Selon Euronews FR, limiter la consommation de sucre pendant la grossesse et les deux premières années de l’enfant réduirait significativement le risque de démence plusieurs décennies plus tard. Cette conclusion s’appuie sur une étude récente menée par des chercheurs de l’Université des sciences et technologies de Hong Kong à Guangzhou, dirigée par Jiazhen Zheng.
Ce qu'il faut retenir
- Une réduction du sucre pendant la grossesse et jusqu’à 2 ans diminue de 21 à 23 % le risque de démence à long terme.
- Les personnes exposées à un faible apport en sucre durant cette période sont diagnostiquées en moyenne 2,6 ans plus tard si une démence se déclare.
- L’étude a analysé les données de près de 65 000 personnes, nées avant et après la Seconde Guerre mondiale.
- Le rationnement du sucre au Royaume-Uni a permis d’étudier son impact sur la santé cérébrale des décennies plus tard.
Une étude historique basée sur le rationnement du sucre
Pour évaluer l’impact d’une réduction précoce du sucre, les chercheurs ont exploité une période clé de l’histoire britannique : le rationnement mis en place pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Comme le rapporte Euronews FR, ce dispositif a duré jusqu’en 1953, réduisant drastiquement la consommation de sucre dans le pays. Une fois les restrictions levées, la consommation quotidienne moyenne est passée d’environ 41 grammes à 80 grammes, soit une quasi-doublement.
Les scientifiques ont alors distingué trois groupes parmi les participants : ceux exposés au rationnement avant la naissance et durant leur première année de vie, ceux exposés avant la naissance et jusqu’à l’âge de deux ans, et ceux nés après la fin du rationnement. L’objectif ? Comparer leur risque de démence plusieurs décennies plus tard.
Des résultats convergents sur la santé cérébrale
Les données recueillies ont révélé que les personnes ayant bénéficié d’un apport réduit en sucre pendant leurs 1 000 premiers jours présentaient des profils de santé cérébrale plus favorables. Selon les chercheurs, leur risque de démence était réduit de 21 % pour le premier groupe et de 23 % pour le second, par rapport à ceux nés après le rationnement. « La restriction du sucre au cours des 1 000 premiers jours est associée à un risque de démence plus faible, à un début plus tardif de la maladie et à des indicateurs de santé cérébrale améliorés », précisent-ils dans leur publication.
Parmi les participants ayant développé une démence, ceux ayant été exposés à des niveaux de sucre plus bas pendant leur petite enfance ont été diagnostiqués en moyenne 2,6 ans plus tard que les autres. Une différence significative qui suggère que la nutrition précoce pourrait jouer un rôle clé dans la prévention des maladies neurodégénératives.
Un appel à une alimentation plus vigilante dès la grossesse
« Limiter le sucre aux tout premiers stades de la vie pourrait avoir des effets durables sur la santé du cerveau », a déclaré Jiazhen Zheng à Euronews FR. « Ces résultats soulignent l’importance potentielle de la nutrition au début de la vie pour réduire le risque de démence des décennies plus tard. » Elle ajoute que cette étude plaide pour une réduction des sucres ajoutés dès la grossesse et la petite enfance, une mesure que les familles et les communautés pourraient adopter.
Cependant, Zheng a tenu à nuancer ses propos : « Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour comprendre comment l’exposition au sucre au début de la vie influence précisément le risque de démence. » Une précision importante qui rappelle que cette étude, bien que prometteuse, ne constitue pas une réponse définitive.
Sur le plan individuel, cette étude invite à une prise de conscience : l’alimentation des tout-petits et des femmes enceintes pourrait être un levier sous-estimé pour préserver la santé cognitive à long terme. Une perspective qui dépasse le cadre strict de la démence, mais qui pourrait inspirer des recommandations plus larges en matière de nutrition préventive.
L’étude porte sur les sucres ajoutés, c’est-à-dire ceux incorporés dans les aliments lors de leur transformation ou de leur préparation (saccharose, sirop de glucose-fructose, etc.), et non sur les sucres naturellement présents dans les fruits ou les produits laitiers.