La Roumanie accélère sa transition énergétique avec des projets colossaux d’énergies renouvelables, tout en réduisant ses émissions polluantes héritées de l’ère communiste. Selon Courrier International, qui reprend une enquête du Guardian, le pays mise sur des fermes solaires géantes et des infrastructures éoliennes pour concilier croissance économique et baisse de la pollution. Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large, transformant radicalement le paysage énergétique roumain depuis deux décennies.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux mégafermes solaires sont en développement : l’une de 760 MW dans le sud du pays, l’autre de 1 GW dans le nord-ouest.
  • La Roumanie a déjà accueilli le plus grand parc éolien terrestre d’Europe près de la mer Noire, ainsi qu’une centrale nucléaire dont la durée de vie a été prolongée de trente ans.
  • Ces projets visent à corriger l’héritage polluant de l’ère communiste, marquée par une industrialisation intensive et une gestion environnementale défaillante.
  • Les autorités roumaines multiplient les panneaux solaires sur les toits et investissent dans des infrastructures de stockage d’énergie pour alimenter les foyers après le coucher du soleil.
  • La transition énergétique est qualifiée d’« irréversible » par Liviu Gavrila, vice-président de l’Association roumaine de l’énergie éolienne.

Des projets pharaoniques pour révolutionner le mix énergétique

Dès que les sols près de Bucarest auront dégelé — l’article original ayant été rédigé en février —, les travaux pour la plus grande ferme solaire d’Europe devraient débuter. Ce projet, d’une capacité de 760 mégawatts, combinera 1 million de panneaux photovoltaïques à des batteries de stockage. Son objectif : alimenter les foyers roumains même après le coucher du soleil. Mais ce chantier, déjà colossal, sera bientôt éclipsé par un autre, encore plus ambitieux. Dans le nord-ouest du pays, les autorités ont en effet autorisé la construction d’une ferme solaire de 1 gigawatt, soit une capacité supérieure de près de 30 % à celle du projet initial.

Ces initiatives s’ajoutent à une série d’investissements déjà réalisés pour métamorphoser le secteur énergétique roumain. Parmi eux figure notamment un parc éolien terrestre situé à proximité de la mer Noire, qui a longtemps détenu le titre de plus grand d’Europe. La Roumanie mise également sur une centrale nucléaire située sur le Danube, dont la durée de vie a été prolongée de trois décennies. Enfin, le pays a généralisé l’installation de panneaux solaires sur les toits des bâtiments publics et privés, une tendance qui s’accélère depuis quelques années.

Un virage énergétique né des erreurs du passé

La transition en cours répond à un héritage lourd : à la chute du communisme, la Roumanie comptait parmi les pays les plus pollués d’Europe, en raison d’une industrialisation intensive et d’une absence totale de régulation environnementale. Les centrales à charbon, les usines vétustes et l’absence de politiques de réduction des émissions avaient alors fait de Bucarest et d’autres villes des foyers de pollution chronique. « C’est une tendance irréversible », a souligné Liviu Gavrila, vice-président de l’Association roumaine de l’énergie éolienne et directeur de l’entreprise Enery, qui gère notamment la ferme solaire de 760 MW. « Mais il faut faire preuve d’habileté », a-t-il ajouté, rappelant que la transition doit s’accompagner d’une planification rigoureuse pour éviter les erreurs du passé.

Selon les données disponibles, la Roumanie a déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre de près de 40 % depuis 1990, bien que le pays reste encore loin des objectifs fixés par l’Union européenne pour 2030. Les énergies renouvelables représentent désormais plus de 50 % du mix électrique national, un chiffre en constante progression grâce aux nouveaux projets. Les autorités misent également sur l’hydroélectricité et la biomasse pour diversifier leurs sources d’énergie verte.

« C’est une tendance irréversible, déclare Liviu Gavrila, vice-président de l’Association roumaine de l’énergie éolienne et directeur d’Enery, qui gère la ferme solaire. Mais il faut faire preuve d’habileté. »

Une stratégie nationale pour sécuriser l’approvisionnement et attirer les investisseurs

Cette accélération s’explique aussi par des impératifs économiques. La Roumanie, qui dépend encore partiellement des importations d’énergie, cherche à sécuriser son approvisionnement tout en réduisant sa facture énergétique. Les mégaprojets solaires et éoliens, soutenus par des subventions européennes et des partenariats privés, devraient attirer des milliards d’euros d’investissements dans les années à venir. Les autorités ont également mis en place des mécanismes de soutien aux particuliers souhaitant installer des panneaux solaires, via des tarifs de rachat avantageux et des aides à l’investissement.

Côté industriel, la transition énergétique offre de nouvelles opportunités. Plusieurs entreprises spécialisées dans les énergies renouvelables ont déjà choisi la Roumanie comme base pour leurs activités, séduites par le potentiel solaire et éolien du pays, ainsi que par une main-d’œuvre qualifiée et des coûts de production compétitifs. « Le marché roumain est en train de devenir un acteur clé en Europe de l’Est pour les énergies vertes », a confirmé un porte-parole du ministère de l’Énergie, sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser ces ambitions. Les travaux de la ferme solaire de 1 GW devraient débuter d’ici la fin 2026, tandis que la centrale nucléaire du Danube verra son extension finalisée d’ici 2028. Pour les observateurs, la clé du succès résidera dans la capacité des autorités à coordonner ces projets colossaux avec les besoins du réseau électrique national, tout en garantissant une transition juste pour les travailleurs des secteurs traditionnels, comme le charbon. Les prochaines élections européennes de juin 2029 pourraient également influencer la politique énergétique du pays, alors que Bruxelles renforce ses exigences en matière de réduction des émissions.

La Roumanie a donc choisi une voie ambitieuse pour sortir de son passé polluant. Reste à voir si ces mégaprojets parviendront à transformer durablement son économie et son environnement, sans reproduire les erreurs d’un modèle industriel dépassé.

À l’ère communiste, la Roumanie a développé une industrialisation intensive sans aucun contrôle environnemental, avec une dépendance massive au charbon et une gestion désastreuse des déchets industriels. Après la chute du régime en 1989, le pays a hérité d’un parc industriel obsolète et d’infrastructures obsolètes, tandis que la priorité économique a longtemps primé sur la protection de l’environnement. Ce n’est qu’à partir des années 2010, sous la pression de l’Union européenne, que Bucarest a commencé à réformer son secteur énergétique.