Alors que la réforme des retraites reste un sujet de tensions politiques, l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin a apporté une contribution originale au débat. Invité de BFM Politique ce dimanche 30 août 2026, il a défendu l’idée d’abandonner l’âge pivot, cet âge légal à partir duquel les assurés peuvent liquider leur retraite à taux plein sous réserve d’avoir cotisé suffisamment. Selon nos confrères de BFM Business, il prône désormais un système plus flexible, prenant en compte à la fois l’espérance de vie et les conditions de travail.

Ce qu'il faut retenir

  • Fin de l’âge pivot : Dominique de Villepin propose de supprimer cet âge légal pour permettre aux actifs de choisir leur départ en retraite en fonction de leur situation personnelle.
  • Prise en compte de la pénibilité : Les métiers exigeants physiquement ou mentalement pourraient justifier un départ anticipé.
  • Espérance de vie comme critère : L’allongement de la durée de vie pourrait justifier un départ plus tardif pour ceux qui le souhaitent.
  • Critique des réformes par décret : Il rejette les ajustements imposés sans concertation, comme ceux décidés récemment par le gouvernement.
  • Retraite par capitalisation évoquée : Plusieurs candidats à la présidentielle, dont Bruno Retailleau, envisagent d’introduire une part de capitalisation dans le système.
  • Réforme Borne suspendue jusqu’en 2028 : L’âge légal reste bloqué à 62 ans et 9 mois, et le nombre de trimestres nécessaires à 170.

Un système de retraite « à la carte » plutôt qu’un âge légal imposé

Pour Dominique de Villepin, la question centrale n’est pas de fixer un âge de départ unique, mais de permettre aux travailleurs de choisir le moment de leur retraite en fonction de leur état de santé, de leur espérance de vie et des contraintes de leur emploi. « Si je vous dis aujourd’hui, d’autorité, je vais fixer l’âge de la retraite à 64, ou 65 ans, d’emblée, je fais exactement ce qu’il ne faut pas faire », a-t-il expliqué lors de son intervention sur BFM Politique. Selon lui, cette approche centralisée ne tient pas compte des réalités individuelles et risque de provoquer des contestations, comme ce fut le cas lors de la tentative de réforme du CPE en 2006, qu’il avait portée.

Plutôt que de recourir à des « tours de vis » décidés par décret, il appelle à « tirer les leçons » de l’histoire et à « remettre les partenaires sociaux en responsabilité ». Son argumentaire repose sur une idée simple : « Il faut prendre en compte la démographie, il faut prendre en compte les inégalités de situation devant la pénibilité des emplois et donc les conditions de travail. » Autrement dit, un cadre de 72 ans en bonne santé n’a pas les mêmes impératifs qu’un ouvrier ayant exercé un métier physique pendant 40 ans.

L’espérance de vie et la pénibilité au cœur du débat

Dominique de Villepin s’appuie sur son propre parcours pour illustrer son propos. « J’ai 72 ans, je n’ai jamais arrêté de travailler. Pourquoi ? Parce que l’espérance de vie qui est la mienne compte tenu de la vie qui a été la mienne, me permet d’espérer vivre plus longtemps », a-t-il déclaré. Pour lui, cette longévité justifie un départ plus tardif, à condition que les cotisations soient suffisantes. En revanche, il admet que « si j’avais transporté des sacs, ou travaillé dans une usine aux trois-huit, il est bien évident que la santé qu’est la mienne ne serait pas la même et j’aspirerais à faire autre chose ».

Cette prise en compte de la pénibilité n’est pas nouvelle dans le débat sur les retraites. Elle était déjà au cœur des revendications des syndicats lors des précédentes réformes. Dominique de Villepin se distingue cependant en proposant un système où chaque individu pourrait, en théorie, adapter son départ en fonction de son vécu professionnel. « J’ai été un des premiers à proposer cette solution, de sortir de cet âge pivot, de cet âge tabou, pour compter davantage en trimestres, offrir la possibilité à nos compatriotes de choisir », a-t-il souligné.

