La question des retraites continue de cristalliser les tensions, six mois après l’adoption d’une loi censée apaiser les esprits. Selon Ouest France, le décret d’application permettant à certaines mères de famille de bénéficier de trimestres supplémentaires dans le cadre de la carrière longue n’a toujours pas été publié, malgré l’échéance fixée au 1er septembre 2026. Une situation qui alimente l’anxiété des principales concernées, alors que le calendrier légal se précise.

Ce qu'il faut retenir

  • Une loi votée fin 2025 accorde deux trimestres supplémentaires aux mères de famille éligibles à la carrière longue, mais son décret d’application reste introuvable.
  • Ces trimestres comptent pour le calcul de la retraite, avec une entrée en vigueur prévue au 1er septembre 2026.
  • Les bénéficiaires potentielles, majoritairement des femmes, subissent une attente « anxiogène », selon les termes d’un collectif qui les représente.

Une promesse législative en suspens

Adoptée à la fin de l’année 2025, la loi suspendant partiellement la réforme des retraites prévoyait une mesure spécifique pour les mères de famille ayant commencé leur carrière tôt. « Cette attente est anxiogène », a souligné une porte-parole du collectif « Mères en colère », interrogée par Ouest France. L’absence de décret signifie que les droits ne peuvent pas encore être officiellement reconnus, alors que le délai se réduit.

Le texte initial visait à corriger certaines inégalités liées à la carrière longue, en permettant à ces femmes de valider deux trimestres supplémentaires pour leur retraite. Pourtant, sans publication du décret, ces trimestres ne pourront pas être intégrés dans le calcul de leur pension, même si la loi est censée s’appliquer rétroactivement à compter du 1er septembre 2026.

Un calendrier sous tension

Le calendrier fixé par la loi est strict : le décret devait être publié plusieurs mois avant l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions, afin de permettre aux caisses de retraite de s’adapter. Or, à moins de deux mois de l’échéance, rien n’indique que le texte sera prêt à temps. « On marche sur des œufs », a confié un haut fonctionnaire du ministère des Solidarités, sous couvert d’anonymat, à Ouest France. Le risque ? Que les bénéficiaires potentielles se retrouvent dans une situation de précarité administrative, faute de pouvoir prouver leur éligibilité.

Cette situation n’est pas sans rappeler les difficultés rencontrées lors de précédentes réformes, où des retards similaires avaient entraîné des contentieux entre assurés et caisses de retraite. Les syndicats, comme la CFDT, ont déjà tiré la sonnette d’alarme, rappelant que « l’incertitude juridique ne fait que renforcer l’injustice » pour les femmes concernées.

« Sans décret, les mères de famille ne pourront pas faire valoir leurs droits à temps. C’est une question de justice sociale. »
— Collectif « Mères en colère », cité par Ouest France

Des conséquences pratiques déjà visibles

Sur le terrain, les associations d’aide aux retraités commencent à recevoir des appels de femmes inquiètes. Certaines, approchant de l’âge légal de départ, hésitent à engager des démarches coûteuses pour faire valoir leurs droits, sans garantie de succès. « On nous demande de patienter, mais la patience a des limites », a témoigné une retraitée de 62 ans, mère de trois enfants, contactée par Ouest France.

Les caisses de retraite, de leur côté, se retranchent derrière le manque d’informations officielles. « Nous ne pouvons pas appliquer une mesure qui n’a pas été formalisée », a expliqué une responsable de la CNAV, jointe par le quotidien. Une position qui laisse les assurées dans une impasse administrative, alors que le temps presse.

Et maintenant ?

La publication du décret est désormais une question de jours, voire d’heures, si le gouvernement veut éviter un nouveau contentieux. Selon les informations d’Ouest France, Matignon travaillerait à une version finale, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué. Les associations demandent une transparence totale sur les critères d’éligibilité, afin d’éviter toute exclusion arbitraire. Une réunion interministérielle est prévue la semaine prochaine pour tenter de débloquer la situation.

D’ici là, les mères de famille concernées devront composer avec l’incertitude. Une chose est sûre : si le décret n’est pas publié d’ici la fin juillet, les recours juridiques pourraient se multiplier, avec un risque de blocage des caisses de retraite en septembre. Une issue que ni les assurées ni l’État ne peuvent se permettre.