C’est à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, que Richard Gere a choisi de rappeler l’urgence de mettre fin au sans-abrisme. Selon Euronews FR, l’acteur hollywoodien, engagé depuis plus de dix ans aux côtés de l’organisation HOGAR SÍ, a participé à la treizième session du Forum urbain mondial (FUM13), où son implication a été mise en lumière à travers la présentation d’un documentaire centré sur la lutte contre l’exclusion.
Ce qu'il faut retenir
- HOGAR SÍ, programme cofondé par Richard Gere et son épouse Alejandra, applique la méthodologie « Logement d’abord » (« Housing First »), une approche visant à offrir un toit à long terme avant toute autre assistance sociale.
- En 2024, le couple a rejoint le conseil d’administration de l’organisation, après plus d’une décennie de soutien actif.
- Lors du FUM13, dix minutes du documentaire « What Nobody Wants To See », co-produit par la Fondation Gere et ONU-Habitat, ont été projetées dans le cadre d’une session dédiée aux villes inclusives.
- Richard Gere défend l’idée que le logement est un droit fondamental, sans lequel santé, éducation et emploi stable deviennent inaccessibles.
- En Espagne, pays où HOGAR SÍ est implantée, près de 37 000 personnes nécessiteraient un accès à un logement pour sortir de la précarité.
Pour Richard Gere, la question du sans-abrisme n’est pas une fatalité, mais une injustice sociale « qui peut être résolue grâce à un changement profond de compréhension et d’approche ». Dans un entretien exclusif accordé à Euronews FR, l’acteur de 76 ans, connu pour ses rôles dans *Pretty Woman* ou *Officier et Gentleman*, explique l’origine de son engagement, aussi bien personnel que professionnel.
Un engagement né d’un constat et d’une expérience
L’engagement de Richard Gere auprès de HOGAR SÍ remonte à plus de dix ans, lorsque son épouse, Alejandra, lui a présenté cette organisation espagnole. « J’ai découvert une structure rigoureuse et très engagée, axée sur le respect des droits de l’homme et de la dignité, et fondée sur des solutions factuelles », confie-t-il à Euronews FR. Cette approche, basée sur le « Logement d’abord », rompt avec les logiques d’assistance conditionnelle pour placer l’accès à un logement stable au cœur de la réinsertion.
Mais c’est aussi une expérience personnelle qui a marqué l’acteur. Lors du tournage du film *Time Out of Mind* (2014), où il incarnait un sans-abri à New York, Gere a marché dans les rues de la ville sans être reconnu. « J’ai ressenti l’indifférence, l’invisibilité, l’isolement. Cette expérience m’a profondément marqué », explique-t-il. Depuis, ses discussions avec des personnes en situation de rue, marquées par la solitude et le désespoir, ont renforcé sa conviction : « En l’absence d’un solide réseau de soutien, chacun peut se retrouver dans cette situation. »
Le logement, clé de voûte de la dignité humaine
Pour Richard Gere, le logement n’est pas une simple question d’habitat, mais la « porte d’entrée vers tous les autres droits ». Sans foyer sûr, impossible d’accéder à une santé stable, à une éducation, ou à un emploi durable. « Lorsque cette porte se ferme, le cycle de l’exclusion devient presque impossible à briser », souligne-t-il. Cette vision s’inscrit dans une approche globale, où la dignité humaine prime sur les solutions d’urgence.
Son plaidoyer rejoint celui de l’Agenda 2030 et d’ONU-Habitat, qui mettent l’accent sur les « villes inclusives ». « Les initiatives liées à ONU-Habitat montrent qu’il est possible de mettre fin au sans-abrisme lorsque l’accès au logement est considéré comme un point de départ, et non comme une récompense finale », explique Gere. Lors du FUM13, il a souligné l’importance de ces plateformes pour partager des bonnes pratiques et inspirer des politiques publiques ambitieuses.
Bakou, vitrine d’un forum aux enjeux planétaires
Pour la première fois, le Forum urbain mondial s’est tenu en Azerbaïdjan, une étape symbolique selon Richard Gere. « Ce forum rassemble des voix politiques, sociales et techniques autour d’un objectif commun : créer des environnements urbains plus justes, plus durables et plus inclusifs », déclare-t-il. Il insiste sur la nécessité d’intégrer la question du sans-abrisme dans cette réflexion : « Il ne peut y avoir de villes prospères tant que des personnes vivent dans la rue. »
Gere salue également la décentralisation de ces espaces de débat, qui permettent d’éviter des perspectives unilatérales. « Chaque contexte apporte des réalités différentes, mais aussi des leçons précieuses. Le fait que le FUM13 se tienne ici envoie un message clair : les droits de l’homme, le logement et l’inclusion sociale sont une responsabilité partagée par l’ensemble de la communauté internationale. »
HOGAR SÍ, un modèle à suivre en Europe
Fondée en Espagne, HOGAR SÍ est un exemple concret de l’efficacité du « Logement d’abord ». L’organisation travaille à long terme, en combinant accès à un logement stable et accompagnement social. « C’est une structure solide, dotée d’une stratégie claire et du courage de défendre des changements structurels, même lorsqu’ils sont difficiles », estime Richard Gere. Il se dit confiant quant à son avenir, tant en Espagne qu’en Europe.
Selon lui, l’éradication du sans-abrisme en Espagne d’ici quelques années est un objectif réaliste. « Environ 37 000 personnes ont besoin d’une nouvelle opportunité, d’un foyer », précise-t-il. Son optimisme s’appuie sur des données probantes et une coopération institutionnelle renforcée, où la dignité humaine reste au centre des priorités.
L’engagement de Richard Gere, autrefois cantonné à l’écran, illustre une tendance croissante où célébrités et activisme se rejoignent pour porter des causes humanitaires sur la scène mondiale. Son rôle, désormais, dépasse celui d’acteur : il est devenu un relais entre les populations marginalisées et les instances internationales.
À l’issue du FUM13, une question persiste : les promesses faites à Bakou se concrétiseront-elles ? Pour l’heure, une seule certitude s’impose : tant que des personnes vivront dans la rue, des voix comme celle de Richard Gere continueront de rappeler que le logement est bien plus qu’un toit – c’est un pilier de la dignité.
La méthodologie « Logement d’abord » (« Housing First ») est une approche qui consiste à fournir un logement stable à une personne sans-abri sans condition préalable, comme l’abstinence ou l’emploi. Une fois logée, la personne bénéficie d’un accompagnement social pour traiter les causes de son exclusion, telles que la maladie mentale ou la toxicomanie. Cette méthode, popularisée par des organisations comme HOGAR SÍ, a prouvé son efficacité en réduisant les taux de récidive et en améliorant la qualité de vie des bénéficiaires.