Selon Franceinfo - Santé, l'examen d'une proposition de loi visant à réduire l'exposition des Français au cadmium, un métal lourd toxique, s'ouvre à l'Assemblée nationale dans les prochains jours. Le syndicat agricole majoritaire, la FNSEA, insiste sur la nécessité d'une transition maîtrisée pour limiter les distorsions de concurrence entre producteurs européens. Cette initiative intervient alors que près de la moitié de la population française présente des niveaux d'exposition supérieurs aux valeurs sanitaires de référence.
Ce qu'il faut retenir
- La proposition de loi propose de réduire la teneur maximale en cadmium dans les engrais de 90 mg/kg à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg en 2030.
- La FNSEA suggère une première étape à 60 mg/kg, alignée sur le niveau européen, pour éviter des désavantages concurrentiels.
- L'alimentation est responsable à 98 % de l'imprégnation au cadmium en France, principalement à cause des engrais contaminés.
- La France importe la quasi-totalité de ses engrais phosphatés, souvent fortement chargés en cadmium, notamment en provenance du Maroc.
- 47 % des Français dépassent les seuils sanitaires d'exposition au cadmium, trois à quatre fois plus que leurs voisins européens.
Une proposition de loi ambitieuse, mais des défis d'application
La proposition de loi en discussion à l'Assemblée nationale prévoit un abaissement progressif des seuils de cadmium dans les engrais, passant de 90 mg/kg aujourd'hui à 40 mg/kg dès 2027, puis à 20 mg/kg en 2030. Ces objectifs s'inscrivent dans une volonté de réduire l'exposition d'une population où 47 % des individus dépassent les valeurs sanitaires de référence, selon les données disponibles. « La santé doit être prioritaire sur toutes les mesures qui seront prises », a déclaré Yohann Barbe, éleveur et vice-président de la FNSEA, lors d'un entretien accordé à Franceinfo - Santé.
Pour le syndicat agricole, une approche trop brutale pourrait pénaliser la compétitivité des agriculteurs français. Yohann Barbe a ainsi plaidé pour un premier seuil fixé à 60 mg/kg, correspondant au niveau européen, afin de « ne pas avoir de distorsion de concurrence avec nos collègues européens ». Une position qui reflète les tensions entre santé publique et réalités économiques, d'autant que la France importe l'essentiel de ses engrais phosphatés, souvent contaminés par le cadmium.
Les importations d'engrais, un casse-tête pour la France
La quasi-totalité des engrais phosphatés utilisés en France provient de l'étranger, notamment du Maroc, où les gisements contiennent naturellement des taux élevés de cadmium. « Le basculement ne se fera pas en quelques mois, car la France importe la quasi-totalité de ses engrais phosphatés », a souligné Yohann Barbe. Cette dépendance pose un défi majeur : comment concilier des normes strictes avec des approvisionnements extérieurs peu contrôlables ? Les pays européens moins exposés, comme l'Allemagne ou les Pays-Bas, s'approvisionnent davantage en Russie, mais les conflits géopolitiques actuels compliquent ces échanges.
Face à ce constat, la FNSEA plaide pour le développement de capacités de production européennes d'engrais phosphatés, tout en demandant des « normes clémentes le temps de construire des usines ». « Il faut abaisser rapidement les seuils pour qu'ils soient au niveau européen », a insisté le vice-président du syndicat. Une position qui met en lumière les limites d'une réglementation strictement nationale dans un marché globalisé.
Des expositions trois à quatre fois supérieures à la moyenne européenne
Le cadmium, classé comme cancérogène par les autorités sanitaires, est toxique pour le foie et le système reproducteur en cas d'exposition prolongée. Selon les dernières données, les Français sont trois à quatre fois plus exposés que leurs voisins européens. Cette surexposition s'explique principalement par la contamination des sols et des cultures, elle-même liée à l'usage d'engrais riches en cadmium. Les régions céréalières et les zones de production maraîchère sont particulièrement concernées.
Les scientifiques et les pouvoirs publics s'accordent sur la nécessité de réduire ces niveaux d'exposition, mais les moyens à mettre en œuvre divisent. Certains députés du bloc central soutiennent les objectifs de la proposition de loi, tout en proposant des délais supplémentaires pour permettre aux agriculteurs de s'adapter. En revanche, Les Républicains et le Rassemblement national ont rejeté le texte en commission, invoquant des risques pour la compétitivité de l'agriculture française.
Reste à voir si cette proposition de loi, si elle est adoptée, suffira à inverser la tendance d'une exposition au cadmium qui touche près d'un Français sur deux. Une chose est certaine : le cadmium, métal lourd persistant dans l'environnement, continuera de faire l'objet d'une surveillance accrue de la part des autorités sanitaires et des associations de consommateurs.
Plusieurs pistes sont explorées, comme le recyclage des nutriments à partir des boues de stations d'épuration ou des déchets organiques, ainsi que le développement de procédés de production d'engrais moins polluants en Europe. Cependant, ces solutions nécessitent des investissements massifs et plusieurs années avant d'être opérationnelles.