Un tournant inattendu dans l’histoire du renseignement israélien : Roman Gofman, général de 49 ans issu de l’ex-URSS, a officiellement pris la tête du Mossad, le service de renseignement extérieur d’Israël, le 2 juin 2026. Selon Courrier International, cette nomination marque une rupture symbolique, tant par l’origine géographique de Gofman que par son parcours atypique, entre les héritages soviétique et israélien.
Ce qu'il faut retenir
- Roman Gofman, 49 ans, succède à David Barnea à la direction du Mossad depuis le 2 juin 2026.
- Né en 1976 à Mazyr (Biélorussie soviétique), il émigre en Israël en 1990 avec sa famille, profitant des réformes de la perestroïka.
- Il succède à David Barnea, qui occupait ce poste depuis 2021.
- Sa nomination intervient dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les tensions régionales et les relations complexes entre Israël et la Russie.
- La presse russophone et biélorusse souligne son parcours comme exemple de la contribution des Juifs de Biélorussie au développement d’Israël.
Un parcours marqué par l’héritage soviétique et l’intégration israélienne
Roman Gofman incarne une trajectoire rare : celle d’un immigrant issu de l’ex-URSS devenu général, puis responsable d’un service de renseignement de premier plan. Selon RBC, média russe cité par Courrier International, il naît en 1976 à Mazyr, ville du sud-est de la Biélorussie alors intégrée à l’Union soviétique. En 1990, à seulement 14 ans, il quitte le pays avec ses parents dans le cadre de l’*alyah*, terme hébreu désignant l’émigration juive vers Israël.
Cette vague migratoire, rendue possible par la politique d’ouverture de Mikhaïl Gorbatchev dans les années 1980, a permis à des milliers de Juifs soviétiques de s’installer en Israël. Gofman, comme d’autres, a ainsi pu construire une nouvelle vie dans un pays en construction, tout en conservant des liens avec ses racines. Son ascension jusqu’au grade de général, puis jusqu’à la direction du Mossad, illustre la porosité entre ces deux univers.
Une nomination sous le signe de l’humilité et du devoir
Lors de la cérémonie d’investiture au siège du Mossad à Tel-Aviv, Roman Gofman a déclaré, selon Kommersant : « J’accepte ce poste avec humilité et sens du devoir ». Cette phrase, sobre et déterminée, résume l’état d’esprit avec lequel il aborde cette responsabilité stratégique. Le quotidien russe, connu pour son ironie, n’a pas manqué de souligner l’ironie du destin : un homme originaire de Biélorussie, terre autrefois soviétique, se retrouve à la tête d’un service de renseignement israélien, au cœur des enjeux de sécurité du XXIe siècle.
Le Mossad, réputé pour son efficacité et son discrétion, voit ainsi son leadership évoluer vers une figure aux origines multiples. Gofman succède à David Barnea, qui occupait ce poste depuis 2021. Son arrivée coïncide avec une période où les services secrets israéliens sont sollicités sur plusieurs fronts : la lutte contre les menaces iraniennes, la surveillance des groupes armés au Proche-Orient, et la gestion des crises régionales.
Un symbole pour la communauté juive de Biélorussie
La nomination de Roman Gofman est saluée par la presse biélorusse indépendante, notamment Belsat, média basé en Pologne. Celui-ci met en avant « la contribution des Juifs biélorusses au développement d’Israël », en citant des personnalités ayant marqué l’histoire du pays. Parmi elles, trois anciens présidents israéliens, dont Chaim Herzog et Ezer Weizman, originaires de Biélorussie ou de l’actuelle Biélorussie.
Pour la communauté juive biélorusse, Gofman représente une forme de réussite collective. Son parcours illustre comment l’intégration en Israël, pays fondé en 1948, a permis à des générations de Juifs d’Europe de l’Est de contribuer à la construction nationale. Cette reconnaissance dépasse le cadre personnel pour toucher une dimension historique et collective.
Un contexte géopolitique complexe
La nomination de Gofman intervient dans un environnement où les relations entre Israël et la Russie oscillent entre coopération et tensions. Moscou, qui entretient des liens ambivalents avec Tel-Aviv, reste un acteur clé au Proche-Orient. Le Mossad, dont les activités s’étendent de l’Iran au Liban en passant par la Syrie, doit naviguer dans un paysage où les alliances et les rivalités se redéfinissent en permanence.
Par ailleurs, cette prise de fonction s’inscrit dans la continuité d’une politique israélienne visant à diversifier ses sources d’influence. L’arrivée d’un ancien Soviétique à la tête d’un service aussi stratégique envoie un signal fort, tant en interne qu’à l’international. Elle reflète aussi une forme d’adaptation aux nouvelles réalités démographiques du pays, où une partie croissante de la population est issue de l’ex-URSS.
Une chose est sûre : en choisissant un ancien général soviétique pour diriger ses services secrets, Israël envoie un message clair sur sa capacité à s’adapter et à intégrer des parcours atypiques. Une preuve supplémentaire que, dans l’univers complexe du renseignement, les frontières entre les mondes ne sont pas toujours celles qu’on imagine.
Elle l’est d’abord parce que Gofman est originaire de Biélorussie, ancienne république soviétique, et qu’il incarne ainsi la trajectoire d’immigrants juifs ayant construit leur vie en Israël. Ensuite, parce que son ascension jusqu’à la tête d’un service aussi stratégique que le Mossad montre comment des parcours entre deux mondes, autrefois antagonistes, peuvent se rejoindre. Enfin, cela reflète aussi la diversification de la société israélienne, où une partie de la population est issue de l’ex-URSS.
Parmi les défis majeurs figurent la gestion des tensions avec l’Iran, la surveillance des groupes armés au Proche-Orient, et l’adaptation aux nouvelles formes de conflictualité, comme la cyberguerre. Son expérience dans le monde postsoviétique pourrait aussi être un atout pour analyser les mouvements de la Russie ou d’autres acteurs régionaux. Enfin, il devra maintenir la continuité des opérations tout en imprimant sa marque à un service déjà réputé pour son efficacité.