Le projet de rachat du groupe Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, évalué à 111 milliards de dollars, se heurte à des oppositions judiciaires et politiques aux États-Unis. Selon BFM Business, David Ellison, patron de Paramount Skydance, a publié une tribune dans le New York Times ce 4 juillet pour défendre cette opération, malgré les accusations de domination du marché et de menace sur l'indépendance des médias.

Ce qu'il faut retenir

  • Le rachat de Warner Bros. Discovery par Paramount Skydance, d'une valeur de 111 milliards de dollars, est temporairement suspendu par la justice américaine.
  • Douze États américains, dirigés par des démocrates, ont déposé un recours pour bloquer la fusion, estimant qu'elle réduirait la concurrence à Hollywood.
  • Une juge fédérale en Californie a ordonné le 20 juillet la suspension du projet jusqu'à un procès prévu le 2 mars 2027.
  • David Ellison affirme que le futur groupe ne représenterait que 20% du temps d'écran des Américains, loin d'une position dominante.
  • L'opération a déjà reçu l'approbation des régulateurs de 65 pays, dont les États-Unis et la Chine, ainsi que de l'Union européenne.
  • Le syndicat des scénaristes a également lancé des poursuites, craignant des conséquences négatives pour la profession.

Un rachat controversé sous le feu des critiques politiques

Le projet de fusion entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery, annoncé en 2025, vise à créer un géant du divertissement en combinant studios de cinéma, plateformes de streaming et chaînes d'information. Parmi ces dernières figurent CBS News et CNN, cette dernière étant régulièrement ciblée par Donald Trump. Selon BFM Business, David Ellison a justifié son opération en soulignant que les oppositions étaient « d'ordre politique ».

Dans sa tribune, il a rappelé que l'acquisition avait été approuvée par les régulateurs de 65 pays, dont les États-Unis et la Chine, ainsi que par l'Union européenne. Pourtant, une levée de boucliers s'est organisée, notamment de la part de douze États américains dirigés par des gouverneurs démocrates. Ces derniers estiment que la fusion, en associant deux des cinq plus grands distributeurs de films, réduirait la concurrence dans le secteur cinématographique.

Une suspension judiciaire et des recours multiples

Le ministère américain de la Justice avait donné son feu vert à l'opération le 12 juin 2026, sans exiger de modifications. Cependant, une juge fédérale en Californie a ordonné le 20 juillet 2026 la suspension temporaire de la fusion, le temps d'examiner les recours déposés. Les deux groupes ont accepté de repousser leur fusion à juin 2027, la date du procès étant fixée au 2 mars 2027, pour une durée de douze jours.

Parallèlement, le syndicat des scénaristes (WGA) a lancé ses propres poursuites, craignant une baisse de la concurrence et des répercussions sur les conditions de travail des professionnels du secteur. Une inquiétude que David Ellison tente de minimiser, arguant que le futur groupe ne contrôlerait qu'une part marginale du marché audiovisuel américain.

Des arguments contestés sur la domination du marché

David Ellison a réfuté les accusations de domination du marché, affirmant que le futur groupe ne représenterait qu'environ 20% du temps que les Américains consacrent à la télévision et au streaming. « Ce ne sont pas les chiffres d'une entreprise capable de dicter ce que le public regarde », a-t-il déclaré. Il a également précisé que, même en incluant YouTube, la part de marché resterait limitée face à des concurrents comme Disney+, Netflix, Apple TV ou Prime Video.

Pourtant, les détracteurs du projet pointent du doigt le bilan de David Ellison depuis son rachat de CBS News à l'été 2025. À cette occasion, Paramount avait accepté de verser 16 millions de dollars à Donald Trump pour régler une plainte concernant un entretien de l'émission 60 Minutes avec la candidate démocrate Kamala Harris. Depuis, le nouveau propriétaire a confié la direction de l'information à Bari Weiss, éditorialiste connue pour ses critiques de la gauche américaine.

« La vraie question est de savoir si l'on peut me faire confiance en tant que dirigeant de CNN. Des spéculations ont circulé sur mes vues politiques, mes loyautés et mes intentions », a regretté David Ellison, soulignant que l'opération avait été validée par des régulateurs internationaux.

L'indépendance éditoriale promise, mais contestée

David Ellison a assuré défendre « l'indépendance » des rédactions de CBS News et CNN, tout en reconnaissant que les chaînes devaient « faire mieux ». Il a cité des sondages révélant que la confiance des Américains dans les médias était tombée à 28%, « au niveau le plus bas jamais enregistré ».

Cependant, son bilan chez CBS News est déjà critiqué. Plusieurs journalistes ont quitté la chaîne ou signé une pétition exigeant des garanties sur leur indépendance éditoriale. Ces tensions s'ajoutent aux soupçons de partialité politique, David Ellison étant le fils de Larry Ellison, multimilliardaire fondateur d'Oracle et proche de Donald Trump. Larry Ellison est d'ailleurs le principal actionnaire de Paramount Skydance via le trust familial.

Et maintenant ?

La fusion entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery reste suspendue jusqu'au procès prévu en mars 2027. Si la juge fédérale devait donner raison aux opposants, le projet pourrait être bloqué ou soumis à des conditions strictes. À l'inverse, une validation judiciaire permettrait aux deux groupes de finaliser leur union d'ici juin 2027. En attendant, les régulateurs et les syndicats continuent d'évaluer l'impact potentiel de cette opération sur la concurrence et la liberté de la presse aux États-Unis.

Ce rachat illustre les tensions croissantes autour de la concentration des médias et de leur rôle dans le paysage politique américain. Alors que les régulateurs ont jusqu'à présent validé le projet, les recours judiciaires et les critiques politiques pourraient redéfinir les contours de l'industrie du divertissement dans les années à venir.

Douze États américains, dirigés par des gouverneurs démocrates, estiment que la fusion entre Paramount Skydance et Warner Bros. Discovery réduirait la concurrence dans le secteur cinématographique, en associant deux des cinq plus grands distributeurs de films. Ils craignent également une concentration excessive du pouvoir médiatique, notamment avec le contrôle de chaînes d'information comme CNN.

Le syndicat des scénaristes (WGA) a lancé des poursuites, redoutant une baisse de la concurrence et des répercussions sur les salaires et les conditions de travail. Par ailleurs, plusieurs journalistes de CBS News ont déjà quitté la chaîne ou signé une pétition exigeant des garanties sur leur indépendance éditoriale, en raison des changements de direction imposés par le nouveau propriétaire.