Quatre entreprises allemandes spécialisées dans la fabrication de routeurs viennent de créer SAFENet, une alliance visant à renforcer la souveraineté numérique de l’Europe en matière d’infrastructures réseau. Selon Frandroid, cette initiative marque une volonté de reprendre le contrôle des équipements critiques qui composent l’Internet européen, mais avec une absence notable : aucun acteur français ne figure parmi les membres fondateurs. Une exclusion qui interroge sur la place de la France dans ce projet stratégique.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre acteurs allemands ont lancé l’alliance SAFENet pour promouvoir la souveraineté numérique européenne en matière de routeurs.
- Aucun fabricant français n’est présent parmi les membres fondateurs de cette alliance.
- L’objectif affiché est de « pousser l’Europe à reprendre la main sur ses réseaux », selon les termes de l’annonce.
- Cette initiative s’inscrit dans un contexte de dépendance croissante aux équipements étrangers, notamment chinois et américains.
Une alliance pour sécuriser les infrastructures réseau européennes
Les quatre entreprises allemandes à l’origine de SAFENet ont officialisé leur partenariat la semaine dernière. Leur ambition est claire : développer des solutions techniques et politiques pour réduire la dépendance de l’Europe aux routeurs étrangers. D’après Frandroid, ces acteurs comptent sur leur expertise locale pour proposer des alternatives fiables et sécurisées. Leur objectif est double : améliorer la résilience des réseaux européens et garantir une meilleure protection des données transitant par ces équipements.
Parmi les membres fondateurs figurent des acteurs reconnus du secteur, comme Deutsche Telekom, Siemens, ainsi que deux autres fabricants spécialisés dans les équipements réseau. Leur collaboration vise à mutualiser leurs ressources et leurs compétences pour accélérer l’innovation dans ce domaine. Autant dire que cette alliance pourrait jouer un rôle clé dans la future réglementation européenne sur la cybersécurité et la souveraineté numérique.
Une exclusion de la France qui soulève des questions
L’absence de la France dans cette alliance est d’autant plus frappante que le pays dispose d’acteurs majeurs dans le secteur des télécoms et de l’informatique. Aucun fabricant français n’a été associé à ce projet, alors que des entreprises comme Orange ou Thales sont des références en matière de cybersécurité et d’infrastructures réseau. D’après Frandroid, cette exclusion n’est pas le fruit du hasard : elle pourrait refléter des divergences stratégiques ou des priorités différentes entre Paris et Berlin sur la question de la souveraineté numérique.
Un observateur du secteur, sous couvert d’anonymat, a confié à Frandroid : « La France mise davantage sur des partenariats bilatéraux ou des initiatives européennes plus larges, comme le projet Gaia-X, plutôt que sur des alliances restreintes pilotées par l’Allemagne ». Cette approche pourrait expliquer pourquoi aucun acteur français n’a été intégré à SAFENet, malgré l’importance du sujet pour l’industrie européenne.
Un enjeu stratégique pour l’Europe
La création de SAFENet s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où l’Europe cherche à se doter d’une autonomie technologique face aux États-Unis et à la Chine. Les routeurs, ces boîtiers qui acheminent les données sur Internet, sont devenus un enjeu majeur de souveraineté. Plusieurs pays européens ont déjà exprimé leur inquiétude face à la domination des équipementiers étrangers, notamment chinois avec Huawei, sur leur marché. En 2021, la Commission européenne avait déjà lancé un appel à projets pour financer le développement de solutions locales, mais les résultats restent limités à ce jour.
Selon des chiffres compilés par Frandroid, près de 80 % des routeurs déployés en Europe proviennent de fabricants non européens. Une situation qui expose les États membres à des risques de dépendance technologique, mais aussi à des cybermenaces potentielles. C’est précisément pour inverser cette tendance que SAFENet entend agir, en proposant une alternative locale et sécurisée.
Pour l’heure, l’alliance SAFENet se présente comme un acteur clé dans le paysage européen des infrastructures réseau. Son succès dépendra de sa capacité à fédérer autour d’elle d’autres industriels et à obtenir le soutien des institutions européennes. Une chose est sûre : la question de la souveraineté numérique n’est pas près de s’éteindre.
SAFENet vise à développer des routeurs européens pour réduire la dépendance aux équipements étrangers, améliorer la cybersécurité des réseaux et promouvoir une souveraineté technologique en Europe. L’alliance compte également peser sur les réglementations européennes en matière d’infrastructures réseau.