2020 après des critiques répétées sur sa gestion des forces de l’ordre. « Inviter un tel personnage, c’est cautionner une politique que nous combattons », affirme l’un des principaux rédacteurs du texte, qui préfère garder l’anonymat. De leur côté, les organisateurs du think tank, soutenus par une partie de la direction nationale, assurent que cette présence est « une occasion de débattre » et de « confronter les idées ».

Le think tank, baptisé « Laboratoire des Alternatives Sociales » (LAS), a pour ambition de proposer de nouvelles pistes économiques et sociales pour le PS. Son lancement, prévu ce lundi soir dans un hôtel parisien du quartier de la Défense, devait initialement rassembler des figures historiques du parti. Mais depuis la polémique autour de Lallement, plusieurs intervenants ont annoncé leur retrait, craignant une instrumentalisation de l’événement. « Nous ne voulons pas être associés à une opération de communication douteuse », confie une élue socialiste sous couvert d’anonymat.

« Nous avons voulu montrer que le PS reste un parti ouvert au débat, y compris avec ceux qui ont été des adversaires politiques. Cela ne signifie pas que nous partageons leurs méthodes ou leurs visions. »
— Un membre de l’équipe organisatrice, d’après Libération

Cette affaire survient dans un contexte de tensions internes au Parti socialiste, alors que le parti tente de se reconstruire après des années de divisions. Certains cadres historiques, comme Olivier Faure, secrétaire national, ont pris leurs distances avec cette initiative, estimant qu’elle risque de « brouiller le message » du parti. À l’inverse, les jeunes militants pro-Lallement, minoritaires mais actifs, défendent l’idée que « le dialogue est toujours préférable à l’exclusion ».

Et maintenant ?

La direction du PS doit se prononcer d’ici la fin de la semaine sur la poursuite ou non des préparatifs du think tank. Une réunion exceptionnelle du bureau national est prévue vendredi 12 juin 2026 pour trancher. Selon plusieurs observateurs, la décision dépendra de l’ampleur des soutiens ou des rejets de cette initiative. Si le scandale prend de l’ampleur, le parti pourrait être contraint de revoir son programme de lancement, voire d’annuler l’événement.

Quoi qu’il en soit, cette polémique illustre les fractures persistantes au sein du Parti socialiste entre une ligne dure, prônant la rupture avec l’héritage macroniste, et une frange plus pragmatique, ouverte au dialogue avec d’anciens responsables de la majorité présidentielle. Le think tank, s’il voit le jour, devra alors composer avec ces divergences pour éviter de s’enliser dans une crise interne.

Didier Lallement a été préfet de police de Paris de 2017 à 2020. Il est surtout connu pour sa gestion très critiquée des manifestations des Gilets jaunes, marquées par des accusations de violences policières et de répression disproportionnée. Son limogeage en 2020, à l’initiative du gouvernement d’Édouard Philippe, avait été salué par une partie de la gauche, mais certains lui reprochent d’avoir appliqué les consignes d’un pouvoir perçu comme autoritaire.