Depuis 2024, la province de l’Ituri, en République démocratique du Congo (RDC), fait face à une résurgence de l’épidémie d’Ebola, aggravée par des défis logistiques majeurs. Selon RFI, le médecin missionnaire néerlandais **Mark Godeschalk**, en poste dans la région depuis 2018, a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences dramatiques du manque de transports sanitaires pour les patients atteints par le virus. Basé à Bunia depuis 2022, après des missions à Nyankunde et Lolwa, il supervise plus de **40 structures sanitaires** dans une zone où l’accès aux soins reste extrêmement difficile.

Ce qu'il faut retenir

  • Le **Dr Mark Godeschalk**, médecin missionnaire néerlandais, travaille en RDC depuis **2018** et supervise **plus de 40 centres de santé** en Ituri.
  • Il dénonce le **manque de transports sanitaires** comme cause de décès évitables parmi les patients atteints d’Ebola.
  • L’épidémie d’Ebola en Ituri s’inscrit dans un contexte de **résurgence persistante** depuis 2024 en RDC.
  • Le Dr Godeschalk est basé à **Bunia** depuis 2022, après des missions à Nyankunde et Lolwa.

Son constat est sans appel : « Il y a des patients qui meurent faute de transport », a-t-il déclaré à RFI. Le manque de véhicules adaptés pour évacuer les malades vers les centres de traitement aggrave une situation déjà critique. L’Ituri, région en proie à des conflits armés et à une insécurité chronique, cumule les obstacles à une riposte efficace contre l’épidémie. Les infrastructures routières dégradées et l’absence de moyens logistiques fiables retardent l’accès aux soins, prolongeant ainsi la chaîne de transmission du virus.

Le Dr Godeschalk, qui voyage en permanence pour coordonner les activités des structures sanitaires sous sa supervision, souligne que la **communauté Emmanuel CE39**, une église protestante locale, joue un rôle clé dans la prise en charge des patients. Cependant, les moyens humains et matériels restent insuffisants pour faire face à l’ampleur de la crise sanitaire. Les centres de santé, souvent sous-équipés, dépendent largement de l’appui des organisations humanitaires et des missions médicales étrangères pour maintenir leurs activités.

L’Ituri, une région sous pression sanitaire et sécuritaire

L’épidémie d’Ebola en Ituri s’inscrit dans un cycle de résurgences récurrentes en RDC, pays qui a déjà connu plusieurs flambées majeures depuis 2018. La province, située dans le nord-est du pays, est particulièrement touchée en raison de sa densité démographique, de ses mouvements migratoires fréquents et de l’instabilité liée aux groupes armés. Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Ituri a enregistré **plus de 2 000 cas suspects ou confirmés** depuis le début de l’année 2026, avec un taux de létalité dépassant **60 %** dans certaines zones.

Les acteurs humanitaires sur place pointent du doigt le **manque de coordination** entre les différents niveaux de réponse, qu’ils soient nationaux ou internationaux. Les retards dans la mise à disposition de fonds d’urgence, la lenteur des approvisionnements en équipements de protection et en médicaments, ainsi que les difficultés d’accès aux zones reculées, exacerbent la crise. Le Dr Godeschalk a rappelé que « sans une amélioration immédiate des transports sanitaires, des vies continueront à être perdues inutilement », insistant sur la nécessité d’une mobilisation accrue des bailleurs de fonds et des autorités congolaises.

Les défis logistiques, un frein majeur à la lutte contre Ebola

Les obstacles logistiques ne se limitent pas aux transports de patients. La chaîne du froid pour les vaccins, la gestion des déchets biomédicaux ou encore l’évacuation des personnels soignants exposés au virus sont autant de maillons faibles dans la réponse à l’épidémie. À Bunia, épicentre de la crise, les équipes médicales doivent souvent improviser des solutions, comme l’utilisation de motos ou de véhicules tout-terrain pour acheminer des prélèvements ou des médicaments vers les centres de traitement.

Un rapport récent de Médecins Sans Frontières (MSF) met en lumière les **retards de diagnostic** causés par ces dysfonctionnements. Dans certains cas, les résultats de tests PCR mettent jusqu’à **72 heures** à être obtenus, faute de moyens de transport fiables pour acheminer les échantillons vers les laboratoires. Ces délais prolongent la période pendant laquelle les patients restent contagieux sans être isolés, favorisant la propagation du virus. « Chaque heure compte quand on parle d’Ebola », a martelé le Dr Godeschalk, soulignant que la rapidité d’intervention est cruciale pour briser les chaînes de transmission.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’efficacité des mesures mises en place. Une mission conjointe du ministère de la Santé congolais et de l’OMS est attendue en Ituri d’ici la fin du mois de juin 2026 pour réévaluer la situation et ajuster la stratégie de réponse. Parallèlement, les organisations humanitaires appellent à un **déboursement accéléré des fonds promis** lors de la dernière conférence internationale sur Ebola, tenue en mars 2026 à Kinshasa. Une réunion des donateurs est prévue pour le **15 juillet 2026**, où la question des transports sanitaires devrait figurer en bonne place à l’ordre du jour.

Pour le Dr Mark Godeschalk, la priorité reste claire : « Sans une logistique à la hauteur des enjeux, cette épidémie ne sera pas maîtrisée ». Son appel résonne comme un avertissement, alors que la RDC reste l’un des pays les plus touchés par Ebola dans le monde, avec un bilan humain déjà lourd et des ressources limitées pour y faire face.