Ce mardi 30 juin 2026, François Chimits, responsable du programme Europe à l’Institut Montaigne, était l’invité d’Annalisa Cappellini dans l’émission « Le monde qui bouge – L’Interview » sur BFM Business. L’entretien a porté sur l’avancée du rapport Draghi, publié en septembre 2022, et son application partielle dans le domaine de la compétitivité de l’Union européenne. Selon BFM Business, cette analyse, commandée par les dirigeants européens pour proposer des pistes de relance économique, n’a été que partiellement suivie d’effets par les États membres.
Ce qu'il faut retenir
- Le rapport Draghi, publié en septembre 2022, proposait 200 mesures pour renforcer la compétitivité européenne, mais seulement « une partie » a été appliquée, selon François Chimits.
- Les sujets abordés incluaient la transition énergétique, l’innovation et la simplification des régulations, secteurs jugés prioritaires pour éviter un décrochage face aux États-Unis et à la Chine.
- François Chimits, expert à l’Institut Montaigne, souligne les blocages politiques persistants et le manque de coordination entre les 27 États membres.
- Parmi les mesures phares figurent la création d’un marché unique des capitaux et le soutien aux industries stratégiques, mais leur mise en œuvre reste inégale.
Un rapport ambitieux, une application timide
Publié dans un contexte de tensions géopolitiques et de concurrence accrue avec les grandes puissances économiques, le rapport Draghi avait été salué pour son approche globale. Il recommandait notamment la mobilisation de 500 milliards d’euros d’investissements publics et privés d’ici 2027 pour moderniser les infrastructures et les technologies. Pourtant, comme le rappelle François Chimits, « seulement un tiers des propositions ont été traduites en actions concrètes ». Les raisons ? Un manque de volonté politique commune et des divergences entre États membres sur la répartition des fonds et les priorités industrielles.
Côté secteur privé, les entreprises européennes peinent toujours à accéder à des financements comparables à ceux disponibles aux États-Unis, où les fonds publics et privés soutiennent massivement les secteurs technologiques et énergétiques. « L’Europe reste fragmentée, et cela freine notre capacité à rivaliser », a expliqué l’expert, cité par BFM Business. Les exemples de retard sont nombreux : retards dans le déploiement des réseaux 5G et 6G, lenteur dans la production de semi-conducteurs, ou encore dépendance persistante aux énergies fossiles dans certains pays.
Transition énergétique et innovation : les parenthèses encore ouvertes
Parmi les domaines où le rapport Draghi a eu le moins d’impact figure la transition énergétique. Si plusieurs États membres ont accéléré leurs investissements dans les énergies renouvelables, les disparités restent criantes. L’Allemagne, par exemple, a confirmé son calendrier de sortie du nucléaire, mais la France peine à concrétiser son projet de réacteurs de nouvelle génération. « Les calendriers ne sont pas alignés, et les investissements publics restent insuffisants pour combler le retard », note François Chimits. Le rapport proposait notamment la création d’une agence européenne de l’innovation, mais celle-ci n’a pas encore vu le jour.
Sur le front de l’innovation, l’Europe tente de rattraper son retard face à la Chine et aux États-Unis, mais les résultats se font attendre. Les start-up européennes, bien que dynamiques, peinent à lever des fonds à la hauteur de leurs concurrents américains. Selon les données compilées par l’Institut Montaigne, seulement 12 % des licornes européennes (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars) ont été créées après 2020, contre 30 % aux États-Unis. « L’écosystème manque de capitaux patients, et les fonds de capital-risque européens sont encore trop petits », souligne François Chimits.
Quelles perspectives pour les prochains mois ?
Alors que la Commission européenne prépare son nouveau cycle budgétaire 2028-2034, la question de la compétitivité reste au cœur des débats. Plusieurs États, dont la France et l’Allemagne, poussent pour une mutualisation accrue des dépenses de recherche et d’infrastructures, mais les résistances persistent. « L’enjeu n’est plus seulement économique, mais aussi géopolitique », rappelle François Chimits. Avec la montée des tensions commerciales et la guerre en Ukraine qui a perturbé les approvisionnements énergétiques, l’Europe ne peut plus se permettre de tergiverser.
D’ici la fin de l’année, plusieurs rendez-vous pourraient relancer le processus. La présidence hongroise du Conseil de l’UE, à partir de juillet 2026, a annoncé vouloir faire de la compétitivité une priorité. De plus, le sommet des dirigeants européens prévu en décembre 2026 doit examiner un nouveau paquet de mesures, incluant des propositions pour simplifier les régulations et renforcer les fonds européens dédiés à l’innovation.
L’émission « Le monde qui bouge – L’Interview » de BFM Business est à retrouver chaque jour de la semaine en direct ou en podcast sur les plateformes de l’émetteur.
Parmi les propositions non concrétisées figurent la création d’une agence européenne de l’innovation, l’accélération du marché unique des capitaux, et la mise en place d’un fonds souverain européen pour soutenir les industries stratégiques. Ces mesures nécessitent une coordination renforcée entre les États membres, ce qui n’a pas encore abouti.