La deuxième journée de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF), organisée à Roland-Garros à Paris, s’est tenue ce jeudi 27 août 2026 sous haute tension politique. Sept candidats à l’élection présidentielle y ont présenté leurs propositions économiques, dont Marine Le Pen pour le Rassemblement national. Dans les allées du salon, les chefs d’entreprise affichent un mélange d’inquiétude et de scepticisme face aux mesures annoncées par le parti d’extrême droite, tout en reconnaissant son poids croissant dans le paysage politique français. Selon Franceinfo - Politique, cette prudence reflète un manque criant de clarté dans le programme économique du RN, pourtant devenu incontournable après les législatives de 2024.
Ce qu'il faut retenir
- Sept candidats à la présidentielle, dont Marine Le Pen, étaient présents à la REF 2026 pour présenter leurs programmes économiques.
- Les patrons expriment une inquiétude liée au manque de visibilité sur les mesures du Rassemblement national, notamment sur l’immigration et les autorisations de travail.
- Plusieurs chefs d’entreprise critiquent une préférence nationale perçue comme un frein à la compétitivité, face à la concurrence asiatique ou américaine.
- L’absence de position claire du RN sur des sujets comme la retraite à 60 ans suscite des interrogations sur sa cohérence économique.
- Le parti, en quête de crédibilité auprès des milieux économiques, tente depuis 2024 de se rapprocher des entrepreneurs.
- Malgré les doutes, certains reconnaissent une évolution dans la structuration des propositions du RN.
Un programme économique du RN scruté à la loupe par les patrons
La journée était marquée par la présence de Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Le Pen. Ces candidats ont tenté de convaincre un public composé de dirigeants d’entreprises et de responsables économiques, dans un contexte où le Rassemblement national est désormais perçu comme un acteur politique majeur. Comme le rapporte Franceinfo - Politique, c’est précisément cette montée en puissance qui rend les déclarations des patrons encore plus nerveuses. « C’est un parti qui commence à avoir une assise. Très clairement, on sent un apprentissage, une connaissance et une solidité », confie Emmanuel, chef d’entreprise, qui admet que le RN n’est plus un simple outsider.
Pour autant, les mesures annoncées peinent à rassurer. Catherine, dirigeante d’une entreprise de BTP dans la Vienne employant une centaine de salariés, dont certains issus de l’immigration, s’interroge sur l’impact des futures politiques migratoires du RN. « Ça crée de l’insécurité pour les salariés et pour les entreprises elles-mêmes, de savoir si les autorisations de rester sur le territoire et de travailler seront renouvelées ou pas », explique-t-elle. Son inquiétude illustre un sentiment partagé par plusieurs dirigeants : celui d’un flou persistant sur les intentions réelles du parti.
Préférence nationale et compétitivité : les craintes des industriels
Stéphanie, qui codirige une entreprise de plasturgie près de Bayonne, aborde un autre sujet sensible : la préférence nationale dans les marchés publics. « Nous, les chefs d’entreprise, nous militons pour une préférence européenne des marchés publics », déclare-t-elle. Pour elle, l’idée d’un repli sur le territoire français pourrait affaiblir la compétitivité des entreprises locales face à la concurrence accrue de l’Asie ou des États-Unis. « Le territoire français ne suffira pas pour répondre aux besoins de production et aux appels d’offres », estime-t-elle. Son témoignage reflète une crainte récurrente chez les patrons : celle de voir le RN adopter des mesures protectionnistes aux effets contre-productifs.
Ce scepticisme n’est pas isolé. Un autre dirigeant, évoluant dans le secteur des assurances, compare le programme économique du RN à des mesures de gauche, citant notamment la proposition de retraite à 60 ans. « Le RN n’a pas officiellement tranché sa position, et c’est bien ce qui dérange », souligne-t-il. « Pour l’instant, c’est le grand flou, et on ne sait pas très bien ce qui sera finalement proposé ou décidé s’ils arrivent au pouvoir. » L’absence de clarté sur des sujets aussi structurants que la retraite ou la fiscalité aggrave l’incertitude ambiante.
« Le manque de visibilité crée de l’inquiétude. On ne sait pas si nos salariés pourront continuer à travailler légalement en France demain. »
Catherine, cheffe d’entreprise dans le BTP (Vienne)
Un RN en quête de crédibilité économique
Depuis les élections législatives de 2024, le Rassemblement national multiplie les signaux en direction des milieux économiques. Le parti tente de se présenter comme une alternative crédible, capable de concilier souveraineté et croissance. « Le RN est devenu incontournable », reconnaît Emmanuel, qui note une évolution dans la manière dont le parti aborde les questions économiques. « Je commence à penser que les propositions qui vont être faites seront peut-être relativement solides, je l’espère. » Cette ouverture, bien que récente, reste fragile aux yeux de nombreux patrons, habitués à des programmes politiques plus rodés.
Pourtant, le parti d’extrême droite peine à lever les ambiguïtés. Entre les propositions libérales de certains de ses membres et les relents protectionnistes d’autres, les entrepreneurs peinent à identifier une ligne directrice claire. « Cela m’évoque un programme économique de gauche, avec la retraite à 60 ans et un retour de grands marqueurs de gauche », ironise un dirigeant du secteur des assurances. Ce manque de cohérence apparente alimente les doutes sur la capacité du RN à gouverner avec pragmatisme une fois au pouvoir.
Des questions en suspens pour les mois à venir
Si le RN confirme sa volonté de s’ouvrir aux milieux économiques, les chefs d’entreprise, eux, restent sur leurs gardes. Entre les promesses de baisse des charges et les craintes de restrictions migratoires, le programme économique du parti continue de susciter des débats. Les prochaines semaines pourraient être décisives pour éclaircir ces zones d’ombre. Pour l’instant, les patrons doivent composer avec l’incertitude, une situation qui rappelle, selon Franceinfo - Politique, les débuts chaotiques de certains partis avant leur arrivée au pouvoir.
En attendant, la REF 2026 a offert un aperçu des tensions qui traversent le monde patronal. Entre la nécessité de s’adapter à un nouveau rapport de force politique et la méfiance envers un parti encore perçu comme radical, les dirigeants français naviguent en eaux troubles. Leur principale attente ? Que le RN passe des mots aux actes, et que ses propositions économiques deviennent enfin lisibles.
Sept candidats étaient présents : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Marine Le Pen. Ils y ont présenté leurs programmes économiques face aux dirigeants d’entreprises.
Les chefs d’entreprise expriment deux principales inquiétudes : le manque de clarté sur les mesures migratoires, qui pourrait menacer l’emploi de certains salariés, et l’absence de position tranchée sur des sujets économiques comme la retraite à 60 ans ou la préférence nationale dans les marchés publics.