« C’est complètement dingue d’avoir des voitures de 2,5 ou 2,7 tonnes tous les jours dans les rues. » François Provost, patron de Renault, a exprimé sans détour, lors d’un congrès organisé par Automotive News Europe le 10 juin 2026, son scepticisme face à l’embonpoint des véhicules 100 % électriques, notamment sur les segments haut de gamme. Selon Numerama, cette prise de position reflète une stratégie alternative pour la transition énergétique en Europe, où l’hybride et l’électrique à prolongateur d’autonomie (EREV) prennent le pas sur le tout-électrique pur.
Ce qu'il faut retenir
- Renault vise 100 % de ventes électrifiées d’ici 2030, avec une répartition 50/50 entre hybrides et 100 % électriques.
- Les EREV (électriques à prolongateur d’autonomie) sont présentés comme une solution pour éviter des batteries trop lourdes, notamment sur les modèles comme le Scenic et le Rafale, dès 2028.
- Ford Europe adopte une approche similaire, avec cinq nouveaux modèles « multiénergies » prévus entre 2028 et 2029, dont une version européenne du SUV Bronco.
- Les deux constructeurs, liés par un partenariat, pourraient étendre la technologie EREV à des modèles communs, comme une citadine et un petit SUV basés sur les plateformes des Renault R5 et R4.
Tous les acteurs automobiles ne partagent pas la même vision de l’électrification. Si certains constructeurs européens accélèrent vers le 100 % électrique, d’autres, comme Renault et Ford, privilégient une transition progressive. Selon Numerama, cette divergence s’explique par les contraintes techniques et économiques liées au poids des batteries.
Chez Renault, la feuille de route tracée par François Provost pour 2030 repose sur un équilibre entre motorisations thermiques, hybrides et électriques. « Nous visons des ventes 100 % électrifiées, mais pas forcément 100 % électrique », a-t-il précisé. Le constructeur mise ainsi sur des technologies hybrides, dont les EREV, pour répondre aux attentes des clients tout en limitant l’impact environnemental.
« C’est complètement dingue d’avoir des voitures de 2,5 ou 2,7 tonnes tous les jours dans les rues. »
— François Provost, patron de Renault
Pour éviter les batteries surdimensionnées, souvent nécessaires pour offrir une autonomie suffisante sur les longs trajets, Renault mise sur l’EREV. Cette technologie, qui combine un moteur électrique avec un prolongateur d’autonomie thermique, permet de réduire la taille des batteries embarquées. D’ici 2028, le Scenic et le Rafale devraient bénéficier de cette motorisation, offrant ainsi une solution intermédiaire avant un passage éventuel au 100 % électrique.
Ford Europe adopte une stratégie « multiénergies » pour l’Europe
Côté Ford, la stratégie européenne s’articule autour d’une diversification des motorisations. Jim Baumbick, patron de Ford Europe, a confirmé lors du même congrès que l’électrique ne représentait qu’une partie de l’offre. « Les voitures électriques font bien sûr partie de notre gamme, mais l’éventail plus large des solutions d’électrification, qui comprend les hybrides classiques, les hybrides rechargeables et les véhicules électriques à prolongateur d’autonomie (EREV), jouera un rôle très important », a-t-il expliqué.
Ford a annoncé le lancement de cinq nouveaux modèles « multiénergies » en Europe d’ici 2029. Parmi eux, une version spécifique à l’Europe du SUV Bronco est prévue pour 2028, suivie de deux crossovers en 2029. Tous ces véhicules intégreront des motorisations hybrides ou EREV, reflétant une approche pragmatique pour répondre aux besoins variés des clients.
Le constructeur américain et Renault entretiennent depuis plusieurs années un partenariat stratégique. Les deux marques pourraient ainsi collaborer sur des modèles communs, notamment une citadine et un petit SUV basés sur les plateformes des Renault R5 et R4. Cette coopération pourrait s’étendre à la technologie EREV, offrant ainsi une solution commune pour limiter le poids des véhicules électriques.
Une transition en deux étapes pour les consommateurs
Jim Baumbick a souligné que le passage au 100 % électrique ne se ferait pas du jour au lendemain pour tous. « Avant de basculer vers le 100 % électrique, une majorité de la population a peut-être besoin de deux étapes », a-t-il indiqué. Cette affirmation rejoint la position de Renault, qui mise sur une transition progressive pour s’adapter aux réalités du marché et aux contraintes technologiques.
Les constructeurs reconnaissent que les véhicules 100 % électriques, en raison de la taille et du poids de leurs batteries, posent des défis en termes d’efficacité énergétique et d’usure des infrastructures routières. Les EREV, en permettant de réduire la taille des batteries, offrent une alternative crédible pour les modèles les plus lourds, comme les SUV ou les berlines haut de gamme.
Cette stratégie soulève cependant des questions sur l’impact environnemental à long terme. Si les EREV réduisent le poids des véhicules, ils maintiennent une dépendance aux énergies fossiles via leur prolongateur d’autonomie. Renault et Ford n’ont pas détaillé comment ils comptaient compenser cet aspect dans leur bilan carbone global.
Une chose est certaine : la bataille des technologies ne fait que commencer. Entre le tout-électrique, l’hybride et les solutions intermédiaires, les constructeurs doivent naviguer entre exigences environnementales, attentes des clients et réalités industrielles. Pour Renault et Ford, l’enjeu sera de démontrer que leurs choix technologiques répondent aux défis du présent sans hypothéquer l’avenir.
Une EREV est un véhicule électrique équipé d’un petit moteur thermique (généralement un prolongateur d’autonomie) qui se déclenche une fois la batterie vide. Ce système permet de réduire la taille de la batterie embarquée tout en offrant une autonomie similaire à celle d’un véhicule thermique, le tout avec une consommation réduite en usage quotidien.