Une équipe internationale de chercheurs vient de révéler la présence de deux cavités d’air scellées derrière la face est de la pyramide de Mykérinos, la plus petite des trois grandes pyramides de Gizeh. Selon Futura Sciences, ces vides, détectés à l’automne 2025 grâce à des techniques non invasives, renforcent l’hypothèse d’une seconde entrée dans ce monument vieux de 4 500 ans.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux cavités d’air ont été identifiées à 1,40 m et 1,13 m derrière un mur de granit poli sur la face est de la pyramide de Mykérinos.
  • Leur présence a été confirmée par trois méthodes différentes : tomographie électrique, radar et ultrasons, combinées dans le cadre du projet ScanPyramids.
  • La plus grande cavité mesure 1 m de haut sur 1,50 m de large, la plus petite 0,90 m sur 0,70 m.
  • Une similitude architecturale avec l’entrée nord connue, étudiée depuis 2019 par le chercheur indépendant Stijn van den Hoven, suggère un second accès dissimulé.
  • Les autorités égyptiennes doivent désormais valider les prochaines étapes, priorité étant donnée à la préservation du site.

Une découverte qui relance un mystère vieux de six ans

La pyramide de Mykérinos, construite vers 2490-2472 av. J.-C. pour le pharaon Menkaourê, n’avait jusqu’ici révélé qu’une seule entrée, située sur sa face nord. Pourtant, en 2019, l’architecte indépendant Stijn van den Hoven avait repéré, sur la face est, des blocs de granit polis avec un soin identique à ceux encadrant l’accès principal. Cette observation avait conduit à formuler l’hypothèse d’un second passage, sans qu’aucune preuve ne puisse être apportée jusqu’à présent.

Selon Futura Sciences, c’est le projet ScanPyramids — mené par des équipes de l’université du Caire et de l’Université technique de Munich, en collaboration avec le Conseil suprême des antiquités égyptiennes — qui a permis de lever le doute. Les chercheurs ont combiné trois techniques non destructives : la tomographie par résistivité électrique, le radar à pénétration de sol et les ultrasons. Chacune de ces méthodes, sensible à un phénomène physique différent, a confirmé la présence des deux cavités derrière le mur de granit.

Des cavités aux dimensions modestes, mais aux implications majeures

Les deux vides, parfaitement délimités, se situent à des profondeurs différentes : la première à 1,40 mètre, la seconde à 1,13 mètre derrière le parement extérieur. Leurs dimensions restent limitées : la plus grande mesure environ 1 mètre de hauteur sur 1,50 mètre de largeur, tandis que la plus petite affiche 0,90 mètre sur 0,70 mètre. Selon les simulations numériques réalisées par l’équipe, ces anomalies ne correspondent ni à des fissures naturelles ni à des irrégularités de la pierre. Il s’agirait donc bien de cavités intentionnelles, intégrées lors de la construction.

Reste à déterminer leur fonction exacte. Trois hypothèses sont avancées : un couloir menant à une chambre inconnue, une antichambre ou simplement un espace technique lié au chantier. « Ces résultats sont les premières anomalies structurelles jamais identifiées derrière cette face de la pyramide », souligne un membre de l’équipe. Cependant, la profondeur de pénétration des techniques utilisées ne permet pas encore de savoir si ces cavités communiquent avec d’autres espaces à l’intérieur du monument.

« L’hypothèse d’un autre accès est très plausible. Notre méthodologie permet de tirer des conclusions précises sur l’intérieur d’une pyramide sans y toucher, comme nous l’avons fait pour la validation d’un corridor caché dans la pyramide de Khéops en 2023. »
Christian Grosse, professeur de contrôle non destructif à l’Université technique de Munich

Mykérinos, un monument inachevé au cœur de nombreuses interrogations

La pyramide de Mykérinos se distingue des autres monuments de Gizeh par plusieurs particularités. D’une hauteur initiale d’environ 65 mètres (elle culmine aujourd’hui à 60 mètres), elle est la plus récente des trois grandes pyramides du plateau. Son volume représente à peine un dixième de celui de la Grande Pyramide de Khéops. Surtout, elle est la seule dont les assises basses aient été revêtues de granit rose d’Assouan, une décoration inachevée. Une partie du granit est restée à l’état brut, comme si le chantier avait été interrompu brutalement, probablement à la mort du pharaon.

Cet inachèvement nourrit depuis longtemps les débats sur les techniques de construction de l’Ancien Empire et la chronologie du complexe funéraire. Dans ce contexte, la découverte de ces deux cavités parfaitement délimitées derrière une zone polie avec un soin exceptionnel prend une dimension particulière. « Deux cavités parfaitement délimitées derrière une zone polie avec un soin réservé ailleurs aux abords d’une entrée constituent un indice sérieux. Elles ne suffisent pas encore à faire une porte », tempère néanmoins l’équipe, qui insiste sur la nécessité de poursuivre les recherches avec d’autres méthodes non invasives, comme l’imagerie muonique ou l’endoscopie.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront désormais d’un feu vert administratif. Toute intervention physique sur la pyramide de Mykérinos exige en effet l’accord préalable des autorités égyptiennes, soucieuses de préserver l’intégrité du monument. Les chercheurs insistent sur la priorité donnée à la conservation, tout en maintenant leur objectif : percer le mystère de ces cavités. Une nouvelle campagne de scans, utilisant des techniques plus profondes comme l’imagerie muonique, pourrait être lancée d’ici la fin de l’année 2026. En attendant, l’hypothèse d’une seconde entrée, formulée il y a six ans, gagne en crédibilité.

Un projet international au service de l’égyptologie

Le projet ScanPyramids, lancé il y a une dizaine d’années, a pour vocation d’étudier les grandes pyramides d’Égypte sans les endommager. Ses méthodes, combinant résistivité électrique, radar et ultrasons, ont déjà permis de valider l’existence d’un corridor caché dans la pyramide de Khéops en 2023. Pour la pyramide de Mykérinos, les résultats obtenus sont jugés suffisamment robustes pour être publiés dans la revue NDT&E International, bien que leur interprétation doive encore être discutée par les égyptologues.

L’équipe, qui ne compte qu’un seul conseiller égyptologue parmi ses membres, a choisi de rester prudente. « L’interprétation de ces vides devra être validée par des spécialistes de la période », rappellent les chercheurs. Ils recommandent par ailleurs de poursuivre les investigations avec des outils encore plus précis, capables de sonder les profondeurs du monument sans le moindre risque pour sa structure.

Jusqu’à la découverte de ces deux cavités, la pyramide de Mykérinos n’était accessible que par une entrée unique située sur sa face nord. Son architecture atypique, marquée par un revêtement de granit inachevé, et son statut de plus petite pyramide de Gizeh en ont fait un sujet de curiosité pour les archéologues. L’hypothèse d’une seconde entrée, avancée dès 2019, n’avait jamais pu être confirmée en l’absence de méthodes non destructives adaptées.