Alors que la Californie a longtemps incarné la culture américaine du « drive » – ces restaurants à emporter accessibles depuis son véhicule –, plusieurs villes de l’État remettent désormais en cause ce modèle urbain. Selon Courrier International, qui reprend une enquête du New York Times et du Los Angeles Times, des municipalités californiennes, dont Culver City près de Los Angeles, ont pris des mesures restrictives face à la prolifération de ces enseignes, jugées incompatibles avec les objectifs locaux de réduction de la pollution, de fluidité du trafic et de qualité de vie.

Ce qu'il faut retenir

  • 40 000 habitants à Culver City, ville californienne devenue un pôle urbain branché.
  • Un moratoire a été adopté par le conseil municipal sur les nouveaux « drive » dans cette commune.
  • Les craintes portent sur la pollution atmosphérique, les embouteillages et les nuisances olfactives liées à ces enseignes.
  • La chaîne In-N-Out Burger, emblématique du secteur, a suscité une polémique en voulant ouvrir un nouveau drive à Culver City.
  • Ce débat reflète une remise en question plus large de l’emprise de la voiture dans l’aménagement urbain californien.
  • Juillet 2025 : date de la photo du drive In-N-Out à Daly City, symbole de cette culture automobile.

Un modèle en crise dans l’État qui l’a popularisé

La Californie, souvent présentée comme le berceau de la culture du « drive » aux États-Unis, voit aujourd’hui émerger une opposition frontale à ce mode de restauration. D’après Courrier International, relayant le New York Times, plusieurs élus locaux estiment que ces infrastructures menacent les nouveaux objectifs urbains de l’État : un air plus propre, des rues plus sûres et des quartiers piétonnisables. « Cet État, accro à la voiture, qui a donné naissance à cette culture, commence à en payer le prix », analyse le quotidien américain. Les critiques portent moins sur le principe même du « drive » que sur ses conséquences pratiques dans des zones densément peuplées, où le trafic et la pollution deviennent ingérables.

Culver City, épicentre d’une bataille urbaine

Parmi les villes californiennes les plus actives contre les « drive », Culver City, située dans l’agglomération de Los Angeles et forte de 40 000 habitants, a cristallisé les tensions. La chaîne In-N-Out Burger, dont les enseignes à emporter sont un symbole culturel en Californie, a tenté d’y implanter un nouveau drive. Mais l’opposition a été immédiate et virulente. « Des habitants ont exprimé des craintes quant à la pollution, aux bouchons, aux odeurs persistantes de friture et aux dangers que présentaient ce système pour les conducteurs et les enfants », rapporte le Los Angeles Times, cité par Courrier International. Face à cette mobilisation, le conseil municipal de Culver City a finalement adopté un moratoire sur l’ouverture de nouveaux « drive », suspendant ainsi le projet d’In-N-Out.

Un débat qui dépasse les frontières locales

Cette résistance, bien que centrée sur Culver City, a été commentée bien au-delà des limites de la commune. « Parce qu’elle met en évidence une inquiétude plus large concernant la prolifération des “drives” », explique le Los Angeles Times. En effet, si le concept du « drive » reste populaire auprès des consommateurs – pratique, rapide et adapté à un mode de vie mobile –, ses détracteurs soulignent ses effets pervers : augmentation du trafic, dégradation de la qualité de l’air et transformation des espaces urbains en zones dédiées à la voiture. « Le “rêve californien” d’un cadre de vie sain et accessible à pied semble incompatible avec ce modèle », résume un élu de Culver City sous couvert d’anonymat.

« Le “rêve californien” d’un air propre, de rues sûres et de quartiers où l’on peut marcher semble incompatible avec la prolifération des “drives”. »
Un élu de Culver City, cité par le Los Angeles Times et repris par Courrier International.

Une remise en question qui s’étend

Le cas de Culver City n’est pas isolé. Plusieurs autres municipalités californiennes réfléchissent à des restrictions similaires, voire les appliquent déjà. À San Francisco, certaines zones résidentielles ont obtenu l’interdiction de nouvelles enseignes de « drive », tandis que d’autres villes envisagent des taxes supplémentaires pour ces commerces. Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de réduction de la place de la voiture dans les villes américaines, porté par des politiques climatiques ambitieuses et des objectifs de densification urbaine. Pourtant, le « drive » reste un pilier économique pour de nombreuses chaînes de restauration, dont In-N-Out Burger, qui a vu son chiffre d’affaires exploser ces dernières années grâce à ce format.

Et maintenant ?

Pour les prochains mois, les observateurs s’attendent à ce que le débat s’intensifie en Californie. Le moratoire de Culver City devrait être réexaminé d’ici la fin de l’année 2026, ce qui pourrait donner le ton pour d’autres villes. Par ailleurs, des associations environnementales ont annoncé leur intention de déposer des recours contre des projets similaires, tandis que des chaînes comme In-N-Out pourraient adapter leur stratégie en proposant des solutions moins polluantes, comme des « drive » électriques ou des partenariats avec des systèmes de livraison à vélo. Reste à voir si ces initiatives suffiront à concilier attentes économiques et enjeux environnementaux.

Un enjeu national

Si la Californie est en première ligne, ce débat dépasse ses frontières. Aux États-Unis, d’autres États, comme New York ou le Massachusetts, commencent à s’interroger sur l’opportunité de limiter les « drive » dans les zones urbaines. À l’inverse, des régions plus rurales ou périurbaines continuent de les encourager comme un moyen de dynamiser l’économie locale. « La question n’est pas de supprimer les “drives”, mais de les adapter à un nouveau modèle de ville », estime un urbaniste interrogé par le New York Times. Pour l’instant, le compromis reste à trouver, entre attachement à une culture automobile bien ancrée et impératifs écologiques de plus en plus pressants.

En attendant, les habitants de Culver City et d’ailleurs continueront de rouler au volant, mais peut-être plus pour des burgers que pour des « drives »…

Un « drive » est un restaurant à emporter accessible depuis son véhicule, sans avoir à sortir de sa voiture. Il est critiqué en Californie pour son impact environnemental (pollution, embouteillages) et son incompatibilité avec les objectifs de villes plus piétonnes et moins dépendantes de la voiture.

Non. Toutes les enseignes proposant des « drive » sont concernées par les restrictions, mais In-N-Out, emblématique en Californie, cristallise particulièrement les oppositions en raison de son ancrage culturel et de sa popularité.