La plateforme de cryptomonnaies Pump.fun, spécialisée dans les memecoins — des jetons basés sur des blagues internet —, vient de lancer un système de primes décentralisé baptisé « Go », permettant à quiconque de payer des inconnus pour accomplir des tâches parfois dangereuses ou illégales. Selon Numerama, ce dispositif, activé le 4 juin 2026, rémunère des actions allant de la démission filmée à l’incendie de véhicules, en passant par des défis sportifs extrêmes.

Ce qu'il faut retenir

  • Pump.fun, plateforme de memecoins sur la blockchain Solana, a lancé le 4 juin 2026 un système de primes « Go » permettant de payer des inconnus pour des tâches variées, parfois illégales.
  • Parmi les défis les plus extrêmes : 3 350 € pour taguer et incendier une voiture, ou 3 350 € pour démissionner de son emploi en direct devant une caméra.
  • Une prime de 41 000 € pour sauter en parachute lors d’un match de Coupe du Monde, déguisé en mascotte, a été proposée avant d’être retirée.
  • Le système repose sur des « primes décentralisées » où les utilisateurs publient des missions et d’autres les réalisent pour gagner des cryptomonnaies en échange.
  • Pump.fun est déjà connu pour ses pratiques controversées, comme des lives chaotiques ou des manipulations de cours de jetons (« pump & dump »).
  • Le nouveau dispositif « Go » institutionnalise une logique de défis extrêmes pour générer de l’attention, déjà observée lors des anciens lives de la plateforme.

Depuis son lancement en janvier 2024, Pump.fun s’est imposée comme l’un des principaux acteurs des memecoins, ces cryptomonnaies sans valeur intrinsèque mais dont le cours dépend uniquement de leur viralité. La plateforme permet à n’importe quel utilisateur de créer un jeton en quelques clics, sans apport de liquidités initiale, et de le propulser sur la blockchain Solana. Son modèle économique repose sur l’attention : plus un memecoin suscite de buzz, plus son cours peut exploser. Selon Numerama, cette logique a conduit Pump.fun à multiplier les initiatives pour maximiser l’engagement, parfois aux limites de la légalité.

Avec « Go », la plateforme pousse encore plus loin cette stratégie. Le système fonctionne comme un tableau de bord où chaque utilisateur peut publier une « prime » (ou « bounty ») rémunérée en cryptomonnaies, et où d’autres peuvent se proposer pour la réaliser. Pour participer, il suffit de connecter un portefeuille crypto et un compte X (ex-Twitter). Les conditions varient selon les défis : certains imposent des « livrables » précis (vidéos, photos), tandis que d’autres laissent une grande liberté aux participants.

Des défis allant de l’absurde au dangereux

Quelques heures seulement après le lancement de « Go », le catalogue des primes disponibles illustre déjà l’ampleur de cette initiative. Parmi les exemples les plus marquants, Numerama relève :

  • Une prime de 3 350 € pour « démissionner de son travail en direct devant la caméra », avec une vidéo obligatoire comme preuve. Le commanditaire précise que la démission doit être « authentique » et filmée en une seule prise.
  • Une autre offre, plus spectaculaire, propose 3 350 € à quiconque accepte de taguer le logo d’un memecoin sur une voiture, puis de l’incendier ou de la faire exploser. Le participant doit porter la mascotte du jeton, recouvrir le véhicule de stickers ou de peinture, puis filmer l’intégralité du processus en une vidéo d’au moins soixante secondes.
  • Une prime initialement fixée à 41 000 € promettait 44 500 dollars (soit environ 41 000 €) à quiconque sauterait en parachute au milieu d’un match de Coupe du Monde, déguisé en mascotte. Le commanditaire allait jusqu’à ajouter 10 000 dollars supplémentaires pour un participant capable de courir sur la pelouse avec une bannière Pump.fun pendant trente secondes.

