Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la province de l’Ituri, déjà fragilisée par une épidémie d’Ebola persistante, voit son isolement renforcé par des violences attribuées à un groupe armé affilié à l’État islamique. Selon Libération, ces exactions meurtrières, perpétrées dans le Nord-Kivu voisin, compliquent davantage l’accès aux soins et l’organisation des ripostes sanitaires dans une région déjà asphyxiée par des années de conflits.
Ce qu'il faut retenir
- Une épidémie d’Ebola persiste en Ituri, une province de l’est de la RDC déjà marquée par l’insécurité et la pauvreté.
- Des massacres attribués au groupe ADF (Allied Democratic Forces), affilié à l’État islamique, se multiplient dans le Nord-Kivu voisin, aggravant l’isolement de l’Ituri.
- Ces violences perturbent les opérations de santé publique, notamment la lutte contre Ebola, dans une région où les structures médicales sont déjà exsangues.
Une épidémie d’Ebola qui s’éternise dans l’Ituri
L’Ituri, province du nord-est de la RDC, fait face depuis plusieurs mois à une résurgence de l’épidémie d’Ebola. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), au moins 12 cas confirmés et 5 décès ont été enregistrés depuis le début de l’année 2026. Les autorités sanitaires locales évoquent des difficultés logistiques et sécuritaires pour endiguer la propagation du virus. Les centres de traitement, déjà sous-financés, peinent à fonctionner pleinement en raison des restrictions de mouvement imposées par l’insécurité.
Les équipes médicales sur place rapportent des retards dans le traçage des contacts et la distribution des vaccins, deux piliers essentiels pour contenir une épidémie. « Sans accès sécurisé aux zones touchées, notre capacité à répondre est gravement compromise », a expliqué un responsable de la cellule de crise anti-Ebola en Ituri, sous couvert d’anonymat. La région, connue pour ses ressources minières, est également minée par des décennies de conflits intercommunautaires et de violences armées.
Le Nord-Kivu, théâtre d’exactions attribuées aux ADF
À quelques centaines de kilomètres de l’Ituri, dans la province du Nord-Kivu, les massacres se multiplient. Selon les Nations unies et plusieurs ONG locales, au moins 47 civils ont été tués lors d’attaques attribuées aux Allied Democratic Forces (ADF) depuis le début de l’année. Ces exactions, revendiquées par le groupe qui s’est affilié à l’État islamique en 2019, ciblent délibérément les villages et les routes d’accès aux soins. « Les ADF utilisent une stratégie de terreur pour déstabiliser la région », a déclaré un expert en sécurité à Libération.
Les attaques, souvent menées à l’arme blanche ou à l’aide d’engins explosifs improvisés, ont forcé des milliers de personnes à fuir vers des zones déjà surpeuplées. Les déplacés, privés de ressources, sont particulièrement vulnérables aux maladies, dont Ebola. « L’isolement de l’Ituri n’est plus seulement géographique, mais aussi humanitaire », a souligné un travailleur humanitaire basé à Beni, ville du Nord-Kivu régulièrement visée par les ADF.
Un cocktail explosif : insécurité et crise sanitaire
La concomitance entre la résurgence d’Ebola et l’intensification des violences crée un cercle vicieux difficile à briser. Les équipes de l’OMS et de Médecins Sans Frontières (MSF) ont dû suspendre plusieurs missions en Ituri en raison des menaces pesant sur leur sécurité. « On se retrouve dans une situation où les besoins médicaux augmentent, mais où notre capacité à intervenir diminue », a expliqué une porte-parole de MSF.
Les autorités congolaises, soutenues par des partenaires internationaux comme l’Union européenne et les États-Unis, tentent de renforcer la présence militaire dans la région. Cependant, la task force anti-ADF, opérationnelle depuis 2019, n’a pas réussi à mettre un terme aux attaques. Selon un rapport du International Crisis Group publié en mai 2026, le groupe continue de recruter activement, exploitant le mécontentement social et les failles de l’État congolais.
En conclusion, l’est de la RDC se trouve à un carrefour critique. Alors que l’épidémie d’Ebola menace de s’étendre, les violences des ADF plongent des millions de personnes dans une précarité extrême. La communauté internationale, déjà sollicitée par d’autres crises en Afrique, devra arbitrer entre l’urgence sanitaire et la nécessité d’une réponse sécuritaire coordonnée. Autant dire que le temps presse.