Le gouvernement britannique a décidé d’interdire l’entrée sur son territoire à Cenk Uygur, commentateur politique américano-turc et fondateur de la chaîne YouTube The Young Turks, en raison de craintes liées à une possible exacerbation des tensions antisémites. Selon Le Figaro, la ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a annulé la semaine dernière l’autorisation électronique de voyage de ce dernier, un dispositif permettant aux ressortissants étrangers de séjourner jusqu’à six mois au Royaume-Uni sans visa. Cette décision intervient alors que le pays fait face à une montée des actes antisémites depuis les attaques du 7 octobre 2023.
Ce qu'il faut retenir
- Cenk Uygur, fondateur de The Young Turks (6,63 millions d’abonnés), s’est vu retirer son autorisation de séjour britannique en raison de risques d’exacerbation de l’antisémitisme.
- Il devait participer à plusieurs événements à Londres et Oxford, dont un colloque au festival SXSW intitulé « Le technoféodalisme est là. Qui sont les seigneurs ? », abordant notamment la politique américaine et le conflit au Moyen-Orient.
- Depuis 2023, il a multiplié les propos controversés sur Israël, qualifiant ses actions de « génocide » et accusant l’État hébreu d’utiliser les Juifs comme « boucliers humains ».
- Son neveu, Hasan Piker, streamer politique, a également été interdit d’entrée pour des déclarations jugées haineuses envers Israël et les Juifs.
- La décision a été saluée par le député travailliste David Taylor, qui y voit une réponse nécessaire face à la montée de l’antisémitisme.
Une interdiction motivée par des craintes sécuritaires et sociales
La décision de Shabana Mahmood repose sur l’argument selon lequel la présence de Cenk Uygur risquait d’alimenter les tensions antisémites au Royaume-Uni, un pays déjà en alerte après une flambée de violences à l’encontre de la communauté juive. Selon Le Figaro, son autorisation de séjour a été annulée pour des raisons d’« intérêt général ». Ce dispositif, qui facilite normalement les séjours de courte durée pour les étrangers, a donc été exceptionnellement suspendu, privant Uygur de sa participation à trois événements prévus cette semaine.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte plus large de surveillance accrue des discours pouvant attiser les divisions. Le gouvernement britannique a récemment relevé le niveau de menace terroriste à « sévère », notamment après une attaque antisémite ayant visé des ambulances de la communauté juive à Londres. Autant dire que la priorité est désormais donnée à la prévention des risques de radicalisation et de propagation de discours de haine.
Un parcours médiatique marqué par la polémique
Fondateur de The Young Turks, Cenk Uygur s’est imposé comme une figure de la gauche américaine grâce à sa chaîne YouTube, qui compte plus de 6,63 millions d’abonnés. Briguant brièvement l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine de 2024, il avait tenté de se positionner comme un candidat progressiste avant d’être écarté. Son style direct et ses prises de position tranchées lui ont valu une audience importante, mais aussi de vives critiques.
Depuis les attaques du 7 octobre 2023, ses déclarations sur le conflit israélo-palestinien ont particulièrement alimenté la controverse. Il a notamment qualifié les actions militaires israéliennes de « génocide » et accusé l’État hébreu d’utiliser les Juifs comme « boucliers humains ». Ces propos, jugés outranciers par ses détracteurs, ont contribué à forger une image de polémiste radical aux yeux de ses opposants. En 2010, il avait déjà été critiqué pour des déclarations misogynes, décrivant les femmes comme des « créatures mal conçues » avant de s’en excuser.
Des propos controversés en série
Outre ses prises de position sur Israël, Cenk Uygur s’est également illustré par d’autres déclarations jugées problématiques. Lors d’un échange avec le journaliste Piers Morgan sur YouTube, il avait minimisé les réseaux d’exploitation sexuelle d’enfants par des hommes d’origine pakistanaise dans des villes comme Rotherham, où une enquête officielle a recensé quelque 1 400 victimes. Qualifiant ces préoccupations d’« islamophobes », il a contribué à alimenter les débats sur la gestion des questions migratoires et communautaires au Royaume-Uni.
Son neveu, Hasan Piker, également streamer et commentateur politique, a lui aussi été interdit d’entrée. Ce dernier, connu pour ses positions radicales, avait notamment déclaré vouloir « voter pour le Hamas plutôt que pour Israël » et qualifié les Juifs orthodoxes de « consanguins ». Il avait également affirmé que « les États-Unis méritaient le 11 septembre ». Autant de propos qui ont conduit les autorités britanniques à étendre l’interdiction à son encontre, alors qu’il devait participer au festival SXSW de Londres.
Une décision soutenue par une partie de la classe politique
La mesure prise par la ministre de l’Intérieur a trouvé un écho favorable auprès du député travailliste David Taylor, qui a salué une réponse « encourageante » face à ceux représentant un « risque grave pour l’ordre public et la cohésion sociale ». Dans un communiqué, il a estimé que « à l’heure où l’antisémitisme atteint des niveaux records, il est tout à fait inapproprié d’offrir une tribune aussi importante à une personne connue pour ses propos incendiaires ». Taylor a également appelé à une utilisation plus large de ces pouvoirs contre d’autres intervenants aux propos haineux prévus au festival SXSW.
Cette position reflète une tendance plus large au Royaume-Uni, où les autorités tentent de concilier liberté d’expression et lutte contre la haine. Le gouvernement, confronté à une montée des actes antisémites, semble privilégier une approche préventive, quitte à restreindre l’accès au territoire pour des personnalités dont les discours pourraient envenimer les tensions.
Pour conclure, cette affaire illustre les tensions persistantes autour des questions de liberté d’expression, de discours de haine et de sécurité intérieure au Royaume-Uni. Alors que le pays tente de trouver un équilibre entre ces enjeux, les prochaines semaines pourraient voir émerger de nouvelles décisions, tant au niveau national qu’international.
La ministre de l’Intérieur britannique, Shabana Mahmood, a estimé que sa présence risquait d’exacerber les tensions antisémites dans le pays. Son autorisation de séjour a donc été annulée pour des raisons d’« intérêt général », selon Le Figaro.
Il devait participer à une conférence dans l’est de Londres le 3 juin 2026, puis à un événement à Oxford le 5 juin, avant d’intervenir au festival SXSW de Londres lors d’un colloque intitulé « Le technoféodalisme est là. Qui sont les seigneurs ? ».