En 2025, le système de retraites portugais a-t-il enregistré un excédent de 5,4 milliards d’euros ou affiché un déficit de 1,9 milliard ? La réponse dépend du périmètre comptable retenu, comme le révèle Courrier International, qui s’appuie sur les analyses du journal Expresso. Cette divergence illustre les fractures politiques autour de la gestion des régimes de retraite, entre les partisans d’une approche globale et ceux qui défendent une séparation des comptes.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, le solde du régime général de retraites portugais s’élevait à 5,4 milliards d’euros d’excédent, selon une méthode de calcul qui isole cette caisse des autres régimes.
- Un rapport gouvernemental, intégrant la Caixa Geral de Aposentações (CGA), aboutit à un déficit de 1,9 milliard d’euros, en incluant l’ancien régime des fonctionnaires.
- La CGA, fermée aux nouveaux affiliés depuis 2006, continue de payer les retraites de ses anciens bénéficiaires sans recevoir de nouvelles cotisations.
- Les experts, dont Jorge Bravo, critiquent cette méthode, arguant qu’elle « embellit artificiellement » les comptes publics.
- L’opposition politique, y compris des figures de droite comme l’ancien ministre José Silva Peneda, dénonce un « choix politique » qui fausse le débat.
Deux méthodes de calcul, deux réalités comptables
Le désaccord porte sur l’inclusion ou non de la CGA dans les comptes du système de retraites. D’un côté, le régime général de la Sécurité sociale affiche un excédent de 5,4 milliards d’euros en 2025, selon les chiffres officiels. De l’autre, un rapport commandé par le gouvernement portugais, intégrant la CGA, révèle un déficit de 1,9 milliard. Cette différence s’explique par le fait que la CGA, réservée aux anciens fonctionnaires, n’accueille plus de nouveaux affiliés depuis 2006. Elle verse donc des pensions sans recevoir de nouvelles cotisations, ce qui pèse sur son équilibre financier.
Pour les experts dirigés par Jorge Bravo, cette intégration des deux caisses relève d’une « opération comptable en apparence, mais d’un choix politique ». Selon eux, additionner les comptes du régime général et de la CGA revient à masquer une dette structurelle sous couvert d’une amélioration artificielle des finances publiques. « Séparer les deux caisses embellit les comptes », a-t-il souligné dans les colonnes d’Expresso, cité par Courrier International.
Une dette transitoire ou le symptôme d’un système en crise ?
Les défenseurs de l’intégration des deux régimes, parmi lesquels certains responsables politiques, justifient cette approche en présentant le déficit de la CGA comme une « dette ancienne de l’État ». Ils estiment que cette charge, liée à la transition entre l’ancien et le nouveau système, est appelée à disparaître avec la disparition progressive des derniers bénéficiaires de la CGA. « Ce n’est pas une facture à présenter aux salariés du privé », a argumenté l’un de leurs porte-parole dans le débat public.
Cette controverse dépasse les clivages partisans classiques. Elle divise même la droite portugaise. L’ancien ministre conservateur José Silva Peneda a dénoncé, dans une tribune publiée par Expresso, un mélange des comptes qui « a vicié le débat ». Pour lui, cette méthode « privatise la confiance » des citoyens dans le système de retraites, en masquant les déséquilibres réels. « Ce n’est pas une question technique, mais bien politique », a-t-il ajouté.
« Ce mélange a vicié le débat. On ne peut pas transformer une dette transitoire en faillite du système public. »
José Silva Peneda, ancien ministre conservateur portugais
Un débat qui s’inscrit dans une réforme plus large
Ce conflit comptable s’inscrit dans un contexte plus large de réformes des retraites au Portugal. Depuis 2006, les nouveaux fonctionnaires cotisent désormais au régime général de la Sécurité sociale, tandis que la CGA gère les pensions des anciens affiliés. Cette transition, bien que progressive, a créé des déséquilibres financiers que les gouvernements successifs peinent à résorber.
Le rapport gouvernemental, qui inclut la CGA dans ses calculs, reflète une volonté de présenter une image plus réaliste des finances publiques. À l’inverse, les partisans d’une séparation des comptes défendent une approche plus optimiste, en mettant en avant l’excédent du régime général. « Le vrai débat n’est pas comptable, mais politique », a analysé le journaliste Daniel Oliveira dans les pages Opinion d’Expresso, repris par Courrier International. Pour lui, ce conflit révèle une stratégie délibérée de « transformer une dette transitoire en faillite du système public ».
Le Portugal n’est pas le seul en Europe à affronter ce type de défis. D’autres pays, comme la France ou l’Italie, ont connu des débats similaires sur l’équilibre de leurs systèmes de retraites. Cependant, la spécificité portugaise réside dans la coexistence de deux régimes distincts, l’un en déclin et l’autre en expansion, dont les comptes s’entremêlent dans les discussions publiques.
En définitive, ce qui se joue au Portugal dépasse la simple question des chiffres. Il s’agit de la crédibilité de l’État dans la gestion des finances sociales, mais aussi de la confiance des citoyens dans leur système de protection. Tant que les méthodes de calcul resteront contestées, le débat sur les retraites continuera de diviser la société portugaise.
La Caixa Geral de Aposentações (CGA) est un ancien régime de retraite réservé aux fonctionnaires, fermé aux nouveaux affiliés depuis 2006. Elle continue de verser des pensions sans recevoir de nouvelles cotisations, ce qui crée un déficit structurel. Son inclusion dans les comptes globaux du système de retraites fausse la perception de l’équilibre financier, selon les experts.
Aucune date précise n’a été avancée pour une décision définitive. Le débat devrait se poursuivre dans les mois à venir, notamment dans le cadre des discussions budgétaires et des réformes sociales. Le gouvernement pourrait proposer une nouvelle méthode de calcul d’ici la fin de l’année 2026.