Deux ans avant la présidentielle de 2027, la question de l’immigration s’invite déjà dans le débat politique. Selon BFM – Politique, Jordan Bardella, président du Rassemblement National (RN), a réitéré son intention d’organiser un référendum sur ce thème en cas de victoire de son parti. Une proposition immédiatement qualifiée de « coup de force sur le fond et sur la forme anticonstitutionnelle » par Alexis Corbière, député écologiste et social du groupe La France Insoumise (LFI).

Ce qu'il faut retenir

  • Deux tiers des Français se disent « intéressés » par la campagne présidentielle à huit mois du scrutin, selon un sondage Elabe pour BFMTV et La Tribune Dimanche.
  • Jordan Bardella, président du RN, a annoncé vouloir organiser un référendum sur l’immigration en cas de victoire en 2027.
  • Alexis Corbière (LFI) dénonce une initiative « anticonstitutionnelle » et un « coup de force ».
  • Le RN propose également de supprimer 120 taxes et impôts en cas de victoire, selon les déclarations de Jordan Bardella.
  • Le parti d’extrême droite exclut « aucune banque française » pour financer sa campagne présidentielle.
  • Sur le plan budgétaire, Jordan Bardella a critiqué la gestion du gouvernement, évoquant un « plan de soutien à l’agriculture » annuel sans effet durable.

Un référendum proposé par le RN, contesté par LFI

Jordan Bardella a confirmé à plusieurs reprises, lors d’interventions sur BFMTV, son intention de soumettre à référendum la question de l’immigration en cas de victoire du RN en 2027. Une initiative présentée comme un moyen de « donner la parole directe au peuple ». Pourtant, cette proposition a suscité de vives réactions, notamment de la part d’Alexis Corbière. Pour le député LFI, il s’agit ni plus ni moins d’un « coup de force sur le fond et sur la forme anticonstitutionnelle ». Selon lui, une telle consultation ne pourrait être organisée sans une modification préalable de la Constitution, ce qui impliquerait une procédure longue et complexe, peu compatible avec l’urgence que Bardella entend donner à la mesure.

Le RN, qui mise sur l’immigration comme thème central de sa campagne, entend ainsi contourner le Parlement, où son parti ne dispose pas de majorité absolue. Une stratégie qui rappelle celle employée en 2005 pour le traité constitutionnel européen, mais qui soulève des questions juridiques et politiques majeures.

Des propositions économiques ambitieuses, mais un financement incertain

Au-delà de l’immigration, le RN a détaillé d’autres mesures phares en cas de victoire. Jordan Bardella a notamment évoqué la suppression de 120 taxes et impôts, une annonce qui s’inscrit dans une logique de réduction de la pression fiscale, pilier de son programme économique. Pourtant, cette ambition se heurte à un obstacle de taille : le financement de la campagne présidentielle. Selon Bardella, « aucune banque française » ne serait disposée à financer une campagne du RN, une affirmation qui interroge sur la faisabilité de ses projets.

Cette difficulté n’est pas nouvelle pour les partis d’extrême droite, souvent confrontés à des réticences des établissements financiers traditionnels. Pour contourner ce problème, le RN pourrait s’appuyer sur des financements étrangers ou des plateformes de crowdfunding, mais ces solutions comportent des risques juridiques et médiatiques.

Critiques sur la gestion budgétaire et les plans sectoriels

Jordan Bardella n’a pas manqué de critiquer la gestion du gouvernement, notamment sur le dossier agricole. Chaque année, rappelle-t-il, l’exécutif annonce un « plan de soutien à l’agriculture » censé résoudre les difficultés du monde rural. Pourtant, « le malaise persiste », souligne-t-il, dénonçant une politique de « pansements » sans effet structurel. Un constat partagé par de nombreux acteurs du secteur, qui réclament des mesures plus profondes.

Sur le plan budgétaire, Bardella a également pointé du doigt la gestion des finances publiques. « Le gouvernement est toujours en train d’expliquer que ce n’est pas de sa faute », a-t-il ironisé, rappelant que le déficit public reste élevé et que les prévisions de croissance peinent à se concrétiser. Une critique qui s’inscrit dans une logique d’opposition frontale, alors que le RN mise sur une alternance radicale en 2027.

L’union des droites en question

Interrogé sur les alliances politiques, Jordan Bardella a déclaré qu’il « tend la main aux électeurs LR » pour la présidentielle de 2027. Une ouverture qui pourrait faciliter une union des droites, mais qui reste conditionnée par la stratégie du parti Les Républicains (LR). Florence Portelli, vice-présidente de LR, a d’ailleurs qualifié certains propos de Bardella de « stupides et puérils », illustrant les tensions persistantes entre les deux formations.

Pourtant, une alliance entre le RN et LR pourrait changer la donne électorale, surtout si le parti présidentiel – divisé et affaibli – ne parvient pas à se rassembler. Une telle union dépendrait cependant de concessions mutuelles, notamment sur les questions sociétales et économiques, où les divergences restent fortes.

Et maintenant ?

D’ici à 2027, plusieurs échéances pourraient préciser les intentions du RN et des autres partis. Les prochaines élections intermédiaires, comme les municipales de 2026, pourraient donner un premier indicateur de l’état de l’opinion publique. Par ailleurs, la question du financement des campagnes restera un sujet épineux, susceptible de freiner ou d’accélérer les ambitions du Rassemblement National. Reste à voir si les autres formations politiques parviendront à proposer une alternative crédible à la stratégie référendaire du RN.

La campagne pour 2027 s’annonce donc comme un duel idéologique, où l’immigration, l’économie et la démocratie directe seront au cœur des débats. Une chose est sûre : le référendum proposé par Bardella ne manquera pas de relancer les discussions sur la Constitution et les limites du pouvoir exécutif.