Malgré un contexte d’enseignement profondément perturbé par les opérations militaires israéliennes, des centaines d’élèves palestiniens ont réussi leur examen du baccalauréat, connu sous le nom de « Tawjihi », en obtenant des résultats remarquables. Ce constat est rapporté par Libération, qui souligne que certains candidats ont obtenu des mentions élevées, malgré des infrastructures scolaires détruites et des conditions d’apprentissage extrêmement difficiles.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 150 000 candidats se sont présentés à l’examen du Tawjihi en 2026, dont une majorité issus de Gaza et de Cisjordanie.
- Des centaines d’écoles palestiniennes ont été endommagées ou détruites depuis le début du conflit, selon les autorités locales.
- Malgré les bombardements et les coupures d’électricité, le taux de réussite global s’élève à 78 %, un chiffre proche de celui des années précédentes.
- Plusieurs candidats ont obtenu des mentions « excellent », malgré des conditions d’étude précaires.
- Les résultats ont été publiés fin juillet, après des retards liés aux perturbations logistiques causées par la guerre.
Un examen maintenu malgré l’effondrement des infrastructures éducatives
Le « Tawjihi », équivalent palestinien du baccalauréat, s’est tenu cette année dans des conditions exceptionnelles. Dans la bande de Gaza, où les attaques israéliennes ont détruit ou endommagé près de 60 % des établissements scolaires, selon le ministère de l’Éducation de Gaza, les sessions d’examen ont dû être organisées dans des abris ou des bâtiments partiellement intacts. À Gaza, plus de 50 000 élèves se sont présentés aux épreuves, malgré les déplacements massifs de population et les restrictions de mouvement imposées par les autorités israéliennes.
En Cisjordanie, où les violences entre colons israéliens et Palestiniens, ainsi que les raids militaires, ont également perturbé la scolarité, les candidats ont dû composer avec des couvre-feux fréquents et des fermetures d’écoles. Pourtant, le taux de réussite y atteint 82 %, un chiffre légèrement supérieur à celui de 2025, d’après les données transmises par l’Autorité palestinienne de l’éducation.
Des réussites exceptionnelles malgré les obstacles
Parmi les candidats ayant obtenu les meilleurs résultats, plusieurs ont vu leur parcours salué par les médias locaux. À Gaza, Ahmed Al-Masri, 18 ans, a obtenu une mention « excellent » en sciences, malgré le fait qu’il ait dû étudier dans un sous-sol transformé en salle de classe après la destruction de son lycée. « On nous a dit que notre école était une cible militaire, alors on a déménagé nos tables dans un abri anti-bombes. On étudiait à la lumière des bougies quand le courant était coupé », a-t-il déclaré à Libération. Son père, enseignant, a confirmé ces conditions extrêmes.
En Cisjordanie, Layla Abu Hmaid, 17 ans, originaire de Hébron, a également décroché une mention « excellent » en lettres. Son lycée a été fermé pendant trois mois en raison de tensions avec les forces israéliennes. « On se réunissait chez moi ou dans des mosquées pour réviser. Parfois, on entendait des coups de feu près de chez nous, mais on ne pouvait pas se permettre d’abandonner », a-t-elle expliqué. Son professeur de philosophie a salué « sa résilience et sa capacité à se concentrer malgré l’angoisse permanente ».
Un système éducatif palestinien sous pression constante
Depuis le début de la guerre à Gaza, en octobre 2023, les Nations unies estiment que plus de 6 000 étudiants et enseignants palestiniens ont été tués, tandis que près de 80 % des infrastructures éducatives du territoire ont été endommagées ou détruites. Le ministère de l’Éducation de Gaza a indiqué que plus de 1 200 écoles sur les 2 300 que comptait le territoire avant la guerre étaient désormais inutilisables. « Le système éducatif palestinien est systématiquement ciblé. Ce n’est pas un accident, c’est une stratégie », a dénoncé un responsable du ministère sous couvert d’anonymat.
En Cisjordanie, la situation n’est pas moins préoccupante. Depuis le début de l’année 2026, plus de 200 écoles ont été fermées temporairement en raison de violences entre colons et Palestiniens, selon l’UNICEF. Les restrictions de mouvement imposées aux enseignants et aux élèves ont également entraîné des retards dans le programme scolaire.
Les prochaines étapes dépendront en grande partie de l’évolution du conflit et de la capacité des organisations internationales à intervenir pour reconstruire le système éducatif. Pour l’instant, les familles des candidats réussis peinent à célébrer ces résultats, tant la situation humanitaire reste critique dans les deux territoires.
Les lauréats doivent s’inscrire dans les universités palestiniennes ou à l’étranger, mais les démarches sont compliquées par les restrictions de mouvement et les destructions d’infrastructures. Certaines universités locales ont rouvert partiellement, mais les places sont limitées et les frais de scolarité souvent inabordables pour les familles sinistrées.