Depuis la rentrée universitaire de septembre 2025, quatre suicides ont été recensés dans les écoles vétérinaires françaises, poussant les directions et le ministère de l’Agriculture à reconnaître l’ampleur de la détresse psychologique touchant leurs étudiants. Une situation qui, selon nos confrères de Reporterre, s’inscrit dans un mal-être plus large, dénoncé depuis des années par les élèves, les associations et les professionnels du secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre suicides ont été recensés dans les écoles vétérinaires depuis septembre 2025, selon les données recueillies par Reporterre.
  • La détresse psychologique des étudiants, déjà signalée par les élèves, les associations et les professionnels, a été officiellement prise en compte par les écoles et le ministère.
  • Un métier passionnant mais épuisant : Alix, vétérinaire en clinique féline à Lyon, témoigne de sa difficulté à concilier passion et pression extrême.
  • Les alertes sur les risques psychologiques remontent à plusieurs années, sans que des mesures suffisantes n’aient été mises en place.

Une pression professionnelle qui dépasse les limites

Le quotidien des étudiants en écoles vétérinaires est marqué par des exigences académiques et pratiques particulièrement intenses. Entre les heures de cours, les stages en clinique et la charge mentale liée à la gestion de la santé animale, les étudiants évoluent dans un environnement où la marge d’erreur est quasi nulle. Un étudiant, interrogé par Reporterre, confie : « J’aime mon métier, mais si je continue comme ça, c’est sûr que je ne vais pas tenir longtemps ».

Le secteur vétérinaire, souvent idéalisé pour son aspect « passionnant », cache une réalité bien plus sombre : des horaires extensibles, une responsabilité constante envers des êtres vivants, et une pression financière liée aux dettes étudiantes. Autant de facteurs qui, combinés, fragilisent la santé mentale des futurs vétérinaires.

Des alertes ignorées pendant des années

Les témoignages d’élèves et de jeunes diplômés font état d’un épuisement progressif, d’un sentiment d’imposture, et d’un isolement croissant. Plusieurs associations, comme l’Association nationale des étudiants en écoles vétérinaires (ANEEV), ont multiplié les alertes auprès des directions et des instances ministérielles. Pourtant, malgré ces signaux répétés, les réponses institutionnelles ont tardé à se matérialiser.

Un ancien étudiant, aujourd’hui en arrêt maladie pour burn-out, explique : « On nous répète que c’est un métier de vocation, mais personne ne nous prépare à la réalité du terrain. À force de cumuler les stages et les nuits blanches, on finit par craquer. » Des initiatives locales, comme des cellules d’écoute ou des ateliers de gestion du stress, commencent seulement à émerger, souvent portées par des bénévoles.

Une reconnaissance tardive, mais nécessaire

Face à l’urgence, les écoles vétérinaires et le ministère de l’Agriculture ont annoncé début septembre 2026 la mise en place d’un plan de prévention et de soutien psychologique. Ce plan prévoit notamment le renforcement des dispositifs d’écoute, la formation des enseignants à la détection des signes de détresse, et la création d’un numéro vert dédié. Une réponse qui, selon Reporterre, reste en deçà des attentes des étudiants.

Les syndicats étudiants, eux, réclament des mesures structurelles : réduction des quotas d’étudiants, augmentation des places en internat, et meilleure rémunération des stages. « Nous ne voulons plus seulement des annonces, mais des actes concrets », a souligné un représentant étudiant auprès de nos confrères.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes : les écoles vétérinaires doivent présenter d’ici fin septembre 2026 un rapport détaillé sur les mesures mises en œuvre, tandis que le ministère devrait annoncer un budget spécifique pour le soutien psychologique. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à endiguer la crise, ou si d’autres suicides viendront alourdir le bilan.

Cette situation interroge plus largement le modèle de formation des professions médicales et paramédicales, où la pression et l’exigence de perfection laissent peu de place à l’humain. Alors que la rentrée 2026 s’annonce chargée, la question n’est plus seulement de soigner les animaux, mais aussi de préserver ceux qui en ont la charge.

Les étudiants évoquent une charge de travail excessive, des horaires imprévisibles, une pression financière liée aux dettes étudiantes, et un sentiment de responsabilité permanente envers les animaux et leurs propriétaires. Le manque de reconnaissance et de soutien de la part des institutions aggrave également cette détresse.