Selon BFM Business, l’économie française pourrait entrer en récession dès le deuxième trimestre 2026. Le président du Medef, Patrick Martin, a confirmé mardi ces craintes, évoquant des « facteurs exogènes » liés notamment aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Ces déclarations interviennent alors que l’Insee avait révélé fin mai un recul du produit intérieur brut (PIB) de 0,1 % au premier trimestre par rapport au dernier trimestre 2025, après une croissance initialement annoncée comme nulle.

Ce qu'il faut retenir

  • Le PIB français a reculé de 0,1 % au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent, selon l’Insee.
  • Le Medef craint une récession au deuxième trimestre, principalement en raison de facteurs exogènes comme la crise au Moyen-Orient.
  • Patrick Martin a mis en garde contre des conséquences sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat en cas de mesures budgétaires restrictives.
  • Le gouvernement a gelé le barème des allègements de cotisations patronales pour réaliser 2 milliards d’euros d’économies.
  • Le B7, présidé cette année par le Medef, se réunira la semaine prochaine à Paris avant le sommet du G7 du 15 au 17 juin à Evian-les-Bains.

Un premier trimestre déjà en retrait

L’Institut national de la statistique et des études économiques avait initialement annoncé une croissance nulle pour les trois premiers mois de 2026. Mais une révision des données a finalement révélé un recul de 0,1 % du PIB par rapport au quatrième trimestre 2025. Cette baisse s’inscrit dans un contexte de hausse de l’inflation et de repli de la consommation, deux indicateurs qui alimentent les craintes d’une récession technique. Selon la définition courante, une récession est caractérisée par deux trimestres consécutifs de contraction économique.

Ces chiffres ont été rendus publics fin mai, alors que les prévisions pour l’année 2026 restent prudentes. Les économistes s’interrogent désormais sur la capacité de la France à éviter un scénario plus sombre, d’autant que d’autres économies européennes affichent des signaux similaires.

Les craintes du Medef : entre géopolitique et choix gouvernementaux

Interrogé lors d’une conférence de presse organisée en amont d’une réunion du B7 — une instance regroupant les organisations patronales des pays du G7 —, Patrick Martin a clairement indiqué : « Oui, on craint effectivement une récession » au deuxième trimestre. Selon lui, ces inquiétudes sont « principalement liées à des facteurs exogènes », en particulier « la crise moyen-orientale dont on se garde de considérer qu’elle va se régler rapidement ».

Le patron du Medef a également évoqué des « facteurs endogènes », en référence aux mesures budgétaires prises par le gouvernement. Parmi elles, le gel du barème des allègements de cotisations patronales, une décision censée permettre des économies de 2 milliards d’euros. « Peut-être que c’est incontournable à court terme » au regard des contraintes budgétaires, a-t-il concédé, avant de souligner les risques à moyen terme sur la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat.

« Il y a des effets négatifs sur la croissance, l’emploi, le pouvoir d’achat dans la durée » — Patrick Martin, président du Medef

Un contexte international tendu

La rencontre du B7, prévue la semaine prochaine à Paris, s’inscrit dans un calendrier international chargé. L’instance, qui représente les voix des entreprises auprès des dirigeants du G7, doit notamment partager des propositions avant le sommet des chefs d’État et de gouvernement, qui se tiendra du 15 au 17 juin à Evian-les-Bains. Les tensions géopolitiques, en particulier au Moyen-Orient, pèsent lourdement sur les perspectives économiques mondiales, avec des répercussions directes sur les chaînes d’approvisionnement et les prix de l’énergie.

Pour le Medef, la situation est d’autant plus préoccupante que les entreprises françaises doivent déjà composer avec une inflation persistante et un ralentissement de la demande intérieure. Les craintes d’un cercle vicieux — où la baisse de la consommation aggrave la récession, elle-même alimentée par le chômage et la baisse du pouvoir d’achat — ne sont plus taboues dans les cercles économiques.

Les leviers budgétaires sous tension

Le gouvernement, confronté à un déficit public élevé et à une dette qui dépasse les 110 % du PIB, a choisi de serrer la vis sur certaines dépenses. La suspension du barème des allègements de cotisations patronales en est l’une des mesures phares, mais elle n’est pas sans conséquence. Patrick Martin a reconnu son caractère « peut-être incontournable à court terme », tout en rappelant que cette décision pourrait, à terme, peser sur l’attractivité des entreprises et leur capacité à investir.

Les économistes s’interrogent sur la pertinence de cette stratégie. Si elle permet de dégager des marges de manœuvre budgétaires, elle risque aussi de renforcer le ralentissement économique, surtout si elle s’accompagne d’une baisse des investissements publics dans des secteurs clés comme la transition écologique ou les infrastructures.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront décisives pour confirmer ou infirmer les craintes de récession. Les premières estimations du PIB pour le deuxième trimestre 2026, attendues d’ici fin juillet, pourraient apporter des éclairages plus précis. Dans l’intervalle, la réunion du B7 à Paris et le sommet du G7 à Evian-les-Bains offriront une plateforme pour discuter des solutions à apporter, notamment en matière de coopération internationale face aux chocs exogènes. Reste à savoir si les mesures budgétaires annoncées suffiront à éviter un scénario plus sombre, ou si elles aggraveront au contraire la situation.

Cette période de forte incertitude économique intervient alors que le gouvernement prépare également le projet de loi de finances pour 2027. Les arbitrages à venir, notamment sur la fiscalité des entreprises et le pouvoir d’achat, seront scrutés de près par les acteurs économiques et les ménages.

Une récession technique désigne une période de deux trimestres consécutifs de contraction du PIB. Elle se distingue d’une récession plus large par son caractère mesurable, mais pas nécessairement par sa durée ou son ampleur. En France, comme dans la plupart des économies avancées, cette définition est retenue par les institutions statistiques pour évaluer l’état de santé de l’économie.

Les facteurs exogènes désignent des éléments extérieurs à l’économie française, sur lesquels le pays n’a que peu ou pas de contrôle. Dans le cas présent, le Medef cite principalement la crise au Moyen-Orient, qui affecte les prix de l’énergie et perturbe les échanges commerciaux. D’autres facteurs, comme les tensions commerciales internationales ou les crises sanitaires, pourraient aussi être pris en compte.