Selon Euronews FR, le géant qatari QatarEnergy a annoncé une nouvelle prolongation de sa déclaration de force majeure sur les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) à ses clients en Europe et en Asie. Cette décision intervient alors que le trafic de GNL par le détroit d'Ormuz, artère majeure des exportations mondiales, reste largement interrompu depuis plusieurs mois. Les acheteurs, contraints de s'adapter, ont dû trouver des sources d'approvisionnement alternatives ou réduire leur consommation, sans que l'on sache quand cette crise pourrait prendre fin.
Ce qu'il faut retenir
- QatarEnergy a prolongé ses annulations de livraisons de GNL jusqu’au début novembre 2026, selon un nouveau communiqué diffusé fin août.
- L’Italie, via son fournisseur Edison, subit un déficit de 29 cargaisons depuis avril, soit près de 3,8 milliards de mètres cubes de gaz non livrés.
- Le Qatar n’a exporté que 18 cargaisons de GNL en six mois, contre 509 à la même période en 2025, entraînant une perte estimée à 24 milliards de dollars.
- Les pays les plus vulnérables, comme le Pakistan, le Bangladesh ou l’Inde, peinent à combler le manque, tandis que l’Europe puise dans ses réserves.
- La réouverture durable du détroit d’Ormuz, condition nécessaire au retour à la normale, reste incertaine malgré des tentatives diplomatiques.
Des annulations qui s’accumulent pour les clients européens et asiatiques
Le service public italien Edison, client historique de QatarEnergy, a confirmé que cinq nouvelles cargaisons de GNL, prévues entre fin septembre et début novembre, ne seront pas livrées. Cela porte à 29 le nombre total de cargaisons annulées depuis avril 2026, représentant environ 3,8 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Malgré ce contretemps, Edison assure avoir déjà compensé 21 de ces cargaisons, soit l’équivalent de 2 milliards de mètres cubes, et affirme pouvoir honorer ses engagements auprès de ses clients finaux. Le groupe italien a précisé avoir sécurisé des approvisionnements auprès d’autres fournisseurs, notamment aux États-Unis et au Canada.
D’autres pays asiatiques sont également touchés. Selon des sources industrielles, QatarEnergy aurait informé ses clients au Pakistan que les annulations se poursuivraient en octobre, tandis que les livraisons vers le Bangladesh resteraient perturbées au-delà de septembre. Plusieurs acheteurs européens auraient reçu des avis similaires, confirmant l’ampleur de la crise. Cette situation s’inscrit dans une logique de force majeure déclarée dès mars 2026 par QatarEnergy, une mesure exceptionnelle renouvelée mois après mois en raison de l’impossibilité d’exporter via le détroit d’Ormuz.
Un marché mondial du GNL profondément perturbé
L’impact de ces annulations est colossal pour le Qatar, dont les exportations de GNL ont chuté de manière spectaculaire. D’après les données compilées par ICIS et citées par Euronews FR, le pays n’a exporté que 18 cargaisons en six mois de conflit, contre 509 sur la même période en 2025. Cette baisse représente une perte financière estimée à 24 milliards de dollars (20,7 milliards d’euros), soit près de 80 % de ses revenus habituels sur cette période. Pour tenter de limiter l’impact, d’autres pays exportateurs ont accru leur production. Les États-Unis et le Canada, grâce à de nouvelles installations mises en service en 2026, ainsi que le Nigeria et la Malaisie, ont partiellement comblé le vide laissé par le Qatar.
Cependant, ces volumes de remplacement ne suffisent pas à combler l’intégralité du déficit. Certains marchés asiatiques, confrontés à des prix élevés, ont réduit leur consommation ou basculé vers d’autres énergies fossiles. L’Europe, de son côté, a puisé massivement dans ses stocks de gaz, évitant une crise immédiate mais fragilisant ses réserves pour l’hiver à venir. « Les cargaisons disponibles vont aux acheteurs qui enchérissent », a souligné Anne-Sophie Corbeau, chercheuse au Center on Global Energy Policy de l’université Columbia. Elle ajoute que certains pays d’Asie du Sud-Est, malgré des coûts prohibitifs, maintiennent leurs achats pour éviter des ruptures d’approvisionnement.
Une crise asymétrique : l’Europe mieux armée que l’Asie
L’impact de cette crise varie considérablement selon les régions. Entre avril et août 2026, les importations de GNL de l’Union européenne ont reculé par rapport à 2025, mais dans une moindre mesure que prévu grâce à une gestion rigoureuse des stocks. La Chine, malgré une baisse globale de ses importations, a réussi à atténuer les effets de la pénurie grâce à une diversification de ses sources d’approvisionnement. En revanche, les pays les plus exposés sont ceux ayant massivement dépendu du GNL qatari ou émirati sans avoir sécurisé de contrats alternatifs. Le Pakistan, le Bangladesh et l’Inde figurent parmi les plus vulnérables, selon Corbeau, qui souligne leur forte exposition aux annulations de livraisons et leur difficulté à trouver des remplacements à court terme.
À l’inverse, le Japon apparaît mieux protégé. Le pays importe relativement peu de GNL en provenance du Qatar et dispose de contrats de long terme indexés sur les prix du pétrole ou du gaz américain, ce qui limite sa dépendance aux fluctuations du marché spot. « Le Japon a un portefeuille diversifié, ce qui lui permet de mieux absorber les chocs », explique la chercheuse. Cette crise met en lumière les disparités entre les stratégies énergétiques des grandes puissances asiatiques, certaines ayant anticipé les risques mieux que d’autres.
Ormuz, clé de voûte de la crise
Avant le début du conflit avec l’Iran, le détroit d’Ormuz assurait environ 20 % des échanges mondiaux de GNL. Aujourd’hui, le trafic reste largement paralysé. Bien que quelques pétroliers continuent de l’emprunter, les méthaniers, plus spécialisés et moins faciles à remplacer, évitent cette route maritime devenue trop risquée. QatarEnergy, qui exploite le plus grand terminal de GNL au monde à Ras Laffan, a indiqué que la production pourrait reprendre sur 12 de ses 14 unités non endommagées dans un délai de deux mois, à condition que le détroit soit jugé sûr. En revanche, deux autres unités, endommagées lors d’attaques, nécessiteraient entre trois et cinq ans de réparations.
Une brève reprise des exportations avait été observée après la signature d’un mémorandum entre les États-Unis et l’Iran en juin 2026. Cependant, cette avancée a été de courte durée, de nouvelles attaques ayant relancé les tensions et accru les risques pour la navigation. « L’essentiel est de s’assurer que le détroit soit réellement ouvert », a déclaré Corbeau. « Et cela s’est avéré difficile ». Malgré les efforts diplomatiques du Qatar, qui se dit prêt à travailler quotidiennement à la relance des pourparlers entre Washington et Téhéran, aucune solution durable n’a encore émergé.
En attendant, les pays les plus exposés devront composer avec des tensions persistantes sur leurs approvisionnements, tandis que les marchés devront s’adapter à une nouvelle donne énergétique, moins dépendante du Qatar et des Émirats arabes unis. Une chose est sûre : la crise actuelle a révélé les failles d’un système mondialisé du GNL, où la concentration des exportations dans des zones géopolitiquement instables peut, à tout moment, plonger le marché dans le chaos.