« Nous sommes plusieurs à envisager sérieusement de ne pas semer pour la prochaine récolte », déclare Nguyen Thanh Giang, agriculteur de 50 ans basé dans la province d’An Giang, dans le sud du Vietnam. Selon Courrier International, cet avertissement illustre les difficultés croissantes des riziculteurs de la région, confrontés à une inflation des coûts de production alors que les prix de vente du riz stagnent.
Ce qu'il faut retenir
- Les coûts de production ont doublé pour certains intrants comme le diesel, tandis que les prix de vente du riz restent identiques à ceux de 2025.
- La Thaïlande, deuxième exportateur mondial de riz, vise 7 millions de tonnes d’exportations en 2026, mais les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées au conflit au Moyen-Orient compliquent la donne.
- Les riziculteurs de la région du delta du Mékong, au Vietnam, réalisent jusqu’à trois récoltes par an grâce à la fertilité des sols, mais cette intensification est remise en cause.
Une rentabilité en déclin pour les riziculteurs vietnamiens
Dans le delta du Mékong, région vitale pour la production rizicole vietnamienne, les agriculteurs comme Nguyen Thanh Giang terminent actuellement leur récolte de printemps. Comme le rapporte Courrier International, cet agriculteur de 50 ans souligne que les prix d’achat du riz sont identiques à ceux de 2025, alors que les coûts de production ont « beaucoup plus augmenté ». Parmi les facteurs en cause, il cite notamment le doublement du prix du diesel, ainsi que la hausse des tarifs des autres produits de base nécessaires à l’exploitation.
Cette situation pousse certains producteurs à envisager de suspendre leurs activités pour la prochaine campagne. « Nous n’avons pas encore vendu notre riz, mais la pression est réelle », confie Nguyen Thanh Giang. Le delta du Mékong, grâce à la fertilité de ses sols et à l’abondance des eaux du fleuve, permet traditionnellement jusqu’à trois récoltes annuelles, une spécificité qui pourrait être compromise si la rentabilité continue de baisser.
La Thaïlande, un géant du riz sous pression
En Thaïlande, deuxième plus grand exportateur mondial de riz après l’Inde, les producteurs et exportateurs font face aux mêmes tensions économiques. Le pays ambitionnait d’exporter 7 millions de tonnes de riz en 2026, mais le conflit en cours au Moyen-Orient a bouleversé les chaînes d’approvisionnement mondiales. « Nous sommes très inquiets », admet Chookiat Ophaswongse, président d’honneur de l’Association thaïlandaise du riz, comme le mentionne Courrier International.
La hausse du cours du pétrole et l’incertitude économique globale aggravent la situation. Les perturbations logistiques et l’inflation pèsent sur les marges des producteurs, tout en rendant les exportations plus coûteuses. Ces défis s’ajoutent à une concurrence accrue sur le marché mondial, où le Vietnam et l’Inde restent des concurrents redoutables.
Un marché mondial du riz sous haute tension
Les tensions observées en Asie du Sud-Est s’inscrivent dans un contexte plus large de fragilité des marchés agricoles. Selon Courrier International, les prix des denrées alimentaires restent volatils, influencés par des facteurs géopolitiques et climatiques. Le delta du Mékong, bien que fertile, n’est pas épargné par ces aléas. Les agriculteurs y sont particulièrement vulnérables aux variations des coûts des intrants, comme l’énergie ou les engrais, qui représentent une part croissante de leurs dépenses.
En Thaïlande, les exportateurs tentent de s’adapter en ajustant leurs stratégies commerciales, mais la situation reste précaire. « La guerre au Moyen-Orient a mis le monde sens dessus dessous », précise Chookiat Ophaswongse, évoquant les répercussions en cascade sur les approvisionnements et les coûts de transport. Ces incertitudes compliquent la planification à long terme pour les acteurs du secteur.
Des solutions à court terme, mais des défis structurels persistants
Face à cette crise, certains riziculteurs envisagent des alternatives pour réduire leurs coûts, comme l’optimisation de l’irrigation ou l’utilisation de variétés de riz moins gourmandes en eau. Cependant, ces mesures ne suffiront pas à compenser l’inflation des intrants. Les gouvernements locaux pourraient être amenés à intervenir, par exemple en subventionnant partiellement le diesel ou en facilitant l’accès au crédit pour les agriculteurs.
Pour les exportateurs thaïlandais, la diversification des débouchés pourrait être une piste, mais elle se heurte à la concurrence agressive des autres grands producteurs asiatiques. « Nous devons trouver des moyens de rester compétitifs malgré les coûts élevés », indique un responsable du secteur, cité par Courrier International. Cette compétitivité passe aussi par des investissements dans des technologies plus économes en énergie.
D’ici là, les acteurs du secteur surveilleront de près l’évolution du conflit au Moyen-Orient, qui reste un facteur clé de perturbation des chaînes d’approvisionnement. La stabilité des prix de l’énergie et des engrais sera également déterminante pour la rentabilité des exploitations. Autant dire que le sort de millions d’agriculteurs et la disponibilité future du riz sur les marchés mondiaux se jouent dès à présent.
Les coûts ont principalement été tirés vers le haut par la flambée des prix du diesel, utilisé pour le fonctionnement des machines agricoles, ainsi que par la hausse des tarifs des engrais et d’autres intrants essentiels. Cette inflation s’inscrit dans un contexte plus large de tensions géopolitiques, notamment le conflit au Moyen-Orient, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement et fait monter les prix de l’énergie.
Une baisse des surfaces cultivées en riz pourrait entraîner une diminution des exportations, notamment de la part du Vietnam et de la Thaïlande, deux des trois plus grands exportateurs mondiaux. Cela risquerait de faire monter les prix sur les marchés internationaux et d’aggraver les tensions sur la sécurité alimentaire, en particulier dans les pays dépendants des importations de riz asiatique.