Des hauts responsables militaires des États-Unis et de Cuba se sont retrouvés vendredi près de la base navale américaine de Guantanamo, à l’extrême sud-est de l’île caraïbe. Selon le Figaro, le général américain Francis Donovan, représentant le commandement sud (Southcom), a rencontré son homologue cubain, le général Roberto Legra Sotolongo, pour un « bref échange sur des questions de sécurité opérationnelle ».

Cette rencontre, confirmée par un communiqué officiel du Southcom accompagné d’une photo des deux officiers, intervient alors que les tensions entre Washington et La Havane n’ont cessé de s’aggraver depuis le début de l’année. Les échanges, bien que limités à une dimension militaire, surviennent dans un contexte où les scénarios de confrontation entre les deux pays prennent une tournure de plus en plus concrète.

Ce qu'il faut retenir

  • Un échange direct entre le général Francis Donovan (États-Unis) et le général Roberto Legra Sotolongo (Cuba) a eu lieu vendredi près de la base navale de Guantanamo, selon le Southcom.
  • Les deux généraux ont discuté de « questions de sécurité opérationnelle », sans préciser davantage le contenu des échanges.
  • Cuba a récemment évoqué des scénarios d’utilisation de drones militaires contre la base américaine de Guantanamo, voire contre le territoire des États-Unis, rapportent plusieurs médias américains.
  • Les relations entre Washington et La Havane se sont fortement dégradées depuis janvier, après l’imposition par les États-Unis d’un blocus pétrolier de facto et l’adoption de nouvelles sanctions contre des entreprises et dirigeants cubains.
  • Donald Trump a qualifié l’île, située à seulement 150 km des côtes de Floride, de « menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine, menaçant à plusieurs reprises de « reprendre le contrôle » de Cuba.
  • Malgré ces tensions, les deux pays maintiennent des contacts diplomatiques réguliers, comme en témoignent les visites du directeur de la CIA John Ratcliffe à La Havane mi-mai et une réunion de haut niveau le 10 avril dans la capitale cubaine.

Des scénarios de confrontation de plus en plus évoqués

Selon plusieurs médias américains cités par le Figaro, Cuba aurait récemment étudié des scénarios impliquant l’utilisation de drones militaires à des fins offensives. Ces projets viseraient non seulement la base navale de Guantanamo — louée par les États-Unis à Cuba depuis 1903 —, mais également le territoire continental américain. Ces révélations surviennent alors que le président américain Donald Trump multiplie les déclarations belliqueuses à l’encontre de l’île, la présentant comme une « menace extraordinaire » pour la sécurité nationale.

Dans une allocution récente, Trump a réitéré sa volonté de « reprendre le contrôle » de Cuba, une formule qui rappelle les discours de la guerre froide. Pour l’administration américaine, La Havane représenterait un risque stratégique majeur, notamment en raison de ses liens présumés avec Moscou, Pékin et Caracas. Les États-Unis accusent régulièrement Cuba de soutenir des régimes hostiles en Amérique latine et de faciliter le transit d’armes vers d’autres pays de la région.

Une escalade des sanctions et des tensions depuis le début de l’année

Les relations entre les deux pays se sont fortement détériorées depuis janvier 2026. Washington a imposé un blocus pétrolier de facto contre Cuba, limitant drastiquement les importations de carburant vers l’île, déjà en proie à une crise économique aiguë. Parallèlement, les États-Unis ont édicté de nouvelles sanctions ciblant des entreprises et des dirigeants cubains, accusés de violations des droits de l’homme ou de soutien au terrorisme.

Parmi les mesures les plus symboliques figure l’inculpation de l’ancien président cubain Raúl Castro dans une affaire remontant à 1996. Cette décision, prise en avril, a été interprétée à La Havane comme une provocation directe. Pourtant, malgré ce climat délétère, les deux gouvernements affirment maintenir des canaux diplomatiques ouverts.

Des contacts diplomatiques maintenus malgré les tensions

Contrairement à ce que l’escalade verbale pourrait laisser penser, les États-Unis et Cuba continuent d’échanger à un niveau élevé. Mi-mai, le directeur de la CIA John Ratcliffe s’est rendu à La Havane pour rencontrer des responsables cubains, une visite qualifiée d’ « historique » par plusieurs observateurs. Cette rencontre faisait suite à une réunion de haut niveau organisée le 10 avril dans la capitale cubaine — la première du genre depuis 2016, année du rétablissement partiel des relations diplomatiques sous l’administration Obama.

Ces contacts discrets s’inscrivent dans une logique de réalisme politique : malgré les tensions, aucun des deux pays ne souhaite une rupture totale. Pour Washington, une confrontation directe avec Cuba, même limitée, risquerait d’entraîner des répercussions régionales imprévisibles, notamment au Venezuela ou au Nicaragua. De son côté, La Havane, en pleine crise économique, ne peut se permettre une rupture totale avec son voisin du Nord, principal partenaire commercial avant l’embargo.

Le cas Guantanamo : un symbole de tensions persistantes

La base navale de Guantanamo, située dans la baie du même nom à l’extrême est de Cuba, reste un sujet de contentieux majeur entre les deux pays. Occupée par les États-Unis depuis 1903 sous prétexte d’un bail perpétuel — contesté par La Havane —, cette enclave abrite aujourd’hui le camp de détention militaire américain le plus controversé au monde. Plusieurs rapports d’ONG ont dénoncé les conditions de détention des prisonniers, souvent maintenus sans procès pendant des années.

Les autorités cubaines ont à plusieurs reprises exigé la restitution de ce territoire, devenu un symbole des ingérences américaines dans la région. En 2025, le gouvernement cubain avait même envisagé de présenter un recours devant l’ONU pour violation de sa souveraineté. L’éventualité d’une utilisation de drones contre cette base, évoquée dans la presse américaine, illustre à quel point le contentieux territorial reste un sujet de friction permanent.

Et maintenant ?

Si cette rencontre militaire de vendredi reste limitée à un échange technique, elle pourrait ouvrir la voie à de nouvelles discussions de haut niveau dans les semaines à venir. Plusieurs analystes estiment que Washington et La Havane pourraient chercher à désamorcer progressivement la crise actuelle, notamment en raison des risques économiques et géopolitiques liés à une escalade. Une visite officielle d’un haut responsable américain à Cuba n’est pas exclue avant la fin de l’année, bien que rien ne soit encore confirmé.

Pour l’instant, la priorité pour les deux parties semble être le maintien d’un dialogue minimal, tout en affichant une fermeté publique à l’égard de l’autre camp. Une nouvelle réunion entre responsables militaires pourrait avoir lieu d’ici la fin juin, selon des sources proches du dossier.

Quoi qu’il en soit, la situation reste sous haute surveillance, alors que les scénarios de confrontation — qu’ils soient militaires, économiques ou diplomatiques — se multiplient de part et d’autre du détroit de Floride.

La base navale de Guantanamo, louée par les États-Unis à Cuba depuis 1903, est au cœur d’un contentieux territorial non résolu. Pour La Havane, cette occupation constitue une violation de sa souveraineté. Par ailleurs, le camp de détention militaire installé sur place, où des prisonniers sont détenus sans procès depuis des années, est régulièrement dénoncé par les organisations de défense des droits de l’homme. Enfin, l’île cubaine réclame à plusieurs reprises le retour de ce territoire, devenu un symbole des ingérences américaines en Amérique latine.