Retraite : un sujet explosif pour la présidentielle de 2027

La réforme des retraites reste l’un des dossiers les plus sensibles de la vie politique française, et elle sera probablement au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Selon BFM Business, la réforme portée par l’ex-Première ministre Élisabeth Borne en 2023, qui prévoyait de porter l’âge légal à 64 ans et d’augmenter à 172 trimestres le nombre de cotisations requises pour une retraite à taux plein, a été mise en pause jusqu’au 1er janvier 2028. Depuis, le gouvernement actuel, dirigé par Sébastien Lecornu, a préféré reporter toute décision à l’issue du scrutin de 2027, laissant ainsi le champ libre aux candidats pour proposer leurs propres solutions.

Parmi les pistes évoquées, la question d’une part de capitalisation dans le système de retraite fait son chemin, tant à droite qu’à gauche. Le sénateur Bruno Retailleau, figure de la droite, propose par exemple de lier l’âge de départ à l’espérance de vie. Une idée que Dominique de Villepin juge insuffisante : « Mais il calcule comment l’espérance de vie ? Ce n’est pas tant l’espérance de vie que les conditions de vie », a-t-il réagi. Pour lui, l’enjeu n’est pas seulement démographique, mais aussi social et sanitaire.

Vers un système à deux vitesses ? Les avantages et les risques

L’approche défendue par Dominique de Villepin suppose que les travailleurs en bonne santé et souhaitant continuer à exercer une activité professionnelle bénéficient d’incitations financières significatives. « Si vous êtes en forme et que vous voulez continuer à travailler, vous travaillez, il faut qu’il y ait un avantage assez significatif pour ceux qui souhaitent continuer. Et que ceux qui n’en peuvent plus, et qui espèrent profiter un peu des beaux jours, puissent le faire, c’est la moindre des choses », a-t-il plaidé. Cette idée d’un système « à la carte » soulève cependant des questions sur son financement et son équité.

En effet, les métiers les plus pénibles, souvent occupés par des travailleurs moins qualifiés, pourraient être désavantagés si les critères de pénibilité ne sont pas strictement encadrés. Par ailleurs, une telle réforme nécessiterait une refonte complète des règles de calcul des pensions, avec des risques de complexité accrue pour les assurés. Dominique de Villepin assure pourtant avoir « tiré les leçons du CPE », le projet de loi sur l’emploi des jeunes qu’il avait porté en 2006 et qui avait été abandonné sous la pression de la rue. « Je crois qu’il faut prendre en compte aujourd’hui le fait que personne n’est en mesure d’imposer ni aux partenaires sociaux, ni aux Français, ce qu’ils ne veulent pas », a-t-il conclu.

Et maintenant ?

Le débat sur les retraites devrait s’intensifier dans les mois à venir, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Plusieurs candidats pourraient s’inspirer des propositions de Dominique de Villepin, notamment sur la flexibilité du système. Reste à voir si les partenaires sociaux, dont le rôle est central dans toute réforme, accepteront de s’engager dans une telle refonte. D’ici là, le gouvernement pourrait être tenté de proposer des ajustements progressifs, sans trancher définitivement sur la question de l’âge pivot ou de la capitalisation.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la réforme des retraites restera un sujet clivant, où les enjeux économiques, démographiques et sociaux s’entremêlent. Les prochains mois diront si une solution consensuelle peut émerger, ou si le débat devra attendre une nouvelle législature pour être tranché.

Dominique de Villepin considère que l’âge pivot, tel qu’il est actuellement conçu, ne prend pas en compte les différences de conditions de travail et d’espérance de vie entre les individus. Selon lui, imposer un âge légal unique revient à ignorer les réalités individuelles et risque de provoquer des contestations, comme ce fut le cas lors de précédentes réformes.

La réforme portée par Élisabeth Borne en 2023 est suspendue jusqu’au 1er janvier 2028. Le gouvernement actuel a choisi de reporter toute décision à l’issue de la présidentielle de 2027, laissant ainsi le champ libre aux candidats pour proposer leurs propres solutions. D’ici là, des ajustements progressifs pourraient être envisagés.