Plusieurs centres de santé et hôpitaux ont été la cible d’attaques ces derniers jours en République démocratique du Congo, signe d’une défiance croissante de la population face à la gestion de l’épidémie d’Ebola. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) alerte sur un risque d’aggravation de la situation sanitaire, alors que les rituels funéraires, point de friction récurrent, deviennent un enjeu majeur dans la lutte contre la propagation du virus.

Ce qu'il faut retenir

  • 12 centres de santé et hôpitaux visés par des attaques en moins d’un mois, selon les dernières remontées.
  • L’OMS met en garde contre une « aggravation de l’épidémie » en raison de la défiance de la population et des difficultés d’accès aux soins.
  • Les funérailles des victimes d’Ebola, souvent organisées en violation des protocoles sanitaires, sont un point de tension particulièrement sensible.
  • La région de Beni, dans le Nord-Kivu, reste l’épicentre de l’épidémie, avec plus de 1 200 cas confirmés depuis le début de l’année 2026.
  • Les équipes médicales font face à des obstacles logistiques et sécuritaires majeurs pour mener leurs interventions.

Une épidémie qui s’enlise face à la méfiance de la population

Les attaques répétées contre les infrastructures sanitaires en RDC illustrent une méfiance grandissante envers les équipes médicales et les mesures de prévention. Selon les autorités locales, plus de 30 incidents ont été recensés depuis le mois d’avril 2026, dont des agressions verbales et physiques envers le personnel soignant. « La population refuse parfois l’isolement des malades ou le suivi des contacts par crainte de stigmatisation », a expliqué un responsable provincial sous couvert d’anonymat.

Ces tensions sont exacerbées par les rites funéraires traditionnels. Les familles des victimes d’Ebola, souvent réticentes à respecter les protocoles sanitaires, organisent des cérémonies où les proches sont en contact direct avec les défunts, favorisant ainsi la transmission du virus. « C’est un cercle vicieux : plus il y a de cas, plus la défiance s’installe, et plus les comportements à risque se multiplient », a souligné un épidémiologiste de l’OMS.

L’OMS tire la sonnette d’alarme sur l’évolution de l’épidémie

Dans un communiqué publié le 20 mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a indiqué que l’épidémie d’Ebola en RDC « pourrait connaître une nouvelle vague de contaminations » si les mesures de contrôle ne sont pas renforcées. « Le nombre de cas augmente de manière alarmante dans certaines zones, et les attaques contre les centres de santé aggravent la situation », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Selon les dernières données, le taux de létalité atteint 65 % dans les zones les plus touchées, un chiffre bien supérieur à la moyenne historique.

Les équipes de terrain peinent à accéder aux villages les plus reculés en raison de l’insécurité persistante. Plusieurs ONG ont temporairement suspendu leurs activités après des menaces proférées par des groupes armés locaux. « Nous devons négocier chaque déplacement avec les autorités traditionnelles, ce qui ralentit considérablement nos interventions », a confié un membre d’une organisation humanitaire présente sur place.

Les funérailles, un défi sanitaire et social

Les cérémonies funéraires en RDC, souvent marquées par des rassemblements importants et des contacts physiques, sont un vecteur majeur de propagation du virus. Malgré les campagnes de sensibilisation, de nombreuses familles continuent de refuser les protocoles d’inhumation sécurisés. « La plupart des gens ne voient pas le lien entre leurs traditions et le risque sanitaire. Pour eux, respecter les règles signifie trahir leurs proches », a analysé un anthropologue spécialiste des maladies infectieuses.

Les autorités tentent de concilier respect des coutumes et impératifs sanitaires en proposant des alternatives, comme des cérémonies symboliques sans contact. Cependant, ces initiatives restent marginales face à l’ampleur des traditions locales. « On ne peut pas imposer des changements brutaux. Il faut travailler avec les communautés, pas contre elles », a tempéré un représentant du ministère de la Santé congolais.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour contenir l’épidémie. L’OMS a annoncé le déploiement de 500 experts supplémentaires d’ici la fin du mois de juin 2026, tandis que le gouvernement congolais doit finaliser un plan de sécurisation des zones les plus exposées. Une réunion d’urgence est prévue avec les leaders communautaires pour tenter de rétablir un climat de confiance. Reste à savoir si ces mesures suffiront à inverser la tendance, alors que les ressources et l’accès aux populations restent limités.

En attendant, les équipes médicales continuent de travailler dans un contexte toujours plus hostile. « Chaque jour, nous risquons notre vie pour sauver celle des autres. Mais sans le soutien des communautés, notre combat est voué à l’échec », a résumé une infirmière travaillant dans un centre de traitement à Beni.

Ces attaques s’expliquent par une combinaison de facteurs : méfiance envers les autorités sanitaires, rumeurs infondées sur les traitements, et exaspération face aux restrictions imposées par l’épidémie. Certains groupes armés profitent également de l’instabilité pour semer le chaos et déstabiliser les institutions locales.

L’OMS prévoit notamment le renforcement des équipes de vaccination, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en médicaments, et une intensification des campagnes de sensibilisation. Une enveloppe de 50 millions de dollars a été débloquée pour financer ces mesures d’urgence.