Ces défis s’accompagnent de mentions de précaution, comme « respectez les lois locales » ou « obtenez les autorisations nécessaires », mais leur légalité reste largement discutable. Comme le souligne Numerama, inciter des inconnus à s’introduire sur des événements sportifs majeurs ou à commettre des actes dangereux relève davantage de la provocation que d’un jeu encadré.

Une plateforme habituée aux dérives

Pump.fun n’en est pas à sa première initiative controversée. Dès mai 2024, la plateforme avait lancé une fonctionnalité de diffusion en direct pour permettre aux créateurs de memecoins de promouvoir leurs jetons en temps réel. Rapidement, les lives étaient devenus un champ de bataille où se mêlaient absurdité, provocation et illégalité. Certains utilisateurs organisaient des mises en scène glauques — allant jusqu’à des simulations de violence ou des actes illégaux — pour attirer l’attention sur leurs monnaies virtuelles. Face à l’ampleur du chaos, Pump.fun avait dû suspendre les streams « pour une durée indéterminée » en novembre 2024, avant de les réintroduire en avril 2025 avec des outils de modération limités.

Le système « Go » ne fait, selon Numerama, que systématiser cette logique de défis extrêmes pour générer de l’attention. L’idée de récompenser des comportements à risque pour le buzz n’est pas nouvelle : elle rappelle des concepts comme ceux du film « Nerve » (2016), où des internautes paient des participants pour réaliser des défis toujours plus dangereux, filmés et diffusés en direct. Pump.fun, elle, transforme cette dynamique en modèle économique, en institutionnalisant la recherche de viralité à tout prix.

Pourtant, la plateforme n’est pas née de cette logique. À l’origine, Pump.fun se présentait comme un terrain de jeu pour les créateurs de memecoins, ces cryptomonnaies fantaisistes qui surfent sur les tendances internet. Mais son modèle repose sur un paradoxe : pour qu’un memecoin ait de la valeur, il doit d’abord attirer des acheteurs, ce qui nécessite une exposition médiatique massive. D’où les lives chaotiques, puis les primes décentralisées de « Go » : une façon de externaliser la recherche de buzz à une communauté prête à tout pour de l’argent.

Et maintenant ?

Avec le lancement de « Go », Pump.fun prend un nouveau virage en institutionnalisant des défis potentiellement dangereux. La plateforme pourrait bien attirer l’attention des régulateurs, d’autant que ses pratiques rappellent celles des « pump & dump », ces manipulations de cours où des créateurs gonflent artificiellement la valeur d’un jeton avant de revendre leurs parts au plus haut. Reste à voir si les autorités financières ou les plateformes comme Solana interviendront pour encadrer ces initiatives. Une chose est sûre : tant que la viralité rapportera plus que la légalité, Pump.fun devrait continuer à explorer les limites.

Ce dispositif pose également une question de fond : jusqu’où les plateformes de cryptomonnaies peuvent-elles pousser la provocation pour générer de l’engagement ? Avec « Go », Pump.fun semble avoir franchi une ligne, transformant ses utilisateurs en acteurs de leur propre mise en danger, le tout pour quelques milliers d’euros en cryptomonnaies. Le modèle économique de la plateforme, basé sur l’attention et la viralité, pourrait bien se retourner contre elle si les dérives deviennent trop visibles — ou trop médiatisées.

Un memecoin est une cryptomonnaie créée autour d’une blague, d’un mème ou d’une tendance internet, sans valeur intrinsèque. Son cours dépend uniquement de sa popularité et de l’engouement qu’il suscite. Des exemples célèbres incluent Dogecoin ou Shiba Inu.

Le « pump & dump » est une manipulation de marché où des investisseurs gonflent artificiellement le cours d’un actif (ici, un memecoin) en créant une forte demande, avant de revendre leurs parts à un prix élevé, laissant les derniers acheteurs avec des pertes. Cette pratique est illégale sur les marchés traditionnels mais difficile à contrôler dans l’écosystème des cryptomonnaies.