Alors que le pouvoir d’achat, l’immigration ou l’école dominent l’actualité, le dossier des retraites s’invite dans la campagne présidentielle, selon Ouest France. À moins de deux ans du prochain scrutin, les propositions des candidats pour réformer le système s’articulent autour de deux axes majeurs : l’introduction d’une dose de capitalisation et la question de l’âge légal de départ. Ces débats interviennent alors que la réforme portée par la Première ministre Élisabeth Borne en 2023 semble déjà menacée d’être remise en cause, si l’on en croit les premiers signaux envoyés par les forces politiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Âge légal : Plusieurs candidats envisagent de revenir sur le relèvement progressif à 64 ans, instauré par la réforme Borne de 2023.
  • Capitalisation : L’idée d’introduire une part de capitalisation dans le système par répartition est évoquée, une piste qui divise profondément.
  • Équilibre financier : Le financement des retraites reste un enjeu central, avec des désaccords sur les leviers à actionner (cotisations, durée de cotisation, fiscalité).
  • Réforme Borne : La loi de 2023, déjà contestée, pourrait être suspendue ou révisée selon les programmes.
  • Calendrier électoral : Les propositions devront être détaillées d’ici la fin 2026, avant le dépôt des candidatures officielles.

L’âge légal de départ, un sujet hautement sensible

Le relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans, adopté dans le cadre de la réforme des retraites de 2023, figure parmi les mesures les plus contestées. Plusieurs candidats à la présidentielle ont d’ores et déjà annoncé leur intention de revenir sur cette disposition. C’est le cas notamment de Jean-Luc Mélenchon, qui a réaffirmé son opposition à cette mesure, la qualifiant de « brutale et injuste », et proposant de la remplacer par un retour à 60 ans pour les carrières longues. À l’inverse, Éric Zemmour défend une ligne plus stricte, avec un maintien de l’âge légal à 64 ans, assorti d’incitations à travailler plus longtemps pour les actifs souhaitant une retraite à taux plein.

La capitalisation, un débat qui divise au-delà des clivages traditionnels

L’idée d’introduire une part de capitalisation dans le système de retraites par répartition, jusqu’ici taboue en France, gagne du terrain dans les discussions. Gabriel Attal, Premier ministre sortant, a évoqué cette piste en 2025, soulignant qu’elle pourrait « permettre une meilleure équité entre les générations ». Cette proposition séduit certains économistes, comme Jean-Hervé Lorenzi, pour qui « le système actuel, basé sur la solidarité intergénérationnelle, montre ses limites face au vieillissement démographique ». Cependant, les syndicats, à commencer par la CGT, y voient une « privatisation déguisée du système » et une menace pour les pensions des plus modestes. Autant dire que le sujet cristallise les tensions.

Que devient la réforme Borne dans ce contexte ?

Adoptée en avril 2023 après un parcours parlementaire chaotique, la réforme Borne a instauré un report progressif de l’âge légal à 64 ans, ainsi qu’un allongement de la durée de cotisation à 43 annuités. Pourtant, son avenir semble incertain. Selon Ouest France, plusieurs candidats, dont Marine Le Pen, ont déjà indiqué vouloir « suspendre l’application » de cette réforme, au moins temporairement, en attendant une refonte plus large du système. « Nous ne pouvons pas laisser les Français dans l’incertitude plus longtemps », a déclaré la présidente du Rassemblement National lors d’un meeting en mai 2026. Pour l’heure, aucune date n’a été avancée pour une éventuelle abrogation, mais le sujet sera probablement au cœur des négociations parlementaires d’ici la fin de l’année.

Quelles alternatives pour financer les retraites ?

Face à l’allongement de l’espérance de vie et à la baisse du ratio cotisants/retraités, les pistes pour équilibrer le système sont multiples. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, mise sur un « recul des exonérations de cotisations patronales », tandis que Valérie Pécresse propose de « taxer davantage les superprofits et les hauts revenus ». D’autres, comme Yannick Jadot, prônent une « hausse ciblée des cotisations salariales » pour les hauts revenus. Enfin, François Bayrou a relancé l’idée d’un « fonds souverain dédié aux retraites », alimenté par une partie des réserves de la Banque de France. Bref, le débat sur le financement oppose une fois de plus les tenants d’une approche sociale à ceux d’une logique plus libérale.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent décisifs pour les retraites. D’ici la fin 2026, les candidats à la présidentielle devront préciser leurs propositions, alors que le gouvernement actuel pourrait être contraint de reporter certaines mesures de la réforme Borne. Une commission parlementaire, annoncée pour septembre 2026, aura pour mission d’évaluer l’impact des différentes pistes envisagées. Reste à voir si un consensus pourra émerger dans un paysage politique aussi fragmenté. Une chose est sûre : le dossier des retraites restera un marqueur fort de la campagne, au même titre que le pouvoir d’achat ou la souveraineté économique.

En attendant, les Français devront composer avec une incertitude persistante sur leur future pension, alors que le système actuel, déjà fragilisé, montre ses limites. Les prochaines élections pourraient bien sonner le glas de la réforme Borne – ou, au contraire, en accélérer l’application.

À ce stade, rien n’est acté. Plusieurs candidats ont annoncé vouloir la suspendre ou la réviser, mais aucune abrogation officielle n’a été engagée. La réforme reste en vigueur, mais son application pourrait être gelée dès 2027 en fonction des résultats de la présidentielle.