Depuis l’instauration des sanctions européennes contre Moscou, la raffinerie de Schwedt, située dans l’est de l’Allemagne, incarne les difficultés rencontrées par Berlin pour se détacher du pétrole russe. Selon nos confrères du Monde, ce complexe pétrochimique, crucial pour l’approvisionnement énergétique de plusieurs Länder de l’Est et de pays voisins, peine à diversifier ses sources d’énergie en raison d’un manque d’anticipation stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Dépendance historique : la raffinerie de Schwedt dépendait jusqu’ici à plus de 90 % du pétrole russe, acheminé via l’oléoduc Druzhba.
  • Sanctions européennes : depuis 2022, l’Union européenne a progressivement réduit ses importations de pétrole russe, contraignant les États membres à trouver des alternatives.
  • Complexité logistique : les infrastructures actuelles de Schwedt ne permettent pas une transition rapide vers d’autres sources, comme le pétrole norvégien ou kazakh.
  • Enjeu régional : le site fournit des carburants et produits pétrochimiques à plusieurs Länder de l’Est, dont le Brandebourg et la Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, ainsi qu’à la Pologne et à la République tchèque.
  • Risque économique : l’absence de solution pérenne menace la survie du site, avec des conséquences sur l’emploi local et la sécurité énergétique de la région.

Un symbole des défis énergétiques allemands

La raffinerie de Schwedt, exploitée par le groupe PCK Raffinerie, est un maillon essentiel du système énergétique allemand depuis des décennies. Comme le rapporte Le Monde, elle était jusqu’à présent alimentée à plus de 90 % par le pétrole russe, acheminé via l’oléoduc Druzhba, l’un des plus longs du monde. Depuis le début de la guerre en Ukraine et les sanctions européennes contre Moscou, Berlin cherche à réduire cette dépendance, mais les alternatives peinent à se concrétiser.

Le problème ne réside pas seulement dans la recherche de nouveaux fournisseurs, mais aussi dans la capacité des infrastructures à absorber ces changements. D’après nos confrères du Monde, les capacités de stockage et de traitement de Schwedt sont adaptées au pétrole russe, ce qui rend toute reconversion coûteuse et complexe. Bref, la transition s’annonce bien plus lente que prévu.

Des sanctions européennes qui bousculent les équilibres

L’Union européenne a progressivement réduit ses importations de pétrole russe depuis 2022, avec un embargo total sur le brut maritime prévu pour décembre 2026. Cependant, certaines exemptions ont été accordées pour les pays dépendants des livraisons via Druzhba, comme l’Allemagne. Selon Le Monde, Berlin a obtenu un délai jusqu’à la mi-2025 pour trouver des solutions, mais le compte à rebours est déjà bien entamé.

Le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, a reconnu les difficultés lors d’une déclaration à la presse en août 2026 : «

Nous devons agir rapidement pour sécuriser l’approvisionnement de Schwedt, mais les contraintes logistiques et économiques sont réelles. Les alternatives existent, mais leur mise en œuvre prendra du temps.
» Les discussions portent notamment sur l’importation de pétrole norvégien ou kazakh, ainsi que sur le développement de terminaux d’importation sur la côte baltique.

Un enjeu économique et social majeur pour l’Est allemand

La raffinerie de Schwedt emploie directement près de 1 200 personnes, et son activité soutient des milliers d’emplois indirects dans la région. Une fermeture ou une réduction drastique de son activité aurait un impact dévastateur sur l’économie locale, déjà fragilisée par la transition énergétique. Comme le souligne Le Monde, les Länder de l’Est, comme le Brandebourg, dépendent largement de ce site pour leur approvisionnement en carburants et en produits pétrochimiques.

Les responsables politiques locaux s’inquiètent de l’absence de plan B. Le gouverneur du Brandebourg, Dietmar Woidke, a indiqué en juillet 2026 : «

Sans solution rapide, nous risquons de plonger dans une crise énergétique qui affectera les ménages et les entreprises. Il faut des garanties concrètes avant la fin de l’année.
»

Et maintenant ?

Plusieurs pistes sont envisagées pour sauver la raffinerie, mais aucune n’est encore actée. Les autorités allemandes pourraient prolonger temporairement l’importation de pétrole russe via Druzhba au-delà de 2025, le temps de finaliser des accords avec d’autres fournisseurs. Une autre option consisterait à transformer partiellement le site pour traiter des biocarburants ou des produits synthétiques, mais cette transition nécessiterait des investissements colossaux.

Reste à voir si Berlin parviendra à trouver un compromis entre ses objectifs climatiques et la sécurité énergétique de ses régions les plus dépendantes. La prochaine réunion des ministres de l’Énergie de l’UE, prévue en octobre 2026, pourrait apporter des éclaircissements sur les dérogations possibles.

Pour l’instant, l’avenir de Schwedt reste suspendu à des décisions qui tardent à venir. Les prochains mois seront décisifs pour savoir si l’Allemagne parviendra à concilier sanctions contre la Russie et stabilité de son approvisionnement énergétique.

Schwedt était historiquement approvisionnée via l’oléoduc Druzhba, construit sous l’ère soviétique pour relier les champs pétrolifères russes à l’Europe de l’Est. Son infrastructure est optimisée pour ce type de pétrole, ce qui rend toute reconversion complexe et coûteuse.