Une étude récente menée par des chercheurs de l’université du Wisconsin-Madison, aux États-Unis, remet en cause l’idée selon laquelle une alimentation riche en protéines serait systématiquement bénéfique pour la santé. Selon Euronews FR, une méta-analyse de plus de 300 études suggère qu’une réduction modérée de l’apport protéique pourrait diminuer les risques de maladies liées à l’âge, comme le diabète ou certains cancers.
Ce qu'il faut retenir
- Une réduction de l’apport protéique pourrait améliorer le métabolisme, réduire la masse grasse et stabiliser la glycémie, même en cas de consommation calorique totale équivalente.
- Ce mécanisme est notamment lié à l’hormone FGF21, dont le taux augmente lorsque les apports en protéines diminuent, favorisant une meilleure utilisation de l’énergie.
- Le processus d’autophagie — « nettoyage » cellulaire — est stimulé par un régime pauvre en protéines, contribuant à maintenir des cellules plus jeunes.
- Les recommandations officielles de l’EFSA et de l’OMS fixent un apport de référence à 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel par jour, avec une marge pouvant aller jusqu’à 1,66 g/jour jugée sûre.
- Cette approche ne convient pas à tous : les femmes enceintes, les enfants en croissance, les personnes âgées et les convalescents doivent éviter de restreindre leurs apports.
- Les auteurs insistent sur la nécessité de personnaliser les recommandations en fonction de l’âge et du niveau d’activité physique.
Une tendance bien-être en question
Depuis le début des années 2020, le « proteinmaxxing » — une pratique consistant à consommer des quantités élevées de protéines via des poudres, barres ou autres compléments — s’est imposé comme un pilier des régimes « healthy ». Pourtant, cette approche pourrait être contre-productive à long terme, selon les conclusions de l’étude publiée par l’équipe de Dudley Lamming. Euronews FR rappelle que, dans un contexte où la population mondiale vieillit, identifier des leviers pour un vieillissement en bonne santé devient une priorité.
Les données analysées par les chercheurs montrent qu’une alimentation moins riche en protéines permet de réduire les tissus adipeux tout en augmentant la dépense énergétique. Autant dire que, pour une grande partie de la population sédentaire, ces résultats remettent en cause les croyances actuelles sur l’apport optimal en protéines. Les études menées sur des humains et des animaux confirment ces bénéfices, y compris lorsque l’apport calorique total reste inchangé.
Un mécanisme biologique prometteur
Les mécanismes à l’œuvre dans cette réduction des risques sont désormais mieux compris. Lorsque l’apport en protéines diminue, l’organisme active la production de la FGF21, une hormone dite « protectrice ». Son rôle ? Faciliter l’utilisation des réserves énergétiques et améliorer le métabolisme des graisses. Mais ce n’est pas tout : les chercheurs ont également observé une stimulation de l’autophagie, un processus cellulaire de « nettoyage » qui élimine les protéines dégradées et les composants endommagés. Ce phénomène contribue à ralentir le vieillissement des cellules et à réduire les risques de maladies chroniques.
Dudley Lamming, principal auteur de l’étude, résume ainsi la situation : « Il est évident que les protéines sont essentielles pour la croissance musculaire et la récupération après un effort physique. Mais pour la majorité des personnes qui mènent une vie sédentaire, un excès de protéines peut avoir des effets néfastes sur la santé à long terme. » Selon lui, la clé réside dans l’adéquation entre les apports et les besoins réels de l’organisme.
Des recommandations officielles à affiner
Les institutions sanitaires comme l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’appuient sur un apport de référence fixé à 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour. Les deux organismes estiment qu’un apport allant jusqu’à 1,66 g/jour reste considéré comme sûr, bien que les effets d’une consommation très élevée de protéines restent encore débattus. L’EFSA précise par ailleurs qu’aucune donnée suffisante ne permet de définir des besoins spécifiques pour les personnes âgées, recommandant simplement de maintenir un apport au moins équivalent à celui des adultes plus jeunes.
Dudley Lamming nuance ces recommandations : « Les conseils récents ont encouragé une augmentation de la consommation de protéines, mais aussi une hausse de l’activité physique. Pourtant, ces deux messages ne sont pas toujours adaptés à chaque individu. Nous devons probablement affiner nos recommandations en fonction non seulement de l’âge, mais aussi du niveau d’activité physique et de l’état de santé général. » Pour lui, l’avenir passe par une approche personnalisée, où chaque régime serait adapté aux besoins spécifiques d’une personne.
Qui doit éviter de réduire ses apports ?
Si les bénéfices d’un régime pauvre en protéines semblent avérés pour une partie de la population, les auteurs de l’étude insistent sur les exceptions. Les femmes enceintes, les enfants en phase de croissance, les personnes âgées fragilisées et les convalescents après une blessure grave doivent absolument éviter de restreindre leurs apports en protéines. Ces groupes ont des besoins accrus pour soutenir le développement, la réparation des tissus ou le maintien de la masse musculaire.
Pour les autres, la prudence reste de mise. Les chercheurs appellent à une approche progressive et encadrée. « Réduire ses apports en protéines ne signifie pas supprimer toute source de protéines », précise Lamming. « L’objectif est de trouver un équilibre, en évitant les excès tout en couvrant les besoins essentiels. »
En conclusion, cette étude ouvre une piste intéressante pour repenser notre rapport aux protéines. Si le « proteinmaxxing » reste populaire dans le monde du fitness, la science semble désormais pencher en faveur d’une approche plus mesurée. Reste à savoir si les recommandations officielles évolueront pour intégrer ces nouvelles données — et si le grand public sera prêt à adapter ses habitudes.
Selon l’EFSA et l’OMS, l’apport de référence est fixé à 0,83 g de protéines par kilo de poids corporel et par jour. Par exemple, une personne de 70 kg devrait consommer environ 58 g de protéines quotidiennes. Un apport allant jusqu’à 1,66 g/jour est considéré comme sûr, mais les besoins varient selon l’âge, l’activité physique et l’état de santé.
Il ne s’agit pas de supprimer les protéines, mais de les équilibrer. On peut privilégier les sources végétales comme les légumineuses (lentilles, pois chiches), les céréales complètes ou les noix, tout en limitant les excès de viande, produits laitiers ou compléments protéinés. L’objectif est d’atteindre un apport modéré sans carences.